|
Mon expérience au sein du comité de coordination
 |
| Automne 2000 |
Le Comité de coordination sur ladoption
nationale et internationale existait depuis janvier 1995. Son but était
de réunir les différents intervenants autour dune
table pour coordonner toutes les étapes dune adoption de
manière à aplanir les incohérences du passé
et pour tenir tout le monde informé des décisions des autres.
Très belle initiative; nous pouvions ainsi nous parler et exposer
nos différents points de vue.
QUI DEVAIT
PARTICIPER À CETTE TABLE ?
Des représentants des DPJ,
du SAI, du Ministère de la Santé et des services sociaux,
des organismes, de lOrdre des psychologues du Québec, de
lOrdre professionnel des travailleurs sociaux, des CLSC, de la Fédération
des familles daccueil du Québec. Mais on avait oublié
dinviter les parents
Les associations de parents mont
donc envoyé en tant que représentante. Je nai vraiment
pas été la bienvenue; mais avec les lettres de 6 associations
de parents, on na pas pu méjecter, malgré tous
les efforts en ce sens de quelques personnes. Ainsi tout au long de ces
5 années je ne me suis pas senti très à laise
au sein du grand comité. Je sentais que lavis des parents
ne comptait pas lourd dans la balance. Cétait très
frustrant mais je me suis obligée à participer, ne serait-ce
que pour ajouter mon grain de sel lors des prises de position.
Au cours des ans nous avons vu disparaître
le représentant du Ministère, mais surtout les représentants
des organismes. Les DPJ ont eu plus de membres dont des représentantes
de leur contentieux. Ces dernières avaient une vision trop légaliste
de ladoption internationale et se faisaient un point dhonneur
de titiller sur tous les points de droit ; ce fut donc des débats
pour empêcher des changements dâge, pour augmenter le
nombre de documents authentifiés à létranger
et même pour contredire le fait quun juge avait accordé
ladoption dans le cas denfants qui navaient pas tous
les papiers légaux (disparus lors de la guerre) pour être
adoptables " selon la loi du Québec "
Javais parfois limpression quon cherchait à empêcher
des adoptions plutôt que dessayer de voir à lintérêt
dun enfant à être adopté et à avoir un
statut légal au Québec.
LÉVALUATION
PSYCHOSOCIALE
Il y eut un comité mis sur pied pour revoir
les critères dévaluation psychosociale. Tous se sont
mis daccord pour mieux informer les parents qui désiraient
adopter des enfants plus âgés, et aussi pour mieux préparer
les parents aux problèmes qui peuvent surgir après une adoption
.
 |
 |
| «Des bonnes intentions
du début, on a donc glissé vers un système de
contrôle de plus en plus serré, frisant le non-respect
des droits fondamentaux et la discrimination.»
|
 |
Par contre, on a aussi voulu empêcher des parents
de sinscrire pour deux adoptions en même temps dans deux pays
différents; ainsi maintenant les évaluateurs doivent inscrire
le nom dun pays sur lévaluation, et les organismes
ainsi que les DPJ sont tenus denvoyer au SAI la liste des personnes
inscrites chez-eux.
De même, pour éviter que des personnes
homosexuelles adoptent à létranger, il a été
convenu que les évaluateurs doivent demander à toute personne
célibataire désirant adopter si elle est ou non homosexuelle
, la réponse étant notée dans le rapport. Des bonnes
intentions du début, on a donc glissé vers un système
de contrôle de plus en plus serré, frisant le non-respect
des droits fondamentaux et la discrimination.
LOrdre des psychologues et lOrdre
des travailleurs sociaux ont décidé de mettre sur pied des
ateliers de formation à lintention de tous les évaluateurs.
Par contre, pour les parents, il est très difficile de contester
une évaluation. Les Ordres et les DPJ protègent leurs évaluateurs
et les parents nont que le choix des tribunaux pour avoir gain de
cause, comme pour une évaluation négative, par exemple.
Plusieurs parents trouvent aussi très difficile de faire corriger
des erreurs dans leur évaluation ou des affirmations qui peuvent
nuire à leur dossier à létranger.
Lévaluation est donc encore
vue comme une épreuve à passer et les parents ne se sentent
pas à laise de se raconter de peur dêtre mal
notés, et ce malgré un très bon guide écrit
par le SAI pour préparer les parents à lévaluation
psychosociale.
LES SERVICES POST-ADOPTION
Au Colloque sur ladoption tenu
en novenbre 1994, plusieurs personnes avaient dénoncé le
manque de ressources pour répondre aux services post-adoption.
Plusieurs parents se plaignent du fait que les services existants ne sont
pas adaptés à leurs enfants. Mais, dautre part, les
parents ne veulent pas que leurs enfants soient marginalisés du
côté médical.
Pour satisfaire ces deux désirs,
il faut donc que tous les services médicaux possèdent des
informations autant psychologiques que physiques sur létat
de santé des enfants adoptés à linternational.
