|
Père adoptif célibataire... Est-ce
possible? (suite)
 |
| Hiver 1999 |
Nous publions ici une série
d'articles sous forme de lettre ouverte (traduction libre) de M. Sean
Birchall, membre de la FPAQ, exposant ses difficultés à
réaliser son projet d`adoption en tant que célibataire.
Chers nouveaux amis...
Comme plusieurs le savent déjà, mon
avocat a déposé un second appel à la Régie
régionale de la Montérégie à la mi-juillet.
Selon les politiques internes de lorganisme, une réponse
devait nous parvenir dans un délai de 45 jours soit au cours de
la première semaine de septembre.
Nayant pas reçu de réponse, à
la mi-septembre mon avocat avisait la Régie régionale Montérégie
quelle navait pas respecté le délai prescrit.
Une semaine plus tard nous recevions une lettre du Commissaire aux plaintes
du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.
On nous apprenait que notre dossier était transféré
au niveau ministériel et quun représentant du Commissariat
allait nous contacter sous peu pour compléter le dossier au besoin.
Il est à noter que le Commissaire na
pas de délai précis pour intervenir et que sil devait
rejeter notre appel, létape suivante serait de déposer
notre dossier à la Cour supérieure du Québec.
| |
 |
| «Chose
certaine, il nest pas facile pour un homme célibataire
dadopter un enfant. Il y a maintenant deux ans que jy
travaille
» |
 |
 |
Nous sommes portés à croire que la
qualité des répliques détaillées dun
second psychologue et dun travailleur social ont sidéré
la Régie Régionale. La position de la DPJ était-elle
fondée sur les valeurs personnelles dun individu plutôt
que sur des faits cliniques?
Chose certaine, il nest pas facile pour un
homme célibataire dadopter un enfant. Il y a maintenant deux
ans que jy travaille
Le lundi 25 octobre, nous avons finalement eu une
rencontre avec une représentante du Commissaire aux plaintes qui
nous avisait quelle navait pas de pouvoir de décision
mais uniquement un pouvoir de recommandation. Cette rencontre a duré
environ 90 minutes. Elle a servi essentiellement à raconter le
chemin parcouru au cours des 18 derniers mois par un homme célibataire
désirant adopter un enfant : froide réception des agences
locales dadoption et du Secrétariat de ladoption internationale
du Québec; refus de spécialistes de faire une évaluation
du " cas "; rapport destructeur sur ma candidature
de la part de la DPJ suivi dune évaluation psychologique
positive par un psychologue et un travailleur social indépendants;
prise de position par la DPJ et négligence de répondre à
notre deuxième appel de leur décision.
Le fait que cette représentante du Commissaire
aux plaintes ait préalablement travaillé quatre ans au Tribunal
des droits de la personne nous a laissés supposer une certaine
ouverture desprit en notre faveur. Nous avons dailleurs appris
que, lannée dernière, le ministère de la Santé
et des Services sociaux a donné suite à 40% des recommandations
du Commissariat aux plaintes.
Pour linstant il nous fallait attendre et espérer.
Louverture du dialogue avec le bureau du Commissariat aux plaintes
nous apportait une note doptimisme. Nous espérions que cette
étape serait la dernière à franchir et que nous naurions
pas à avoir recours à la Cour supérieure du Québec.
Autour du 16 novembre, jai reçu un appel
de la représentante du Commissariat aux plaintes du ministère
de la Santé et des Services sociaux qui est chargée de notre
dossier. Elle minformait que, depuis notre rencontre, elle avait
rencontré différents fonctionnaires de la DPJ qui avaient
traité notre dossier ainsi que leur supérieur immédiat.
Elle ma alors fait part des commentaires des
fonctionnaires de la DPJ concernant notre dossier :
- Il ny avait aucun besoin dévaluation
psychologique additionnelle puisque la psychologue de la DPJ était
assurée de la justesse de son évaluation même si
les nombreuses contre-expertises montraient des points de vue différents
et dénotaient plusieurs inexactitudes dans son rapport.
- Il ny avait aucune raison de donner suite
à notre appel au niveau régional, encore une fois parce
que la psychologue de la DPJ était convaincue de la justesse
de son évaluation même après que des professionnels
aient indiqué que les bases mêmes de son évaluation
et la conclusion à laquelle elle en était arrivée
ne reposaient sur aucune étude clinique ou aucun fait réel.
- Aucune autre évaluation psychologique par
la DPJ nétait nécessaire.
- Il est tout à fait légitime de questionner
les personnes présentant une demande dadoption sur leur
orientation sexuelle, à la fois pour sassurer que les lois
des différents pays dadoption sont respectées et
pour éviter des frais inutiles à la personne présentant
une demande dans le cas où son orientation sexuelle ferait en
sorte que sa demande soit refusée. Merci de tant de bonté!
- Il est habituel de remettre des rapports non
signés à des candidats à ladoption et de
les questionner sur leurs valeurs et leurs réactions devant différentes
situations; ceci permet de vérifier la validité des recommandations
et conclusions suite à lévaluation psychologique.
