Ta première mère ne t’oubliera jamais

cigogne
Été 2006


Avant de recevoir la première lettre qui me donnait des nouvelles de mon enfant, je m’étais souvent demandé ce que pouvait être la vie de mon enfant. Mon instinct maternel me dictait qu’il allait bien mais la conscience vous accuse et vous berne, vous obligeant à imaginer le pire. J’ai pensé à lui et j’ai pleuré pour lui durant les deux longues années avant que je ne reçoive des nouvelles de ses parents et d’apprendre qu’il n’avait pas souffert.

Plusieurs fois je me suis demandé à quoi ressemblait mon fils, s’il était en santé et heureux… mais comme Dieu est bon, il m’a consolée en me disant qu’il était plus qu’en santé et heureux. Il a été béni et protégé par Lui et je le sentais. D’un autre côté j’étais aussi hantée par des pensées noires comme la peur qu’il n’ait pas été adopté et qu’il soit encore à l’orphelinat …qu’il n’ait jamais trouvé une famille ou des frères ou des sœurs ou des parents pour l’aimer. Je me suis interrogée à savoir s’il savait déjà qu’il avait été adopté, s’il voulait me connaître ou savoir qui j’étais. J’étais inquiète de savoir s’il me détestait et s’il se posait des milliers de questions sur pourquoi je l’avais abandonné. Je me demandais comment je répondrais à ces questions.

Je pense souvent à mon enfant. Je pense à lui le soir, le matin et durant la journée. Je penserai toujours à lui.

Je pense souvent à mon enfant. Je pense à lui le soir, le matin et durant la journée. Je penserai toujours à lui. Dans mes prières il est toujours avec moi et encore plus lorsque mes autres enfants pleurent ou rient ou quand ils sont heureux. Je me demande comment il aurait agi dans ces moments-là et spécialement quand son frère Andres Felipe fait quelque chose de bon ou de mauvais; je me demande si Tristan agirait aussi de cette façon. Andres Felipe a une ressemblance frappante avec Tristan, pour moi ils se ressemblent beaucoup physiquement et en certains points aussi dans leur comportement.

Je n’ai pensé reprendre mon enfant qu’une seule fois. Je l’aurais repris s’il était resté à l’orphelinat. J’étais retournée à l’orphelinat. On m’avait dit qu’il avait été adopté et qu’il vivait très loin. Est-ce que je voudrais le reprendre aujourd’hui? Le reprendre et l’éloigner de sa famille? Non. Je ne voudrai jamais blesser mon enfant ou sa famille.

Ce qui me blesse dans mon âme c’est la douleur d’avoir donné un enfant à l’adoption alors que j’élève d’autres enfants.

Ce qui me blesse dans mon âme c’est la douleur d’avoir donné un enfant à l’adoption alors que j’élève d’autres enfants. Je ressens parfois que je n’ai pas de réelle justification. Je ressens une douleur combinée avec un sentiment de paix et de tranquillité parce que la famille de mon fils est vraiment spéciale, parce qu’elle l’aime très fort et lui donne une meilleure vie.

Je ressens souvent de la culpabilité et du remords. Je suis toute seule à penser qu’il grandit et qu’il comprend la situation. Mon grand espoir est que mon enfant comprenne. Je n’ai reçu aucune empathie ou support de ma famille et je n’ai pu compter sur eux quand j’ai pris ma décision. J’étais seule et je sais que ma mère et mes frères et sœurs ne voulaient pas d’une charge plus lourde d’enfants pour une famille et une maison si pauvres. Ils m’ont posé beaucoup de questions et m’ont fait beaucoup souffrir quand je suis redevenue enceinte. Je me sentais tellement seule et ma vie avait bien changé jusqu’au moment où j’ai décidé de confier mon enfant à l’adoption. Dès lors j’ai cessé d’être une fille heureuse et j’ai pleuré mon deuil en silence et je le fais encore.

