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Éditorial
Les parents adoptants sont-ils des « mère
térésa » ?
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| Été 2005 |
Les parents adoptants veulent
des « enfants parfaits », voilà une remarque que nous
entendons souvent de la bouche d’intervenants en adoption et plus
récemment même, de la bouche de Mme Luce de Bellefeuille,
directrice du Secrétariat à l’adoption internationale
(cf. Les enfants adoptés en Europe de l’Est peinent à
s’adapter, La Presse, jeudi 10 mars 2005.)
C’est l’instinct, les besoins de parenter
et celui de se prolonger qui nous incitent à faire des enfants.
L’homme comme la femme se crée un enfant imaginaire lui permettant
d’accéder au statut de parent. Cet enfant au départ
est parfait, il répond en tous points aux fantasmes de chacun.
Les parents s’ajustent après coup à leur enfant réel.
Pour ce qui est des futurs adoptants, eux aussi se doivent de penser un
enfant imaginaire. Mais les caractéristiques possibles de l’enfant
réel sont dans ce cas beaucoup plus étendues : différences
physiques flagrantes, âges divers à l’arrivée,
enfants violentés, un vécu chargé de traumatismes,
maladies et handicaps non décelés, fratries etc.
Il est certain que l’adoption nationale ou internationale
doit viser d’abord et avant tout à trouver une famille pour
un enfant qui n’en a pas. Il ne s’agit pas de chercher un
enfant qui réponde à des critères de sélection
listés par des postulants à l’adoption. Par contre,
pour que la greffe enfant-parents puisse prendre, l’enfant doit
correspondre à un désir exprimé par les parents ainsi
qu’à leurs capacités de prendre en charge un enfant
avec toutes ses particularités. « Il est faux de penser que
tout parent est en mesure d’élever un enfant d’une
autre couleur que la sienne ou un enfant doté d’un handicap,
trop âgé ou différent 1.»
La famille est le fondement des sociétés
humaines.
Ainsi, certains parents devraient pouvoir recevoir
un bébé, surtout pour leur premier enfant, afin d’augmenter
les chances de créer une fusion familiale. Comme d’autres,
souvent parce qu’ils ont déjà vécu l’expérience
d’un jeune bébé, indiquent leur préférence
pour un enfant plus âgé. Certains ont plus d’affinités
avec telle culture, d’autres sont ouverts à se voir confier
un enfant avec tel handicap etc. C’est comme une histoire d’amour,
il faut qu’il y ait un coup de foudre. Les mariages arrangés
fonctionnent rarement.
La famille est le fondement des sociétés
humaines. Elle constitue la voie par laquelle des adultes (les parents)
soutiennent, supportent les jeunes humains pour leur permettre de se développer
harmonieusement au mieux de leurs capacités. Pour que ce système
fonctionne, il faut que l’éducateur (le parent) soit apte
et volontaire, et donc, c’est à lui d’abord et à
lui seul que revient le choix de se lancer dans cette aventure humaine.
Une famille n’est pas une œuvre caritative.
Ainsi, il n’est pas indécent que les
parents adoptants cherchent à mettre le plus grand nombre de chances
de leur côté pour mener à bien ce projet humain. Ils
ne veulent pas être des praticiens dédiés à
la cause de l’aide aux enfants abandonnés dans le monde.
Une famille n’est pas une œuvre caritative. Les parents n’adoptent
pas pour résoudre des problèmes sociaux. Leur seul désir
est de créer ou de compléter leur famille. L’attente,
leurs démarches et l’évaluation psychosociale les
feront évoluer vers un enfant plus réaliste mais on ne peut
imposer des enfants qui risquent de faire exploser toute la structure
familiale. Il faut absolument respecter les choix et les limites des adoptants.
Ce qui est inquiétant c’est que plusieurs
parents se sont fait imposer une fratrie de 2, 3 ou 4 enfants alors que
« ces dernières sont particulièrement touchées
par les échecs 2.» On remarque aussi que l’âge
indiqué dans l’évaluation est de moins en moins respecté
par les organismes. Il est à craindre qu’il soit difficile
de combler le fossé entre l’enfant attendu et l’enfant
réel.
… on ne peut pas obliger les adoptants
à posséder des aptitudes d’intervenants sociaux expérimentés.
S’il est de bon ton de dire qu’il faut
« défendre avant tout le droit de l’enfant à
avoir une famille et non pas le droit des parents à avoir un enfant
», on ne peut pas obliger les adoptants à posséder
des aptitudes d’intervenants sociaux expérimentés.
On ne peut pas demander à ce que les parents, eux, soient parfaits
!
Les parents adoptants ne sont pas des «
Mère Térésa » !
Les orientations concernant l’adoption internationale
doivent absolument tenir compte de ces faits. Les parents adoptants ne
sont pas des « Mère Térésa » ! Ils ne
peuvent répondre aux trop hautes exigences de fonctionnaires déconnectés
de la réalité de la vie des familles ayant choisi l’adoption
pour créer ou compléter leur famille.
Claire-Marie Gagnon
La Cigogne, Été 2005
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- Marinopoulos Sophie; Sellenet Catherine; Vallée
Françoise. Moïse, Œdipe, Superman … de l’abandon
à l’adoption. Paris, Fayard, 2003, p. 268.
- Ibid. p. 274.
Pages de la Fédération des
parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication: 31 mars 2006
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2005ete_editorial.html
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