Questions-réponses d'une adolescente sur l'adoption

 

Voici une série de questions (de la part de parents adoptants d’enfants du Guatémala) et de réponses (écrites par Kahleah) concernant son expérience vécue lors de son premier retour dans son pays natal.

J’aimerais remercier tous les membres sur la liste de diffusion Guatemala qui ont pris le temps d’envoyer leurs questions à Kahleah au sujet de son récent voyage au Guatémala. Plus bas, vous trouverez ses réponses à la première série de questions. J’ai remarqué qu’elle a répondu en premier aux questions plus ¨faciles¨ car les autres nécessiteront une plus grande période de réflexion de sa part. J’espère qu’elle s’y attaquera le plus tôt possible pendant que ses souvenirs sont toujours frais à sa mémoire ! Ce matin, j’ai lu brièvement ses réponses pour la première fois; je les ai trouvées très intéressantes et, encore une fois, ma fille m’a appris quelque chose de nouveau !

Rappelon-nous que Kahleah a été adoptée en 1991, du Guatémala, à l’âge de 5 mois. Elle a eu 12 ans à la fin de février. Elle a vraiment apprécié faire ce projet d’écriture et a pris ce ‘’travail’’ très au sérieux car elle a bien compris que les questions venaient de parents adoptants qui ont de jeunes enfants.

Leceta
Membre du Conseil d’administration de la FPAQ, responsable de la recherche Membre du C.A. de l’Adoption Council of Canada (ACC)

Question :
Pense-t-elle que ses prochains voyages se feront avec un interprète ou est-ce que Kahleah a l’intention d’apprendre l’Espagnol avant d’y retourner ?

Réponse:
Personnellement, j’aimerais bien apprendre l’Espagnol. Premièrement parce que je ne voudrais pas avoir un interprète avec moi tout le temps mais, ne vous méprenez pas, l’interprète qui était à la famille d’accueil était très gentil et tout, mais, vous comprenez... Et deuxièmement, parce que j’aimerais beaucoup apprendre une troisième langue.

Question :
Comment ton voyage a-t-il changé tes sentiments au fait que tu sois Guatémaltèque, si ils ont changé et pourquoi ?

Réponse:
Finalement, j’ai senti que ‘’je faisais partie de’’. Je veux dire, j’ai toujours eu beaucoup d’amis et tout mais très peu d’entre eux me ressemblent. Au Guatémala c’est différent. Tout le monde a les cheveux noirs et tous sont petits de taille et ont la peau brune. Et les paysages étaient fantastiques ; je me sens très fière d’être Guatémaltèque.

Question :
Celle-ci vient de l’enseignant/anthropologiste en moi : Comment ton voyage a-t-il changé ta façon de voir le monde, si elle a changé et pourquoi ?

Réponse:
Depuis que je suis allée au Guatémala, je me considère très chanceuse mais en même temps, je me demande ‘’pourquoi moi’’, pourquoi pas quelqu’un d’autre...vous comprenez. Je vois le monde avec un esprit plus ouvert. C’est un mélange de pensées et de sentiments.

Question :
Bien que les gens te ressemblaient, je veux dire, que tu te mélangeais avec eux, ne t’es-tu quand même pas sentie comme une étrangère, sachant que, d’une façon ou d’une autre, ils pouvaient deviner que tu n’avais pas grandi parmi eux ?

Réponse:
En fait, je me suis sentie à la fois comme une touriste et aussi comme une Guatémaltèque. Lorsque je regardais les gens, je me disais : ‘’Wow ! j’appartiens à ce monde-ci et je suis comme eux-autres’’ mais lorsque quelqu’un me parlait en Espagnol, alors je me disais :’’Sans doute que je ressemble et agis comme une Guatémaltèque mais je n’appartiens pas totalement à ce pays ici’’. Vous comprenez ?

Question :
Crois-tu qu’un enfant, après son adoption, pourrait bénéficier d’une visite au Guatémala à tous les deux ans, afin qu’il ‘’connaisse toujours’’ le Guatémala comme son ‘’chez-lui’’ de sorte qu’il ne s’y sente pas comme un touriste ou un étranger ?

Réponse:
Et bien, dans mon cas, après deux semaines de séjour je me suis sentie ‘’chez-moi’’. Il me serait très bénéfique de retourner au Guatémala à tous les deux ans ou presque. Mais je pense qu’une personne devrait savoir et ce pour toujours que son pays d’origine est tout aussi important que son pays d’adoption, elle ne devrait jamais l’oublier ni en douter.

Question :
Ton voyage a-t-il été ce à quoi tu t’attendais ? Sinon, en quoi a-t-il été différent de tes attentes ?

Réponse:
À vrai dire, je ne savais pas à quoi m’attendre ! Mais je me souviens que lorsque je suis arrivée et que j’étais à bord de l’autobus spécialement réservé, en route pour notre hôtel, je me sentais si bien et tellement heureuse. Je veux dire, je regardais partout et je me disais :’’Wow, c’est mon pays’’ !!! C’était fascinant. Et, en quelque sorte, cela me rend triste de dire que c’est terminé. Vous comprenez.. !?