Après l’abandon j’ai prié afin d’entendre la voix de Dieu qui me répondrait que mon enfant allait bien. Ma grossesse et l’abandon n’étaient pas un secret. Ma famille était très gênée. Ils ont souvent parlé en mal de moi et ils m’ont aussi avisée de ne pas ramener un autre enfant à la maison. Ils m’ont demandé ce que je ferais avec l’enfant puis ils ne m’ont offert aucune aide. J’ai tellement souffert ! Ma mère, ma famille et le père m’ont fait souffrir et je sentais qu’ils voulaient me punir. Ceci c’était avant que je reçoive des nouvelles et avant que je rencontre mon fils. Aujourd’hui nous sommes tous contents.

Je me suis beaucoup inquiétée pour mon fils. Je pense que toutes les mères de naissance le sont.

Je me suis beaucoup inquiétée pour mon fils. Je pense que toutes les mères de naissance le sont. Je m’inquiétais des difficultés qu’il pouvait rencontrer. Je me demandais si quelqu’un le faisait souffrir ou peut-être lui faisait des attouchements inappropriés ou le violait comme le font certaines méchantes personnes. Je m’inquiétais aussi qu’il soit tué et que quelqu’un lui vole ses organes vitaux comme il arrive dans bien des endroits dans le monde. C’est une pratique courante dans les grandes villes et c’est souvent mentionné aux nouvelles. Ceci était une de mes nombreuses inquiétudes. Je ne voulais pas que mon enfant souffre.

Quelquefois des gens essaient de me faire sentir mal avec ma décision puis je me demande si mon enfant m’aimera ou me détestera. Quand je pense à ça et que je me sens mal, j’aimerais parler la même langue que mon fils pour être capable de lui parler directement, de le regarder dans les yeux et pour vraiment comprendre ses sentiments envers moi. J’aimerais comprendre son amour ou son désintérêt face à moi. Dans mon cœur, je sais que je mérite le bien et le mal. Je suis réaliste.

Les épreuves les plus difficiles de toute ma vie de mère de naissance ont été d’être enceinte à la maison et d’endurer les disputes avec ma mère et ensuite d’avoir pris la décision d’abandonner mon enfant. Le pire et de loin, c’est le troisième jour après la naissance, après avoir nourri mon enfant à mon sein, puis d’avoir signé les papiers et de l’avoir laissé là. Je pensais mourir. Je voulais tellement le garder avec moi mais tout le monde m’en empêchait. Plus de 11 ans après l’adoption de mon enfant mes sentiments sont pareils à ceux de toute bonne mère et je me considère comme une bonne mère. Je suis remplie d’amour et je lui souhaite ce qu’il y a de mieux et je prie pour mon fils et mes souhaits et mes prières sont adressés directement à Dieu, lui demandant sa protection et d’être un guide sur les meilleurs chemins et que mon fils obtienne tout ce qu’il désire dans la vie. J’espérais que mon fils soit adopté par une bonne famille qui lui donnerait une bonne éducation, qui comprendrait quand il ferait des bêtises et qui ne le maltraiterait pas. J’espérais qu’ils lui donneraient des médicaments quand il serait malade et beaucoup d’amour.

Aujourd’hui je me sens vraiment bien depuis que je sais que mon fils vit avec des gens qui ont entièrement accepté mon enfant comme le leur et qui lui donnent tout l’amour que des parents peuvent donner à leur enfant. Je pense qu’ils sont d’excellentes personnes et j’ai l’assurance que mon fils sera toujours entre bonnes mains et qu’ils le considèreront toujours comme s’il était leur enfant biologique. Les mères de naissance qui sont jeunes ou seules et qui ne peuvent garder leur enfant auprès d’elles peuvent penser à l’adoption. L’adoption est une bonne option. L’adoption est une meilleure solution que l’abandon ou l’avortement. J’aimerais que mon garçon sache que je l’aime et que je ne voudrai toujours que le meilleur pour lui et que c’est pour cette raison que j’ai choisi l’adoption plutôt que de le tuer dans mon ventre ou de l’abandonner au loin. Pour moi ceci c’est le choix qu’a fait une bonne mère. Je suis là si et pour quand il aura besoin de moi.

Ta première mère ne t’oubliera jamais.

Piedad Yamille Agudelo Correa
La Cigogne, Été 2006
Traduit de l’anglais par Claire-Marie Gagnon

Ce témoignage a été tiré du livre : «Adoption Parenting: Creating a Toolbox, Building Connections».

 

 

 

FPAQ

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication: 12 septembre 2006 
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2006ete_presidente.html