Les services post-adoption au Québec
Comment mieux accueillir les parents adoptifs pour mieux aider leurs enfants:
Une expérience réussie en CLSC.

 

Cigogne
Printemps 1999
Depuis bientôt 9 ans, le Québec vit un bouleversement unique en Occident: de 700 à 800 enfants de partout dans le monde y trouvent enfin une famille chaque année. Il y a encore bien des zones grises dans le partage des responsabilités entre les intervenants mais on peut affirmer que les procédures pré-adoption et adoption ont fait des pas de géants. Le résultat est indéniable: des milliers d'enfants et de parents heureux.
 
 
Les services post-adoption? Connaît pas!
 
Force est de constater cependant que dans tout cet enthousiasme, les services post-adoption avaient été jusqu'à récemment tout à fait oubliés. Comme si devenir parent par adoption nécessitait moins de support ou d'aide que lorsqu'un couple accouche d'un premier enfant. Comme si tous les enfants qui arrivent par adoption n'avaient aucun besoin particulier au niveau de la santé physique ou mentale et de l'intégration scolaire.

Plusieurs intervenants avaient préalablement sonné l'alarme. Certains médecins avaient prévu le manque de spécialistes pour évaluer et traiter correctement des maladies infectieuses ou des retards psychomoteurs. Plusieurs vieux routiers des services sociaux savaient qu'un fort pourcentage des enfants adoptés ont été sous-stimulés, mal nourris et longuement institutionnalisés et que ces enfants risquent davantage de présenter des troubles de comportements ou d'attachements en plus de retards de développement et d'éventuelles troubles de l'apprentissage.

Soyons objectifs: la majorité des parents adoptifs et leurs enfants se débrouillent très bien seuls. Ils n'ont pas besoin de services spécialisés au-delà de 6 à 12 mois après l'arrivée de l'enfant. Par contre de 10 à 15 % des enfants présenteront encore de graves difficultés après la période d'adaptation normale. Ces problèmes nécessiteront de nombreuses consultations spécialisées en santé physique, en santé mentale et en éducation. Selon notre expérience clinique, on peut estimer que 10 à 15 % des 8000 adoptions depuis 1990 représentent un millier d'enfants et 2000 parents qui ont ou auront besoin d'aide, de support et de conseils.
 
 
La réalité de l'adoption: formation insuffisante des intervenants
 
Mais voilà, au Québec la grande majorité des intervenants, psychologues, travailleurs sociaux, éducateurs, infirmières, médecins, orthophonistes, orthopédagogues etc., qu'ils soient en cabinet privé, en CLSC * , dans les hôpitaux psychiatriques ou les commissions scolaires n'ont aucune formation ni information sur les besoins spécifiques des parents adoptifs ni sur les caractéristiques cliniques des enfants adoptés.

Ce sont des généralistes compétents mais qui n'ont pas les connaissances nécessaires pour accueillir les parents adoptifs, ni les outils d'évaluation pour saisir l'ensemble des facteurs expliquant les difficultés des enfants.

Par pure ignorance, ils cherchent à évacuer ou à banaliser le vécu antérieur de l'enfant. Ils tombent dans les pièges du syndrome de réparation, que l'amour arrange tout, ils jugent les parents comme anxieux, surprotecteurs etc. etc. Pire encore, d'autres sombrent dans leurs propres préjugés ou fausses perceptions sur l'adoption: les parents adoptifs sont tous des gens bien nantis qui se plaignent trop facilement ou qui n'auraient pas dû adopter après tout puisqu'ils trouvent cela si difficile!
 
 
Parents incompris, enfants mal aidés
 
De nombreux parents adoptifs, épuisés et frustrés, demandent en vain aides et conseils à des médecins, des psychologues scolaires, des travailleurs sociaux, des pédopsychiatres. Leur enfant présente de graves troubles de langages, d'apprentissages, ou de l'attention, des troubles de l'opposition, etc.

L'aide apportée est trop souvent partielle, imprécise. Les parents ont parfois le sentiment très insécurisant d'en savoir plus sur les besoins des enfants adoptés que les "spécialistes" en face d'eux.
 
 
«Certains parents nous ont témoigné en avoir appris plus sur les raisons des problèmes de leurs enfants en deux soirées qu'en trois ans de suivi en pédopsychiatrie..»

Une expérience qui fait enfin des petits.
 
À l'hiver 98, un petit groupe de parents courageux, dont tous les enfants ou presque étaient suivis en pédopsychiatrie se sont adressés à notre bureau pour avoir de l'information et un suivi de groupe. Huit rencontres ont été organisées où les parents ont pu partager leurs expériences, leurs frustrations et recevoir l'information clinique qui leur manquait. Ma collaboratrice et moi-même avions cependant un rêve caché: celui de convaincre nos collègues des services sociaux d'offrir gratuitement une formule de groupe à l'intérieur de leur CLSC.
 
 
Un merveilleux "timing".
 
De retour à mon poste après une année sabbatique, un de mes collègues psychologue m'informe qu'il a 7 familles adoptives dans sa charge de cas. Intervenant d'expérience spécialisé dans l'évaluation des troubles de comportement et les conseils éducatifs aux parents, il applique avec eux le programme de Russel Barkley, traduit et adapté par le CLSC Mercier-est-Anjou et qui donne habituellement d'excellents résultats.

Nous échangeons longuement à propos de nos expériences, puis nous décidons d'offrir au CLSC un groupe de formation, d'aides et de conseils éducatifs pour les parents adoptifs. La première rencontre consiste à l'accueil du vécu spécifique des parents, les 3 rencontres suivantes sont une série de «cours» sur les troubles de l'attachement, le développement social et psychologique des enfants adoptés, la pyramide des besoins de Maslow, les phases du deuil, les outils pour faire face à la différence et le racisme, etc. Lors des 5 à 8 rencontres suivantes commence le programme de Barkley adapté aux enfants adoptés.
 
 
Des parents mieux outillés, des enfants plus heureux et une pédopsychiatre qui s'excuse!
 
Quelle merveille de voir ces parents enfin compris, confirmés dans leurs intuitions et mieux outillés pour comprendre leur enfant. Certains parents nous ont témoigné en avoir appris plus sur les raisons des problèmes de leurs enfants en deux soirées qu'en trois ans de suivi en pédopsychiatrie. D'autres ont eu l'audace de donner la documentation du groupe à leur pédopsychiâtre. Une de ces médecins s'est même excusée d'avoir ignoré tant de choses pour les aider.

Le plus important, c'est l'impact des informations cliniques données aux parents. Ce sont eux par la suite qui s'en serviront pour informer les écoles, les médecins etc. Il s'agit donc d'un processus de prise en charge pour exiger de meilleurs services.

Que le message soit donc entendu: si les parents s'organisent, frappent aux bonnes portes et revendiquent leur droit comme payeur de taxe, il peuvent obtenir de l'aide spécialisée pour eux et leurs enfants!

Un des plus importants mandats du réseau des CLSC est l'aide aux jeunes familles. Ces établissements doivent donc s'organiser, former leurs professionnels, permettre des initiatives. L'adoption internationale n'est plus un phénomène marginal que l'on peut ignorer ou banaliser.

 

Johanne Lemieux, mère adoptive et travailleuse sociale
La Cigogne, printemps 1999

* CLSC: Centre local de services communautaires, organisme public qui offre des services sociaux décentralisés au Québec.

 

FPAQ

 

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

Haut
Haut de la page

  Publication: 13 juin 1999
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/1999prin_postadopt.html