|
Éditorial
La performance scolaire
 |
| Hiver 2006 |
Combien sommes-nous de parents à appréhender
le premier bulletin scolaire de l’année? Jusqu’au dernier
moment nous espérons avoir une surprise, que les notes refléteront
enfin les efforts de notre enfant à se concentrer, à étudier.
Combien sommes-nous à être déçus pour eux,
devant des échecs répétés? Comment leur faire
aimer l’école si celle-ci ne leur donne pas de satisfaction,
de l’estime de soi en retour?
Lorsque les enfants se mettent à marcher, qu’ils
disent leurs premiers mots, qu’ils font leurs premiers dessins,
qu’ils nous apportent leur premier pissenlit, toutes leurs actions
sont récompensées positivement. Ils sont aimés pour
ce qu’ils sont et ce qu’ils font, et leur moindre effort est
souligné positivement. Quand ils arrivent à l’école,
c’est le choc. En plus de se voir astreindre à rester assis
de longues heures, ils sont comparés aux autres et ils apprennent
rapidement à être classés en « bons/pas bons
» dans les matières scolaires et dans les sports. En plus
et surtout, Papa et Maman ne sont plus aussi enthousiastes devant leurs
résultats. Les enfants deviennent donc stressés car ils
voudraient continuer à recevoir cet amour inconditionnel qui leur
était si précieux. Certains peuvent devenir très
agressifs vis-à-vis leurs camarades qui leur enlèvent la
possibilité de se faire valoir, de recevoir l’attention dont
ils ont tant besoin. D’autres vont s’écraser, se refermer
sur eux-mêmes et répondre à l’image de «
pas bons » qu’on leur projette.
…ce n’est pas parce que l’âge
de raison a été fixé à 7 ans que tous les
enfants savent raisonner le jour de leur 7ème anniversaire…
Depuis plusieurs années le programme de mathématiques
au primaire a mis de l’avant la résolution de problèmes.
Dès la 2ème année les enfants apprennent donc à
composer avec la logique. L’âge de raison étant fixé
à 7 ans, les « pédagogues » ont cru bon d’introduire
des problèmes de raisonnement dès la deuxième année
alors que pour plusieurs l’acquisition de la lecture n’est
pas complète. En plus, ce n’est pas parce que l’âge
de raison a été fixé à 7 ans que tous les
enfants savent raisonner le jour de leur 7ème anniversaire…
Plusieurs n’ont pas la maturité nécessaire à
l’apprentissage des notions mathématiques basées sur
la logique; ils accumulent donc des retards dans la compréhension
de la matière, retards qui s’additionnent au lieu de se résorber.
À preuve, le nombre d’enfants ayant des tuteurs en mathématiques
dès le primaire puis au secondaire est effarant. Le tutorat à
l’année, les cours de rattrapage l’été
en mathématiques sont courants. Pourtant, sous prétexte
que le Québec a un taux élevé de réussite
en mathématiques on ne remet pas en question le programme.
Cette constatation est vraie pour l’ensemble
des élèves mais les enfants de l’adoption y sont malheureusement
sur-représentés car ils manquent souvent de maturité
au niveau du raisonnement. Selon l’association québécoise
des troubles d’apprentissage l’AQETA, il y a 5 à 10%
de troubles d’apprentissage chez les enfants en général
mais il y en aurait de 15 à 20% chez les enfants adoptés.
Quand vous ajoutez à ce constat des classes de 32 et même
de 36 élèves, les enfants avec des difficultés d’apprentissage
sont vraiment très pénalisés.
 |
 |
| «…ce n’est pas parce que
l’âge de raison a été fixé à
7 ans que tous les enfants savent raisonner le jour de leur 7ème
anniversaire…» |
 |
Comme nous vivons dans une société qui
valorise la performance, les parents cherchent à donner à
leur enfant le maximum de formations de toutes sortes : cours de langue,
de natation, de musique, de ski, de tennis, d’arts, achat de livres,
de jeux et de cédéroms éducatifs, de quoi occuper
les enfants pendant toutes leurs heures d’éveil. Une enseignante
dans une école privée très performante s’étonnait
: « Quand on sort dehors dans la cour, les enfants nous demandent
d’organiser des jeux. Ils ne savent plus jouer seuls ni ne rien
faire. Leurs parents et l’école les ont habitués à
être constamment encadrés et occupés. »
Cette société de performance éducative
se fait au détriment du développement de l’individu,
de sa personnalité et de ses compétences. C’est une
attaque directe à l’estime de soi. Pour les enfants adoptés
cette situation est catastrophique parce qu’ils ont justement plus
de problèmes avec la performance et l’estime de soi. Ils
ont peur de perdre l’amour de leurs parents et de leurs professeurs.
