Mot de la Présidente

 

Chers Membres,

cigogne
Automne 2004

La loi 3 a été votée le 22 avril 2004. Par cette loi, le Québec ratifie la Convention de La Haye sur l’adoption internationale votée en mai 1993. C’est une bonne nouvelle car la Convention, qui a obtenu le consensus de nombreux pays d’origine et de pays d’accueil, vise à encadrer le processus de l’adoption internationale pour contrer les dérapages trop fréquents observés un peu partout dans le monde.

Par contre, la loi 3 ne sera en vigueur que dans environ 18 mois, le temps d’écrire tous les règlements et l’arrêté ministériel devant contenir les cas d’exception pour les adoptions qui ne passeront pas par des organismes agréés, telles les adoptions intra-familiales et les adoptions par un ressortissant d’un pays étranger vivant au Québec et désirant adopter un enfant de son pays d’origine.

Dans la loi donc, il est écrit que toutes les adoptions devront passer par un organisme agréé mais, dans l’arrêté ministériel, on donnera les cas d’exception à cette règle au lieu de les avoir inclus dans la loi. Il reste à espérer que les procédures pour réaliser ces adoptions par « contact privé » seront claires et uniformes pour tous les pays.

D’autre part, nous sommes très déçus que nos demandes de créer un Ombudsman et de relancer le Comité de suivi du code d’éthique des organismes n’aient pas été retenues. Nous aurions souhaité que les parents aient un droit de parole et de revendication, un endroit où ils auraient pu s’exprimer afin d’améliorer le processus si complexe de l’adoption internationale. Par contre, lors de la commission parlementaire, le SAI a dit au Ministre qu’il existait déjà un comité représentant tous les acteurs de l’adoption internationale; nous attendons les invitations comme représentants des parents.

CigogneLors du Colloque sur l’adoption tenu en mai dernier à Sherbrooke, la représentante du SSI (Service social international) basé à Genève a fortement insisté pour présenter la position de nombreuses instances internationales : chaque pays d’origine ferait une liste de ses enfants adoptables et proposerait cette liste aux organismes des pays d’accueil qui tenteraient de trouver des parents pour ces enfants. Le SAI a renchéri en disant respecter le principe de subsidiarité par lequel l’adoption internationale devrait être le dernier recours pour un enfant, après avoir tout tenté pour qu’il soit adopté dans son propre pays. À la fin de l’été, à une réunion organisée par le SAI avec des psychologues faisant des évaluations, la représentante du SAI a dit : Même si les parents désirent des bébés en bas de 2 ans, il faudrait leur parler de l’adoption d’enfants plus âgés, car eux aussi ont besoin d’une famille.

Il y a un côté pervers à ce principe de subsidiarité, car plusieurs pays gardent les enfants plusieurs années dans leurs orphelinats pour leur trouver une famille dans leur pays. Les enfants vivent donc, en institution, des années cruciales de leur développement, sans la présence d’une famille pour répondre à leurs besoins affectifs essentiels. Est-ce bien là l’intérêt supérieur de l’enfant qui est mis de l’avant ?

En plus, plusieurs études ont démontré que les enfants plus âgés exigent des parents ayant des capacités parentales supérieures. Dans les services en post-adoption, nous pouvons constater que nombre de parents se trouvent forts démunis face à leurs enfants devenus adolescents. Et pourtant beaucoup de ces derniers avaient été adoptés bébés. Qu’en sera t-il si on insiste pour que les parents adoptent des enfants plus âgés ?

C’est certain que les parents adoptants désirent adopter des bébés de 0 à 2 ans car ils considèrent que de jeunes enfants ont un plus grand potentiel d’intégration que des enfants plus grands ayant vécu en orphelinat. Ce n’est pas la recherche de bébés parfaits mais plutôt le désir de construire une famille où les défis seront surmontables. En tant que société, nous nous devons d’être responsables face à nos choix. L’adoption ne peut être vue comme un service social d’aide à l’enfance. Les parents ne sont pas des éducateurs spécialisés. Nous ne pouvons afficher vouloir donner une famille à un plus grand nombre d’enfants plus âgés sans en mesurer les conséquences à plus ou moins long terme.

Plusieurs organismes offrent déjà la possibilité d’adopter des enfants plus âgés et des fratries dans un délai plus court que pour des adoptions d’enfants plus jeunes. Le Mexique ne voulait offrir que des enfants de 6 ans et plus, mais Mme Carole Miville, conseillère au SAI, a dit qu’ils avaient insisté pour que le Mexique offre des enfants de 4 ans et plus ce qui laisserait aux familles une période d’un an avant que l’enfant n’entre à l’école. Ceci implique que les enfants devraient entrer au Québec au début de leurs 4 ans et qu’ils devraient donc avoir été proposés à 3 ans … Mme Miville m’a dit que des études démontrent que les enfants de 4 ans et plus ont plus de facilité à s’intégrer que les enfants de 18 mois à 3 ans ! C’est certain que nous n’avons pas la même bibliothèque, car de mon côté, c’est entièrement l’opposé. Je cite en vrac, Elinor Ames, Dr Jean-François Chicoine, Johanne Lemieux t.s., Pierrette Jean t.s. et Monique Simard t.s., les nombreux écrits cités par Romaine Ouellette dans L’intégration familiale et sociale des enfants adoptés à l’étranger : recension des écrits, rapport de recherche publié en avril 1999. Tous parlent de difficultés plus grandes d’adaptation pour des enfants ayant un plus long vécu d’abandon donc qui ont de plus grands défis d’attachement que des enfants adoptés plus jeunes.

Il existe des familles exceptionnelles, j’en connais plusieurs, qui ont relevé le défi de prendre des enfants dits à particularités (plus âgés, handicapés, malades ou en fratrie) et où cela se passe très bien. Mais c’est loin d’être la norme et c’est pour cette raison que nous nous devons d’être vigilants, pour ne pas imposer un enfant plus âgé ou une fratrie à une famille, sans s’être assurés que cette famille saura être à la hauteur des exigences d’un tel jumelage. Nous ne pouvons donc pas privilégier les adoptions d’enfants plus âgés dans l’avenir. Il faut à tout prix éviter que des enfants et des familles souffrent à cause de choix politiques déconnectés de la réalité. Comme bon nombre d’adoptés et d’adoptants l’ont déjà appris à leurs dépens, en adoption, l’amour ne suffit pas toujours !

Claire-Marie Gagnon
Présidente
La Cigogne, Automne 2004

FPAQ

 

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication: 20 novembre 2004 
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2004aut_presidente.html