Le Secrétariat à l'adoption internationale (SAI),
….. Une direction qui n'est pas sans défis.

Entretien avec Luce De Bellefeuille, directrice générale du Secrétariat à l'adoption internationale

cigogne
Hiver 2006

 

À plusieurs reprises, la FPAQ à fait mention du Secrétariat à l'adoption internationale dans ses articles et pas toujours en termes élogieux il faut en convenir. Le SAI1 a un lourd mandat et comme plusieurs organismes gouvernementaux, peu d'effectifs afin d'assurer le respect de l'intégrité de son mandat. Diriger une telle organisation relève du défi et les candidats aptes à le relever ne se bousculent pas au portillon. Voilà ce qui a orienté ma décision de rencontrer celle qui dirige le SAI depuis maintenant 5 ans.

Toute menue, au regard espiègle et déterminé, Luce de Bellefeuille est une femme motivée et engagée. Nommée directrice générale du SAI en 2001, elle avoue ne pas avoir eu un parcours linéaire mais être toujours au premier rang lorsqu'il s'agit de faire respecter les droits de chacun et combattre les injustices. C'est ça qui me motive et je suis une fille qui n'abandonne pas, dira-t-elle avec des étincelles dans le regard.

Femme de multiples combats, elle a fondé en 1982, en pleine crise économique, un organisme d'aide aux femmes en recherche d'emplois (Programme COFFRE), à St-Jean-sur-Richelieu. Elle a participé à la fondation du CIAFT (Centre d'invention pour l'accès des femmes au travail). Elle était aussi de la bataille pour l'humanisation des soins en périnatalité afin que les femmes aient accès à des chambres de naissances, qu’elles puissent être assistées par des sages femmes et afin que les hommes puissent être présents en salle d'opération lors d'une césarienne.

Toute jeune, elle dit être tombée tête première dans le milieu de la santé. Sa grand-mère a fondé un hôpital, son père a été directeur d'hôpital toute sa vie et la majorité des membres de sa famille travaillent aujourd'hui dans le réseau de la santé. En 1963, lors de l'introduction des Comités des usagers dans les établissements de la santé, j'avais dit à mon père qu'un jour je serais au sein d'un tel comité. En 1984, je me suis ainsi retrouvée conseillère aux usagers dans un conseil régional de la santé où je travaillais sur des dossiers de plaintes. J'avais à ce moment des patrons assez stimulants qui m'ont impliquée dans tous les dossiers de planification. De défi en défi, je suis passée de conseillère à coordonnatrice, puis directrice des communications et secrétaire générale à la Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Montérégie.

Puis en 1992, au moment de la création dans chaque région du Québec de groupes d'assistance pour les gens qui désiraient porter plainte, Luce de Bellefeuille a travaillé avec les gens du ministère afin de structurer cette démarche. Finalement, en 2001, elle reçoit un appel de Pierre Roy, à l'époque sous-ministre au ministère de la santé: Il m'a proposé de prendre la direction du secrétariat à l'adoption internationale. Surprise, je lui ai alors demandé: Mais pourquoi moi ? Il m'a répondu qu'il recherchait quelqu'un de diplomate, qui sait communiquer et qui a du jugement. Je n'y connaissais rien, la structure du SAI m'était complètement inconnue et je n'avais jamais eu affaire avec une adoption. Par contre, je savais que l'adoption était une mesure de protection de l'enfance, j'étais alors dans un décor qui m'était suffisamment connu. Je restais dans le giron de la santé et des services sociaux et il y avait tout un langage avec lequel j'étais familière.

Questionnée à savoir si elle a craint cet aspect de son mandat qui consistait à travailler de concert avec tous ces pays d'origine, chacun ayant leur propre culture, leurs valeurs et leurs lois souvent complexes, elle répond sans hésiter : Oui, cela était un défi pour moi mais il y avait des gens au SAI qui étaient là depuis très longtemps et qui m'ont supportée. Même si j'avais étudié toutes les lois d’adoption de ces pays, si je n'étais pas capable de négocier avec ces gens, cela n'aurait rien donné. Cela ne demande pas des connaissances mais plutôt du respect afin d'en venir à un terrain d'entente.

«De plus en plus de pays, notamment les pays de l'Est, ont pris la décision de revoir leurs lois en matière d'adoption internationale. Certains mettent sur pied des programmes d'aide à la famille ainsi que des réseaux de familles d'accueil afin que les enfants demeurent autant que possible dans leur pays d'origine.»

Dès son arrivée au SAI, Luce de Bellefeuille dit avoir fait un premier constat de la méconnaissance de ce qu'était le Secrétariat à l'adoption internationale dans sa mission première: Quand je suis arrivée, je me suis dit qu'il était essentiel dans un premier temps, de travailler à une planification stratégique. Ma première priorité fut que les gens ici au SAI réalisent à quel point le secrétariat était lié au Ministère de la santé et des services sociaux et à son mandat de la protection de la jeunesse. J'ai réuni toute l'équipe du SAI et nous nous sommes questionnés sur ce qui se faisait, comment nous le faisions et pourquoi nous étions là. Nous en sommes venus à la conclusion qu'il fallait harmoniser les pratiques et préconiser une approche partenariale avec les intervenants en adoption internationale ainsi qu'avec les autres ministères.

Madame de Bellefeuille ajoute qu'un autre dossier prioritaire à son arrivée était le projet de loi 11, c'est-à-dire la mise en application de la convention de La Haye.

