Éditorial
Trop d'information c'est comme pas assez...

cigogne
Printemps 2006


Le 21è siècle, c’est le règne de l’information. En un clic de souris nous avons accès à des tonnes de documents sur tous les sujets. On s'inquiète des symptômes d'une maladie ? On s’obstine à savoir qui a raison ? On veut en savoir plus dans un domaine ? De chez-nous, sans trop d’efforts on obtient facilement non pas une, mais plusieurs réponses à nos questions. C’est une toute nouvelle façon d’aborder la vie. Maintenant nous sommes sur-informés. Il est même difficile de savoir trier.

En adoption internationale, nous avons depuis longtemps prôné l’importance d’offrir des cours en pré-adoption et des ateliers en post-adoption. Depuis plus de 10 ans tous les parents adoptants devraient avoir entendu parler des défis d’attachement que connaissent tous les enfants ayant été abandonnés. Tous devraient avoir entendu parler de l’importance de rester auprès de son enfant durant les premiers mois, des problèmes de développement que peuvent rencontrer les petits à leur arrivée, etc..

Certains parents ont su utiliser ces connaissances pour intervenir rapidement avec leurs enfants et ainsi prévenir de graves problèmes. Par contre, d’autres deviennent complètement inefficaces car ils ne se font pas confiance, ne savent comment agir.

«L’insécurité des parents vient aussi de leur histoire pré-adoption…»

Plus ils ont de l’information, plus ils deviennent angoissés. Des parents, surtout des mères car nous sommes les grandes championnes de la culpabilité, ne savent plus à qui se référer simplement pour décompresser, pour trouver des solutions toutes simples ou simplement pour se faire rassurer. Ils n’ont personne à qui parler. Leurs mères ne sont pas présentes, leurs amies sont sur le marché du travail et de toute façon peu s’y entende en adoption internationale pour savoir donner des conseils.

L’insécurité des parents vient aussi de leur histoire pré-adoption, du choc qu’ils ont subi en apprenant l’infertilité dans leur couple et de leur cheminement jusqu’à la décision de se tourner vers l’adoption. Ensuite le couple a dû passer une autre série d’épreuves pour accéder à leur rêve d’avoir un enfant. On leur a même décerné un « diplôme » en les reconnaissant aptes à éduquer des enfants par l’évaluation psychosociale. Ils vont donc vouloir se prouver à eux-mêmes et aux autres qu’ils peuvent performer dans l’éducation de leurs enfants.

Tous ces ingrédients forment un mélange explosif qui augmente le niveau d’angoisse. Ainsi, lorsqu’ils rencontrent des difficultés avec leurs enfants, ils se sentent incompétents, ils ne se font pas confiance et ne savent pas trier la montagne d’informations qu’ils ont accumulées. Ils se sentent aussi jugés dans leur rôle de parents d’enfants venus d’ailleurs puisqu’ils sont sous le feu de la rampe. Ils forment des familles visibles, souvent observées à la loupe par tout leur entourage.

Que font-ils alors ? Les parents, les jeunes surtout, recherchent les livres de recettes, les « How to », les Comment être … en 10 étapes. Ils recherchent aussi les cours, les ateliers où ils apprendront à suivre un mode d’emploi. Ils vont se fier à des gens qu’ils croient plus compétents qu’eux.

On m’a rapporté dernièrement que dans un atelier pour enfants de 8-9 ans l’animatrice leur a parlé de leurs mères de naissance dans une réflexion en groupe, sans savoir où chacun se situait dans son histoire. Les enfants en sont sortis très bouleversés. C’est un sujet qui se discute en privé avec ses parents et seulement si l’enfant désire en parler. À cet âge, les enfants ne sont pas assez matures pour participer à des focus group et discuter de leur situation personnelle !!!! Vous pouvez consulter des personnes qui vous aideront à développer vos compétences avec vos enfants, mais vous devez refuser les spécialistes qui décident pour vous de ce qui est bon ou non pour votre enfant.

Mais comment épauler les parents et leur donner les outils pour se faire confiance ? Comment leur dire que tous, depuis la nuit des temps, ont appris leur rôle de parents sur le tas, au jour le jour, en décidant de faire de leur mieux chaque jour et en acceptant, en toute humilité, de ne pas voir les résultats immédiatement ? Comment retrouver son instinct parental ? Comment retrouver le GBS (Gros Bon Sens) qui nous a permis à nous de grandir et de faire des adultes sains ? À quand le livre : Comment se faire confiance pour élever son enfant adopté … en 10 étapes ?

Notre société hyper performante nous fait oublier les petits bonheurs de la vie. Réapprenons à en jouir en famille !



Claire-Marie Gagnon
La Cigogne, Printemps 2006

 

FPAQ

 

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication: 7 septembre 2006 
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2006prin_information.html