Question :
Crois-tu qu’il soit important que les parents maintiennent un contact avec les familles d’accueil, si possible ? Pourquoi oui et pourquoi non? Que signifie pour toi ce contact ?

Réponse:
Oui, bien sûr !! C’est très important car cette famille a pris soin de toi comme bébé et ils t’ont aimée de tout coeur. Pensez-y, si vous preniez soin d’un bébé et qu’il devait partir et que vous n’aviez plus aucune nouvelle de ce bébé, cela vous ferait mal.

Question :
Veux-tu visiter encore le Guatémala ou te sens-tu satisfaite maintenant que tu y es allée ?

Réponse:
Je voudrais SÛREMENT et DÉFINITIVEMENT y retourner en tout temps !!! Parfois, j’aimerais pouvoir y aller demain. Vous comprenez ? J’ai tellllllllement aimé cela.

«Parler d’adoption est très important. Spécialement pour les enfants. Si vous ne leur en parlez pas, ils pourront avoir une image négative de l’adoption. Ils pourront penser que c’est mal ou que ça ne vous intéresse pas. Vous DEVEZ, au contraire, vous en préoccuper.»

Question :
Comment t’es-tu sentie lorsque tu as vu les écoles, les maisons, les gens dans les villages ?

Réponse:
Mal. Je dois être honnête, je me suis sentie vraiment mal. Les écoles sont terribles ! Il y a des fenêtres cassées et de la saleté partout. Et les maisons sont petites et ont l’air tellement inconfortables. Par contre, les gens semblent heureux même s’ils vivent une vie très difficile. C’est une expérience à la fois émotionnelle et en même temps aussi, merveilleuse.

Question :
Quelles sont les choses que tu as rapportées ? Quelles sont les choses du Guatémala qui ont la plus grande valeur pour toi ?

Réponse:
Nous avons rapporté quelques items tels : porte-feuilles, bourses, cadres, livres d’images, poupées...etc. Je pense que les choses qui ont le plus de valeur pour moi sont les robes que j’ai portées lorsque j’étais bébé et que la famille d’accueil m’a données. Aussi, certains cadeaux qu’ils m’ont donnés : une peinture, des crayons Guatémaltèques, des bourses et des boucles d’oreilles. C’était étrange car ils me traitaient comme une princesse ; je ne dis pas ça parce que mes parents ne le font pas !! hé hé hé !!!

Question :
T’es-tu souvenue des gens ou de leurs maisons, des odeurs, des sons...etc. qui ont fait partie de ta jeune enfance, lorsque tu as été de nouveau en contact avec ?

Réponse:
Malheureusement non. Je ne me souviens de rien lorsque j’étais un bébé. Je ne crois pas que personne ne s’en souvienne.

Question :
J’aimerais savoir si, avant le départ, il y a eu des demandes ou des plans de faits pour rencontrer ta mère biologique et si oui, est-ce que les plans ont été bien accueillis et se sont-ils matérialisés ?

Réponse:
Carolyne, une amie de ma mère, a offert de commencer des recherches, étant donné qu’elle doit aller à Malacatan (la ville ou¯ je suis née) très bientôt. Je dois lui donner des documents comme mon certificat de naissance et autres, alors je suis très excitée et j’espère la retrouver !

Question :
Je sais que tu as rencontré ta famille d’accueil au Guatémala. Je me demande si tu as rencontré ta mère biologique et/ou sa famille ?

Réponse:
Malheureusement non, je n’ai pas rencontré ma famille d'origine mais j’aimerais beaucoup faire des recherches afin d’essayer de les trouver. Je serais très heureuse si on pouvait les retrouver.

Question :
Selon Kahleah, qu’est-ce qui est le plus important pour nous, parents adoptants, d’avoir de disponible pour nos enfants... contact permanent avec la famille d’accueil ?... tentatives de retrouver la mère biologique ?... souvenirs ‘’culturels’’ ?...etc ?

Réponse:
Et bien, toutes ces choses sont importantes. Le contact avec la famille d’accueil est important car ces gens ont pris soin de toi et t’ont aimée depuis (presque) le jour ou¯ tu es née. Personnellement, je pense qu’il est extrêment important de garder le contact. Les tentatives de retrouver la famille d'origine sont très difficiles car tu n’es jamais certaine de ce que tu pourrais trouver : la pauvreté...etc. Les souvenirs sont très bien car ils nous permettent de connaître l’art et la culture de notre peuple.

Question :
Est-ce que Kahleah aimerait retourner au Guatémala et y vivre, lorsqu’elle sera une adulte ? Si oui, pourquoi ?