Les travaux étaient commencés depuis 1996 et ils en étaient à la toute fin des consultations auprès des membres. Je devais produire un premier projet de loi, après même pas un an. Nous devions définir dans cette loi, les responsabilités d'une autorité centrale davantage outillée pour jouer un rôle de surveillance, de coordination et de contrôle des activités en matière d'adoption internationale.

À ce moment de l'entrevue, je lui fais remarquer que parmi ses priorités énoncées, elle n'avait pas encore abordé la place qu'occupait le parent adoptant. Pourtant ne sont-ils pas les premiers "usagers" des services du SAI ? Elle n'était d'ailleurs pas sans connaître le nombre excessif de cas de plaintes de parents à l'égard des relations et des services offerts non seulement par le SAI mais par les organismes d'adoption. Le code d'éthique2 auquel tous les organismes agréés doivent adhérer n'est malheureusement pas respecté par tous.

À ce propos, madame de Bellefeuille se montre quelque peu évasive, quoique préoccupée par ces cas. Elle mentionne avoir développé une politique de traitement des plaintes et nommé un responsable à l'interne afin de les traiter. Elle précise aussi qu'à chaque année, il y a un exercice de révision de la façon de faire au SAI. Selon elle, la nouvelle loi qui entrera en vigueur en février 2006, sera plus sévère à l'égard des règles de fonctionnement des organismes agréés. Le ministre aura un pouvoir d'inspection et d'enquête et un organisme pourrait perdre son agrément permanent.

Cette loi précisera entre autre les mesures de protection de l'enfant, ce qui évitera les dérives et procurera une assurance quant à son adoptabilité ainsi que les mesures de protection des parents adoptants, afin qu'ils ne soient pas assujettis à des pressions lors de la proposition d’un enfant.

Questionnée à savoir comment elle explique que de plus en plus de pays émettent des moratoires ou ferment définitivement leurs portes à l'adoption internationale, madame de Bellefeuille explique que la réalité de l'adoption internationale change. De plus en plus de pays, notamment les pays de l'Est, ont pris la décision de revoir leurs lois en matière d'adoption internationale. Certains mettent sur pied des programmes d'aide à la famille ainsi que des réseaux de familles d'accueil afin que les enfants demeurent autant que possible dans leur pays d'origine.

Il y a de moins en moins de jeunes bébés proposés, les enfants sont plus âgés ou à besoins spécifiques. Par contre, nous sommes à créer des liens avec d'autres pays, particulièrement en Afrique où des milliers de jeunes enfants sont laissés sans soin.

D'ailleurs, madame de Bellefeuille revient d'une Commission spéciale tenue en septembre dernier à La Haye3, aux Pays-Bas à laquelle assistaient plus de 230 participants de 66 pays, autant des pays d'origine, des pays d'accueil que des pays intéressés à joindre les rangs de la Convention. Six jours durant lesquels les divers intervenants échangeaient sur leurs pratiques et leurs préoccupations en matière d'adoption internationale dans le but d'apporter des améliorations à la Convention de La Haye. À cette occasion, madame de Bellefeuille était invitée à donner une conférence sur le processus d'agrément des organismes d'adoption au Québec. C'est une opportunité exceptionnelle qui m'a été donnée de pouvoir échanger et partager avec les différents intervenants de tous ces pays. Nous avons abordé tous les sujets en lien avec l'adoption, que ce soit le coût des adoptions, la production des rapports-progrès, l’agrément des organismes, la citoyenneté, la préparation des parents adoptants et des intervenants, etc.. Ce fut sans aucun doute, l'expérience la plus enrichissante de toute ma vie. Elle avoue que cette participation à La Haye a jeté un nouvel éclairage sur sa vision de tout le processus d'adoption. Être en contact et partager la réalité de chacun a été grandement inspirants.

Et maintenant, quelle est sa priorité ? Luce de Bellefeuille annonce avec enthousiasme la mise sur pied d'ici quelques mois, d'un tout nouveau programme de formation des intervenants et ce, à travers tout le Québec. Nous croyons à l'importance de former adéquatement les travailleurs sociaux, psychologues ainsi que les divers intervenants du milieu de l'adoption. Les parents doivent avoir accès à des spécialistes compétents autant en pré-adoption qu'en post-adoption.

Espérons maintenant que cette tangente demeure car le respect des droits et intérêts des enfants ne doit pas être dissocié de celui des parents avec lesquels ces mêmes enfants vont se retrouver. Jusqu'à maintenant, le SAI n'avait pas considéré prioritaire de s'assurer que le parent adoptant reçoive toute l'attention et tout le respect qu'il est en droit de recevoir autant avant, pendant qu'après l'adoption de l'enfant.

Luce de Bellefeuille est une femme déterminée, ayant un idéal élevé, mais il n'est pas toujours facile de concilier l'idéalisme à la réalité quotidienne de l'adoption internationale comme c'est le cas pour plusieurs adoptants. Par contre, je demeure confiante qu'elle y arrivera.

Lucie Bourassa
La Cigogne, Hiver 2006

Références:

  1. Adresse internet au Secrétariat à l'adoption internationale :

    http://www.adoption.gouv.qc.ca

  2. Code d'éthique des organismes agréés:

    http://www.adoption.gouv.qc.ca/site/66.89.0.0.1.0.phtml

  3. Pour les gens intéressés à connaître les conclusions et les recommandations de cette Commission spéciale à la Haye, visitez le lien suivant :

    http://hcch.e-vision.nl/index_fr.php?act=progress.listing&cat=8

 

FPAQ

 

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2006hiv_LDBF.html