| La phobie de la banque mixte
Bien souvent, lorsque les gens font leur demande d'adoption
au Québec, ils optent pour des enfants adoptables, et ce malgré
le fait qu'ils doivent attendre davantage que s'ils choisissaient un enfant
en Banque-Mixte.
Pourtant, les gens sont informés à propos
de la Banque-Mixte lors de la soirée d'information sur l'adoption,
qui enclenche le processus. C'est le risque de se voir enlevé l'enfant,
si jamais il advenait que l'enfant ne soit pas déclaré admissible
à l'adoption, qui tourmente ces futurs parents. Il est très
compréhensible et tout à fait louable de vouloir s'éviter
une telle déchirure.
Cependant, dans ensemble des Centres Jeunesse, les
intervenants sociaux se dirigent vers la Banque-Mixte lorsqu'ils sont
persuadés que les chances d'une prise de conscience de la part
des parents ou qu'une amélioration de leurs capacités parentales
sont improbables. Ces enfants sont donc placés dans la future famille
adoptive lorsqu'ils font face à une forte probabilité d'abandon.
Il y a également la méconnaissance de
ce type de placement qui amène les parents à se diriger
vers une adoption sans risque. Voici donc la définition de la Banque-
Mixte selon les Centres Jeunesse:
«Liste des postulants, classés selon
leur ordre d'inscription, qui désirent adopter et qui sont prêts
à accueillir (à titre de famille d'accueil) un enfant
qui n'est pas adoptable dans l'immédiat mais pour qui la probabilité
qu'il le devienne éventuellement est élevéeé.
La Banque-Mixte est composée de couples ou
d'individus désireux d'adopter un enfant. À ce titre, ils
sont inscrits comme postulants à l'adoption et acceptent de jouer
le rôle de famille d'accueil auprès d'un enfant à
risque élevé d'abandon et dont le projet de vie est l'adoption
à court ou moyen terme.
Les familles qui font partie de ce modèle sont
donc évaluées et accréditées à la fois
comme famille d'adoption et comme famille d'accueil. Leur capacité
de composer avec la famille d'origine est une dimension importante de
leur rôle. Ces familles ont un double statut : celui «d'usager»
du Service Adoption et, celui de «collaborateur» au plan d'intervention
établi par l'intervenant responsable de la prise en charge de l'enfant.
Les objectifs d'un tel modèle visent tout d'abord,
le bien être de l'enfant. Il sert à promouvoir la réalisation
de projets de vie pour les enfants à forte probabilité d'abandon,
en évitant les déplacements multiples. II assure un maximum
de chance à ces enfants en leur offrant le plus tôt possible
un milieu de vie adéquat et stable dans une perspective d'adoption
ou de permanence.
Ainsi, ce type de placement vient en aide aux enfants
dans le besoin et leur permet de développer un lien d'attachement
et de profiter d'un cadre familial stable avant que les procédures
judiciaires ne soient complétées. Pour les enfants cette
chance est très importante puisqu'elle leur évite de vivre
plusieurs› changements› souvent traumatisant pour des enfants en bas âge.
L'acceptation de prendre ce risque, qui est souvent
minime ou inexistant, correspond directement au bien être de l'enfant,
pour qui cela signifie une chance de vie harmonieuse et stable. Enfin,
cet engagement envers l'enfant représente son acceptation inconditionnelle
et un réel don de soi, dans le but d'aider cet enfant qui a déjà
vécu tant de souffrance mise à part› cette blessure profonde›qu'est
l'abandon.
Source:
L'écoute,
journal de l'association de parents pour l'adoption
québécoise, hiver 2001.
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