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Extrait de « Fleurs du monde
(Journal de Familles au coeur québécois)
Le deuil, c'est tout un parcours...
Vivre un deuil, c'est vivre une perte et tenter de s'y résigner
avec le temps. C'est s'adapter peu à peu, et comme on peut à
un manque, à une absence qui semble à jamais difficile à
combler.
Mon père est mort brutalement alors que j'avais à peine
19 ans et que rien ne me préparait à ce départ. Après
plus de vingt années, il m'arrive encore de vivre une bonne grosse
vague d'émotion et de peine face à tout ce que je n'ai pas
pu faire avec lui, tout ce que je n'ai pas pu lui dire. Je vis encore
de temps à autre le regret intense de voir que mes enfants ne le
connaîtront pas, et que je n'aurai jamais le plaisir de voir quel
grand-père extraordinaire il aurait été.
Bien sûr, j'ai aussi vécu le deuil de l'enfant biologique,
comme il se doit lorsqu'on écrit dans ce journal… ! et après
les mois d'attente, de déceptions et de larmes, mon mari et moi
nous sommes envolés vers la Chine pour y rencontrer la plus merveilleuse
des petites filles (mais si, mais si…) : ma petite fille d'Asie
que j'appelais mon petit miracle ou Amandine, selon l'inspiration.
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir six mois après
notre retour de Chine que j'étais enceinte ! C'était tellement
difficile à croire qu'il m'a fallu plusieurs jours avant de me
faire réellement à cette idée aussi merveilleuse
qu'incongrue !!! J'ai dû faire dans ma tête et dans mon cœur
comme le chemin inverse de celui parcouru dans les mois précédents.
Après avoir tant espéré cet enfant puis accepté
l'inacceptable, alors que j'étais comblée par l'arrivée
de ma petite fille, il me fallait reconstruire l'idée de l'enfant
biologique que je croyais disparue à jamais.
Mon deuxième petit miracle est né, et avec lui la certitude
que mon deuil était bel et bien consumé… Et pourtant…
Quelques années plus tard, alors que j'écoutais une amie
me décrire ses démarches d'adoption en cours, et que je
faisais référence à mes propres pérégrinations,
je me suis mise soudain à pleurer à chaudes larmes en repensant
à toute cette période porteuse à la fois d'espoir
et de peine refoulée. Quelle drôle d'impression j'ai ressentie
alors, et comme je trouvais déplacé ce chagrin à
rebours, moi qui avais été deux fois comblée par
la vie !
Le deuil, c'est le sentiment de l'absence, et de la perte. C'est aussi
un chemin à parcourir à son rythme, avec des tempêtes
et des accalmies, des détours, des lignes droites, et des accidents
de parcours. À nous de nous laisser guider dans nos émotions
afin qu'elles construisent ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes.
À nous de laisser le deuil se faire avec le temps et en notre compagnie.
Le deuil, c'est tout un parcours…
Et si ce n'était pas plus grave que ça…?
Élisabeth Crozier
Extrait de Fleurs du monde, Été
2003
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Pages de
Familles au coeur québécois
dans le site «Québecadoption.net»
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Date de publication: 9 juillet
2003
URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/FACQ/journalFACQ/deuilparcours_2003.php
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