Et la liste de commentaires, tous aussi faibles les
uns que les autres, se poursuit.
La représentante du Commissariat me suggéra
alors quelle pourrait recommander quune nouvelle évaluation
de mon dossier soit faite par un professionnel indépendant mandaté
par son bureau.
Voici comment je vois les choses :
- 60% des recommandations du Commissariat aux plaintes
sont rejetées par le ministère de la Santé et des
Services sociaux. Je peux donc dépenser 1000 $ pour une
nouvelle évaluation professionnelle mais la DPJ nest pas
tenue dendosser les conclusions de celle-ci.
- Si le nouvel évaluateur professionnel doit
être choisi parmi la banque de candidats de la DPJ, peut-on sattendre
à lobjectivité de lévaluation? En comparaison
à dautres provinces du Canada et à la majorité
des États américains où le processus dévaluation
est totalement indépendant des structures gouvernementales, le
mode québécois dévaluation psychosociale
est biaisé.
Les travailleurs sociaux et psychologues sont sur des listes de la DPJ
qui leur donne des mandats. Il y a de fortes possibilités de
conflits dintérêt. Leur adhésion aux politiques
internes peut devenir une condition pour lobtention de contrats.
De nombreux psychologues et travailleurs sociaux accrédités
par la DPJ ont refusé deffectuer mon évaluation
psychosociale. Évaluer un candidat masculin célibataire
voulant adopter ne les intéressait pas. Est-il possible quon
ne veuille tout simplement pas de ce type dadoption au Québec?
- Est-ce que le fait dacquiescer à cette
recommandation compromettrait mes chances de porter mon dossier à
la Cour supérieure du Québec? De la façon dont
janalyse le dossier, je crois que si je dois me soumettre à
une autre évaluation, il serait préférable que
celle-ci fasse suite à lordonnance dun juge.
Jaurais alors droit à une évaluation indépendante
et à un jugement qui pourrait faire jurisprudence. Quoique plus
onéreuse, si une démarche auprès de la Cour supérieure
du Québec savérait positive, ceci faciliterait par
la suite les démarches des personnes célibataires qui,
comme moi, veulent adopter un enfant.
- La recommandation de la représentante du
bureau du Commissaire apporterait-elle une solution viable compte tenu
de lensemble des problèmes rencontrés avec la DPJ
en tant quhomme célibataire candidat à ladoption?
La réponse est NON.
 |
 |
|
Réaliser une nouvelle
évaluation psychosociale par lentremise de ses bureaux.
Suite à des discussions avec
les professionnels liés au dossier ainsi quavec nos
avocats, nous en sommes venus à la conclusion daccepter
une évaluation qui serait effectuée par des professionnels
indépendants du service de la DPJ dans la mesure où
la direction de la protection de la jeunesse serait dans lobligation
daccepter les conclusions tirées par le professionnel
mandaté.
Le commissaire aux plaintes a accepté
notre offre et à présenter cette recommandation à
la DPJ de la Montérégie, cette dernière a refusé
la recommandation sans explication.
Lensemble des droits dappel
ayant été exercé, nous avons conclu avec les
avocats à la fin février dentamer des procédures
judiciaires et de déposer une requête à la Cour
du Québec contre la décision de la DPJ.
Le dialogue de sourds dans lequel
nous étions engagés depuis déjà 2 ans
est finalement terminé. Cest avec beaucoup de courage
et dénergie que nous continuons nos démarches
dans un système qui nous croyons saura nous entendre et qui
permettra finalement à deux petits enfants Russes de trouver
un papa.
Mise à jour
du dossier, La Cigogne, printemps 2000
|
 |
La recommandation du bureau du Commissaire serait
alors seulement une façon poli de nous répondre. Il serait
innacteptable, politiquement, pour le bureau du commissaire de se départir
du dossier en le retournant
À un tier, ce serait un manquement àses
responsabilitées que de reléguer simplement le tout à
un autre évaluateur. Cette solution ne répond aucunement
aux demandes spécifiques que nous avons adressées.
- Selon moi, nous avons démontré de
façon incontestable les multiples inexactitudes de lévaluation
faite par la DPJ. Ceci met en cause la crédibilité du
rapport et ses auteurs.
- Nous avons questionné léthique
professionnelle des auteurs du rapport de la DPJ, leur omission dappuyer
leur évaluation sur des faits et leur omission de recommander
des évaluations psychologiques indépendantes plus approfondies
comme ils se doivent de le faire régulièrement.
- Nous avons la certitude que les affirmations et
la conclusion du rapport de la DPJ reposent sur des opinions personnelles
plutôt que sur des données appuyées sur des faits
ou des études cliniques. Ils nont même pas cru bon
de questionner des proches et des références.
Cest cela et seulement cela que le bureau du
Commissaire doit évaluer. Nous avons réitéré
cette demande spécifique à la fin de novembre et ils doivent
avoir le courage de faire des recommandations honnêtes et impartiales.
Bref ils doivent tout simplement faire ce qui est juste.
Sean Birchall
La Cigogne, Hiver 1999
|