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Extrait de « Fleurs du monde
(Journal de Familles au coeur québécois)
Le désespoir d'un parent adoptant
L’adoption est de loin ce que j’avais imaginé. Je
crois que, parmi tous les parents adoptants que je connaisse, tous me
font part du même sentiment.
Les étapes éprouvantes ne débutent pas uniquement
au processus de la demande en adoption… Elles débutent par
les traitements d’infertilité. Ceux qui ont débuté
leur processus d’avoir un enfant par des traitements d’infertilité
peuvent comprendre ce que je veux dire par «étape éprouvante».
Lorsque nous avons pris la décision d’adopter, Elaine et
moi, il y a eu comme un grand soulagement croyant que la pire étape
était passée.
Les procédures d’adoption ont été également
plus éprouvantes que nous n’avions imaginé : Ce furent
17 mois d’attente remplis d’exigences changeantes du pays
étranger et de soubresauts émotionnels.
Bref,
une fois rendus au Cambodge, lorsque nous avons vu pour la première
fois notre petit poupon, je me suis dit les yeux pleins d’eau…OUI…
c’est fait, on rentre chez-nous avec le petit Jérémie,
en famille, on reste à la maison, on ne répond plus au téléphone,
fichez-nous la paix….
Mon cher petit Jérémie tant attendu… Il y a plus
de deux ans, lorsque nous étions dans les procédures d’adoption,
j’aurais donné tout l’or au monde pour te prendre dans
mes bras et te serrer contre moi pendant de longues minutes et sentir
tes petits bras agrippés à mon cou. Lorsque nous avons reçu
ta photo, j’aurais encore donné davantage pour que ce moment
arrive. Maintenant, après avoir été ensemble près
d’un an, ce moment n’est pas encore venu. Je donnerais tout
ce que j’ai de plus cher pour pouvoir te serrer contre moi sans
que tu me repousses ou que tu tournes la tête.
On dit que les enfants apprennent vite, qu’ils sont sans rancunes.
Comment cela se fait-il qu’après avoir donné l’amour
à un enfant, et être pratiquement le seul à l’avoir
fait pendant un an, peut-il encore me repousser ?? Comment se fait-il
qu’il ne puisse s’attacher à un parent qui lui donne
cette affection, la nourriture essentielle à sa survie, qu’il
puisse repousser ses nouveaux parents… pire, encore, démontrer
plus d’affection aux autres personnes ? Est-ce ma punition, une
sorte de supplice ? Si oui, pourquoi ? La seule fois que j’en ai
vraiment voulu à « mon fils », c’est quand je
l’ai vu s’asseoir sur les genoux d’une amie pour se
laisser cajoler… Son père n’a jamais eu droit à
un tel privilège. Qu’est-ce que je peux faire pour mériter
cet amour ?
Oui, je sais… j’ai également lu des articles à
ce sujet, j’ai également vu les reportages à Canal
Vie. Psychologiquement, on connaît les réponses à
mes questions. Elles expliquent l’attitude de l’enfant venant
des déceptions passées, le manque des soins maternels, l’abandon
(ou plutôt LES abandons), etc. C’est, dit-on, l’attitude
d’un enfant qui a peur d’être déçu une
Xe fois. Je comprends ceci, mais s’il vous plaît, épargnez-moi
les théories de la psychologie infantile pour tenter de me consoler.
Sachez que comprendre et accepter sont selon moi deux choses différentes.
Les émotions qui traversent le cœur d’un père
en manque d’amour sont entremêlées: elles passent de
la joie d’avoir un fils qui m’adresse quand même un
sourire jusqu'à la déception d’avoir voulu si chèrement
cet enfant lorsqu’il me repousse. Avoir un enfant à la maison
qui n’accepte pas mon affection est pour moi plus difficile que
de ne pas avoir d’enfant du tout. Ces émotions ne peuvent
qu’entrer en contact avec la vie de couple éventuellement.
Cette «vie de couple» s’effrite et se soigne selon les
humeurs de l’enfant et de l’humeur du parent qui en est affecté.
J’ai vraiment l’impression de vivre avec un enfant que l’on
m’a demandé de garder pendant un an.
Une autre déception est celle provenant de l’absence de
préparation psychologique à une telle épreuve. Nous
avions quand même une certaine anxiété une fois notre
nom sur la liste pour l’adoption. J’appelais cette anxiété
: l’hépatite, les maladies dues à la malnutrition,
l’infirmité, les coûts supérieurs à ce
qui avait été dit ou les démarches administratives
très lourdes, etc. Je n’aurais jamais pensé que le
rejet de la part de l’enfant serait envisageable.
La période que j’ai manquée avant l’adoption
(entre la naissance et les 18 mois de Jérémie) est pour
moi une période importante du développement que j’ai
manquée. Même si l’adoption me demande ce sacrifice,
je commence vraiment à avoir peur qu’une période post-adoption
sera manquante également. Celle où mon fils me repousse.
J’ai peur, j’ai vraiment peur que cette période dure
encore longtemps et d’avoir l’impression d’être
père seulement dans 6 mois, un an ou même plus… Ce
que j’aurais manqué alors, ce seront les années les
plus difficiles de mon enfant, ses années d’insécurité
et j’aurai le sentiment d’avoir été, malgré
moi, un père absent.
Stéphane
Extrait de Fleurs du monde, Hiver 2003
Notes : J’ai écrit ces mots à mes temps libres ici
et là… et pendant ces deux semaines, je crois que mon petit
Jérémie a entendu les mots de mon désespoir. Nous
remarquons un changement positif. Jérémie me cherche dans
la maison, même lorsque Elaine est autour… chose qu’il
faisait seulement quand sa mère n’était pas là.
Aussi, j’ai droit à des caresses (sans toutefois durer plus
longtemps qu’un quart de seconde), il se laisse toucher un peu plus
quand je joue avec lui, etc… Je crois que des meilleurs jours s’annoncent.
On peut dire que cela a pris une longue année. (octobre 2002)
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Pages de
Familles au coeur québécois
dans le site «Québecadoption.net»
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Date de publication: 13 mars 2003
URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/FACQ/journalFACQ/desespoir_adop_2003.php
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