Réponse:
C’est une possibilité que je considérerais très sérieusement mais je sais que ma famille et mes amis me manqueraient terriblement. D’un autre côté, je pourrais accomplir beaucoup en y allant pour aider ou enseigner ou quelque chose du genre. Pour l’instant, je vais m’en tenir aux visites à tous les deux ans.

Question :
Lors de ton voyage au Guatémala, quelle partie as-tu préféré le plus et quelle partie as-tu préféré le moins ?

Réponse:
Je n’ai pas vraiment eu une partie préférée. J’ai VRAIMENT tout aimé beaucoup et cela me manque. Ce fut le voyage et aussi l’aventure les plus extraordinaires de ma vie. La partie la moins agréable fut le départ. Ce fut l’une des choses les plus difficiles à faire de ma vie. Même à présent, après plusieurs semaines, le pays me manque et je ressens un grand vide dans mon estomac (vous comprenez ce que je veux dire ?!!!).

Question :
Pourquoi est-ce que ‘’maintenant’’ était un bon temps pour toi d’aller au Guatémala ? Est-ce que les autres enfants devraient y aller lorsqu’ils sont plus âgés ? Si oui, vers quel âge ?

Réponse:
Et bien pour moi, je pense que j’aurais pu y aller l’an dernier ou même l’an prochain. J’étais prête pour ce voyage depuis longtemps et ce qui est triste est le fait que j’ai attendu tellement longtemps et qu’en deux semaines seulement, tout était terminé !! Vous comprenez ? Tout s’est déroulé trop vite. Je pense que les gens qui retournent dans leur pays d’origine doivent comprendre les problèmes qui y existent et doivent aussi être préparés à vivre toutes sortes d’émotions.

Question :
De mon fils à Kahleah : Comment t’es-tu sentie lorsque tu as vu des enfants malades et handicapés ?

Réponse:
Et bien, malheureusement, je savais avant mon départ qu’il y aurait des enfants malades ET handicapés. C’est une des choses à laquelle tu dois être préparé lorsque tu iras visiter ton pays d’origine ; en fait, celà s’applique pour tout pays. Comme tu peux imaginer, j’étais très attristée et troublée lorsque j’ai vu ces enfants et j’ai essayé de les aider du mieux que j’ai pu.

Question :
J’aimerais connaître ses sentiments à l’égard de la situation économique qu’elle a vue. Je me demande si un jour ma fille pourrait se sentir coupable d’avoir eu la chance de vivre cette vie si différente.

Réponse:
Je pense qu’il est terrible que tant de gens souffrent à cause d’un manque d’argent. Je sais que je me suis sentie mal, un peu coupable et me suis posé la question  ‘’pourquoi moi’’, mais j’ai essayé de mon mieux d’aider les gens et je pense que ma mère et moi avons fait de notre mieux et que nous nous sommes senties bien dans tout cela.

RÉFLEXION SUR L’ADOPTION

Par : Kahleah Guibault, 12 ans

Parler d’adoption est très important. Spécialement pour les enfants. Si vous ne leur en parlez pas, ils pourront avoir une image négative de l’adoption. Ils pourront penser que c’est mal ou que ça ne vous intéresse pas. Vous DEVEZ, au contraire, vous en préoccuper.

Que ça vous plaise ou non, vous avez été adopté et ce n’est pas un crime ni rien d’horrible car quand vous y pensez sérieusement, l’adoption vous a probablement sauvé la vie, de même que l’ont fait vos parents de naissance, vos parents adoptifs et votre famille d’accueil (si vous en avez eu une). ((Note de Leceta, la mère de Kahleah : Cette phrase « L’adoption vous a sauvé la vie » m’intrigue … Est-ce que son récent voyage au Guatemala aurait influencé sa vision de l’adoption ? )

Certaines personnes peuvent éprouver de la colère envers leurs parents de naissance parce qu’elles pensent qu’ils les ont abandonnées ou qu’ils ne les aimaient pas. Ce n’est pas vrai. Confier son enfant à l’adoption est un geste très noble, responsable et difficile à faire. S’ils le font c’est pour donner une meilleure chance à l’enfant et aussi parce qu’ils l’aiment. Vous devez vous dire : Puisqu’ils m’aimaient, pourquoi ne m’ont-ils pas gardé et élevé ? Il y a différentes réponses à cette question. Certains parents confient leur enfant à l’adoption parce qu’ils ne peuvent ni le nourrir ni l’habiller. Ils désirent que leur enfant ait une belle vie et probablement qu’ils se sentent incapables de lui donner une telle vie. Il est important de comprendre que nos parents nous ont confiés car il y voyaient notre meilleur intérêt.

Si vous ne parlez pas d’adoption avec votre enfant, il ne comprendra probablement jamais tout cela, ni le fait que ses parents de naissance l’aimaient plus que tout au monde. Donc, parlez d’adoption ! Faites-le pour votre enfant.

Source: La Cigogne, Journal de la Fédération des parents adoptants du Québec, Automne 2003.

 

FPAQ

 

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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  Publication: 6 avril 2004
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2003aut_kahleah.html