| Un pavé dans une mare
 |
| Été
2006 |
Je suis un nouveau papa d'un petit garçon qui
remplit la vie de ma conjointe et la mienne de bonheur tous les jours.
Avant d'adopter, nous avons lu, assisté à des ateliers,
parlé avec de nombreuses familles adoptives, sommes allés
au Salon Maternité, Paternité, Enfants, avons discuté
longuement avec des travailleurs sociaux, pédagogues et infirmières.
Après l'adoption, nous avons continué
à garder contact avec d'autres familles adoptives, à suivre
des ateliers post-adoption, à tant nous préparer que nous
pourrions écrire nos mémoires dans un an ou deux. Nous avons
discuté avec nos proches, nos voisins et nos collègues de
travail. Nous avons eu la chance d'adopter un jeune prince plein de courage
et de sourires. Il s'adapte très bien, presque au désespoir
de ses parents qui se creusent la tête à lui trouver des
bobos pour pouvoir appliquer la théorie qu'ils ont si longuement
étudiée. Nous nous attendions à toutes sortes de
surprises. Nous en avons eues.
Les plus grosses ne sont pas venues de notre nouvel
arrivé, mais de nos amis proches et de nos familles. Soudainement,
ceux qui s'affichaient très ouverts ne le sont plus, ceux qui étaient
réservés se trouvent soudainement enthousiastes, les célibataires
nous boudent parce qu'on ne peut plus sortir, certains qui avaient hâte
de le voir ont pris des mois pour retourner nos messages et certains qui
se targuent d'aimer les enfants à la folie disent les pires grossièretés
sur notre choix de famille.
Nous avons vécu l'expérience des questions
naïves : «Ça coûte combien?», des remarques
stupides «A ce prix-là, tu pourrais avoir un autre char»,
«C'est la faute à qui?» «Laisse-moi faire, tu
vas voir», «Tu ne la prends pas du bon bord», de commentaires
de travailleurs sociaux qui nous traitent de snobs parce que nous sommes
allés à «l’international».
Nous avons aussi des bien-pensants qui annoncent que
nous sommes allés «acheter» un enfant, que nous aurions
du plutôt aider des familles dans le besoin en envoyant de l'argent,
des pieux annonçant l'importance des liens du sang et d'accoucher
vaginalement, sans oublier ceux qui ne comprennent pas pourquoi nous n'avons
pas passé par une mère porteuse ou une banque de sperme
!
Venant de la part de personnes qui parquent leurs
enfants dans des garderies à temps plein à l'âge de
3 mois et le feraient de la pouponnière si c’était
possible, qui sont en traitement d'infertilité depuis 8 ans, de
familles reconstituées et de parents d'enfants mal élevés,
j'avoue que c'est surprenant.
Nous avons été préparés
pour former notre entourage. Il est vrai, nous sommes différents
de la famille prototype de par notre composition et même si c'est
maintenant «in» d'adopter, il n'en reste pas moins une connotation
tabou à ce sujet et même si tout le monde semble avoir une
opinion, peu savent vraiment ce que c'est. Nous n'étions pas prêts
par contre à faire face au refus pur et simple de nous écouter
ou de voir des membres de la famille nous faire des crises parce qu'on
n'a pas invité tout le monde à un BBQ le lendemain de notre
arrivée alors qu'ils étaient avertis que nous ferions plutôt
des petites rencontres, tout doucement.
Nous pouvons faire face à l'ignorance. Ça
se guérit. Le refus d'écouter cependant, nous ne savons
pas. Briser des liens ne facilitera rien et abattre des voisins annonçant
à leurs enfants et leurs amis que nous avons acheté un petit
garçon n'est pas socialement acceptable. Je ne savais pas à
quel point le sens «d'avoir un enfant« avait autant de sens
que «d'aimer«. Plus quelqu'un dit savoir ce que c'est, moins
c'est le cas !
Charles de Léan
La Cigogne, Été 2006
Pages de la Fédération des
parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication:
12 septembre 2006
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2006ete_pave.html
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