| Extrait de « Fleurs du monde » L'attachement, une danse à deux
Dans le monde de l’adoption, on ne peut faire abstraction du phénomène de l’attachement. C’est une inquiétude partagée par plusieurs parents adoptants et avec raison. Nos enfants ont vécu des coupures importantes dans leur petite vie qui risquent d’avoir des répercussions sur leur style d’attachement. Il faut toutefois ne pas oublier que la grande majorité se tire très bien d’affaire. Même si une personne a un attachement un peu moins sécurisant qu’une autre, cela ne l’empêchera pas de bien s’intégrer en société et d’avoir une vie sociale satisfaisante. L’attachement est un processus social qui ne se fait pas seul. On ne peut s’attacher seul. Comme il s’agit d’une danse à deux ou à trois, se peut-il que nous, parents, malgré notre grand désir de connexion à notre enfant, puissions entraver ce processus? La réponse est oui. Notre propre style d’attachement vient influencer notre façon d’entrer en relation avec notre enfant. Même si nous ne sommes pas adoptés, nous avons tous nos propres souffrances relationnelles qui sont venues teinter notre style d’attachement. Deux autres facteurs peuvent entraver nos relations avec nos enfants, nos attentes et notre confiance, en nous, en eux, en notre relation. Ce peut-il que votre enfant ne réponde pas exactement à vos attentes? Si on pouvait scruter votre âme, pourriez-vous dire sans hésitation qu’il est l’enfant de vos rêves? Que vous avez, grâce à lui, la famille rêvée? Que vous êtes le parent imaginé? Que grâce à lui, vous vivez des choses espérées depuis longtemps? Que votre relation parent-enfant n’est pas aussi belle que souhaitée? Il dérange vos idéaux? Qu’il a donc une grande responsabilité dans votre bonheur familial! Il doit répondre à toutes ces attentes? Et tout cela vous fait vivre de la frustration, de la colère et de la déception? Quand on se choque, il y a très souvent quelque chose en nous qui a été allumé avant la colère. Un sentiment de peur, de peine, d’impuissance... Reconnaître ce qui se cache derrière cette colère est indispensable pour ne pas vivre la frustration envers votre enfant. Ce que vous y trouverez est grandement rattaché à vos attentes et vos idéaux. Et ces attentes, peuvent-elles être mauvaises? Si ce n’était pas l’enfant le problème mais vos rêves, vos espérances? Que resterait-il à faire? La première étape serait de reconnaître que vos attentes et vos rêves ne sont pas réalistes, qu’ils ne se réaliseront pas en mettant la responsabilité de ce bonheur sur les épaules de votre enfant. Il vous faut faire le deuil de cet idéal. Ce n’est pas facile. Le reconnaître est déjà tout un exploit et vient toucher votre image personnelle. Si, au lieu de vous choquer face à son comportement agaçant vous le regardiez avec de nouveaux yeux, que vous l’acceptiez avec ses limites. Non pas que l’on doit tout accepter mais reconnaître que c’est la réalité, notre réalité et la sienne. Peut-être seriez-vous moins porté à vous emporter? Peut-être que cette acceptation permettrait à votre enfant de ne pas se sentir jugé mais accepté dans ses limites. Cette acceptation l’amènerait à se sentir aimé par vous. Il n’aurait plus à prouver sa valeur et s’opposer à vous pour démontrer qu’il en a. En retour, il désirerait vous plaire et être davantage en lien avec vous. Ses comportements seraient moins agaçants. Et là, quand vous aurez décidé que vos rêves sont irréalisables, ils se réaliseraient... L’attachement, c’est le tissage d’un lien basé sur la confiance et la sécurité. Votre confiance en lui et en la vie joue un rôle important dans votre relation. Votre sécurité et votre assurance dans ce lien le sont tout autant. Malgré le fait que nous ne soyons pas unis biologiquement, le lien affectif est et doit être tout aussi fort. Il faut avoir confiance en cette relation. Il faut y croire si on veut que notre enfant y croie! Vous êtes parent de plein droit. Vous n’avez rien pris. On vous a délégué une responsabilité importante, celle de rendre cet enfant épanoui et en faire un adulte responsable. Croyez en votre rôle parental, en votre enfant qui a réussit à passer à travers de nombreuses épreuves et à votre relation, même si elle est différente de ce que vous imaginiez. Comme dans toute chose, il n’y a pas qu’une seule vérité, parfois le problème est réellement là ou on le pense. Mais parfois, il se trouve caché ailleurs, il suffit d’ouvrir les yeux à toutes possibilités... Lucie Bourdeau, psychothérapeute
Date de publication: 27 août
2006 |
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