Donc, les parents pourraient avoir accès aux mêmes services
de santé que la population en général, ces services
ayant simplement été bonifiés.
Certains organismes ont participé
à ce sous-comité, ce qui a permis de mieux cerner la dynamique
de la post-adoption. Quels sont les principaux objectifs poursuivis résultant
de cette concertation ?
1. ASSURER UNE RÉPONSE
IMMÉDIATE AUX QUESTIONS DES PARENTS LORS DE LARRIVÉE
DE LENFANT
Il existe pour toutes les familles
ayant un enfant biologique la possibilité pour les parents dautoriser
que le CLSC de son territoire reçoive un avis de naissance. Il
est simple dappliquer ce principe pour les parents ayant adopté.
Ainsi les familles ayant adopté pourraient, si elles le désirent,
recevoir la visite dune infirmière du CLSC. De plus, on pourrait
ajouter dans le guide médical dInfo-Santé, un volet
sur les enfants adoptés. Linfirmière pourrait ainsi
donner aux nouveaux parents des conseils sur lalimentation, le sommeil,
ladaptation, etc. Celle-ci pourrait aussi informer les parents de
la liste de toutes les ressources offertes au CLSC.
2. SÉCURISER
LES PARENTS AU CHAPITRE DE LA SANTÉ DE LEUR ENFANT
Dans le compte-rendu sur les services
post-adoption, on mentionne que les services actuels ayant une expertise
en pédiatrie internationale pourraient partager cette information
avec leurs pairs pour que les parents naient plus à se rendre
dans les principaux centres (Montréal et Québec) pour faire
soigner leurs enfants.
3. VOIR À
LA RÉALISATION DES RAPPORTS-PROGRÈS SELON LES EXIGENCES
DES PAYS
Malgré le fait que plusieurs
pays exigent des rapports-progrès sur ladaptation de lenfant,
plusieurs parents omettent dy donner suite. Pour conserver de bonnes
relations avec ces pays, il est recommandé " de réaliser
les rapports-progrès dans une perspective de constats des faits
et de soutien concernant les actions à prendre pour contrer les
difficultés rencontrées ". Cest un point
délicat pour de nombreux parents qui ne désirent pas quon
leur dicte comment fonctionner avec leurs enfants. Un autre problème
vient sajouter sur les termes du rapport qui sera envoyé
à létranger : de quelle façon lévaluateur
présentera-t-il la situation et celle des parents qui ne se plieront
pas à ses directives ?
4. SENSIBILISER
LES PARENTS AUX DÉFIS QUE RENCONTRERONT LES ENFANTS AUX DIFFÉRENTES
ÉTAPES DE LEUR DÉVELOPPEMENT
Il est proposé que les organismes,
les associations de parents et les professionnels de pratique privée
organisent des ateliers dinformation, pour les parents qui le désirent.
5. FOURNIR UNE AIDE
À LENFANT QUI CONNAÎT DES DIFFICULTÉS LIÉES
À DES PROBLÈMES DACCULTURATION, DIDENTITÉ
PERSONNELLE, DE RACISME ET OFFRIR DES SERVICES ADÉQUATS AUX PARENTS
LORSQUE DES DIFFICULTÉS LIÉES À LADOPTION SE
PRÉSENTENT
Il est proposé dassurer
la disponibilité de services psychosociaux de post-adoption, et
ce en formant plus de personnel.
6. INTERVENIR PLUS
EFFICACEMENT ET RAPIDEMENT DANS LES SITUATIONS DÉCHEC ET
DABANDON POUR DIMINUER LES IMPACTS DE CES SITUATIONS
7. FACILITER
LES DÉMARCHES DE RECHERCHE DANTÉCÉDENTS SOCIOBIOLOGIQUES
ET DE RETROUVAILLES
La loi québécoise permet
à des personnes de 14 ans et plus dentreprendre des recherches
sur leurs antécédents familiaux. Ces recherches seffectuent
avec laide des DPJ, mais ces derniers nont pas toutes les
informations concernant les adoptions internationales dune part
et dautre part, plusieurs pays refusent de donner suite, pour linstant,
aux demandes dinformation ou nen possèdent pas. Il
faudra donc se pencher rapidement sur ce dossier car nos enfants auront
droit à des réponses à leurs questions.
La clé pour tous les services
post-adoption se trouve donc dans LINFORMATION. Pour que ça
fonctionne, les parents doivent eux-mêmes prendre linitiative
de se regrouper pour obtenir des services adéquats, pour partager
leur expérience, pour organiser des conférences sur des
sujets qui les intéressent.
LAVENIR DU
COMITÉ DE COORDINATION
En avril dernier, il
fut décidé que le comité serait divisé en
3 parties; une soccupant de ladoption au Québec, une
autre de ladoption internationale et la troisième des problèmes
communs aux deux. Ces nouveaux comités devraient entrer en fonction
en septembre prochain.
Claire-Marie Gagnon, Présidente de la
FPAQ
La Cigogne, Automne 2000
|