Comment pouvons-nous équiper nos enfants pour
qu’ils puissent se sentir compétents dans la société
?
- Faire évaluer l’enfant afin de découvrir
s’il a un problème d’apprentissage (dyslexie, dysorthographie,
déficit d’attention avec ou sans hyperactivité,
problème d’audition centrale, etc.). Lui donner les ressources
adéquates pour l’aider à gérer ses difficultés.
L’enfant n’est pas paresseux; il est mal équipé
pour travailler.
- Abaisser les attentes face au rendement scolaire
pour diminuer la pression, le stress sur l’enfant mais aussi sur
le parent. « C’est comme une tulipe. Si tu tires dessus,
elle ne va pas pousser plus vite! » illustre bien Germain Duclos,
psychoéducateur.
- Prendre un tuteur pour faire les devoirs, pour
rattraper des notions. Un parent doit rester un parent pour l’enfant.
Si le parent s’épuise à travailler les devoirs,
il n’est plus disponible pour les câlins du soir.
- À la remise du bulletin, «
noter » en pourcentage les commentaires positifs des professeurs
sur les qualités de l’enfant, ses bons comportements, sa
politesse, son sens des autres. Vous lui démontrez alors qu’il
peut développer et performer dans des compétences sociales
appréciables par les autres. Dans la vie, c’est la personnalité
qui compte et non pas les notes sur un bulletin.
- Chercher avec l’enfant un intérêt
pour une activité artistique ou sportive, et lui donner l’occasion
de s’y adonner le plus souvent possible. Une activité où
il ne sera pas jugé, ni comparé ni déprécié.
Il faudra éviter de couper cette activité pour le punir
de son mauvais rendement scolaire car ce ne doit pas être une
activité de récompense mais un endroit pour développer
d’autres compétences dont la plus importante est l’estime
de soi.
- Faire des activités avec l’enfant
puis avec son adolescent : patiner, skier, lire une histoire, jouer,
rire, … rien faire ensemble.
- Lui faire raconter ses journées, l’écouter
dans sa version à lui des évènements. Son intention
est souvent fort différente de celle qu’on lui a prêtée.
Ne pas le punir à la maison pour des choses qui se sont passées
à l’école.
- Augmenter l’estime de soi par du renforcement
positif. Toute personne, adulte comme enfant, a besoin de l’admiration,
de l’encouragement des autres pour avancer. Pour développer
nos compétences nous avons besoin qu’on croit en nous.
Faites-vous confiance. Fiez-vous à votre intuition
pour construire autour de votre enfant un château fort d’amour
et de compréhension.
Formons donc d’abord et avant tout des
personnes heureuses d’être
Et enfin, faites confiance à votre enfant.
Chacun a sa place. La société ne pourra pas être formée
que par des professionnels et des gens ayant poursuivi de longues études.
Il importe de viser à ce que chacun soit heureux
dans le travail qu’il aura à accomplir chaque jour de sa
vie d’adulte. Nous sommes les premiers à apprécier
d’être servis par des gens aimables et compétents chez
le boucher, le cordonnier, le coiffeur, le pépiniériste,
le jardinier, le vendeur d’autos, par les préposés
dans les hôpitaux et les centres de santé, etc. Formons donc
d’abord et avant tout des personnes heureuses d’être,
des personnes appréciées pour ce qu’elles sont.
Travailler les valeurs humaines de base, respect,
tolérance, partage, c’est le meilleur investissement à
long terme que des parents puissent donner à leur enfant et à
la société toute entière.
Claire-Marie Gagnon
La Cigogne, Hiver 2006
Pages de la Fédération des
parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

Haut de la page |
Publication: 31 mars 2006
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2006hiv_performance.html
|