| Éditorial
Le système ne fonctionne pas !
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| Hiver 2007 |
La Fédération des parents adoptants
du Québec va bientôt fêter ses 20 ans d’existence.
Vingt ans à défendre des dossiers de fond en adoption internationale,
mais aussi et surtout à travailler auprès d’adoptants
à défendre leurs droits concernant leur projet d’adoption.
Ce travail silencieux mais non moins efficace
a porté fruit permettant à des centaines d’enfants
de rejoindre une famille, leur famille, en terre québécoise.
La FPAQ n’a jamais été
autant sollicitée par des parents moralement et physiquement épuisés
par un processus qui n’en finit pas, des parents qui pleurent, des
parents en dépression. Que se passe-t-il ?
Depuis plusieurs mois, nous assistons à une
vague déferlante de demandes de support de la part de parents engagés
dans des batailles épiques afin de réaliser leur projet
d’adoption. La FPAQ n’a jamais été autant sollicitée
par des parents moralement et physiquement épuisés par un
processus qui n’en finit pas, des parents qui pleurent, des parents
en dépression. Que se passe-t-il ?
Certaines plaintes se rapportent au travail des organismes
mais la majorité concerne les relations des adoptants avec le Secrétariat
à l’adoption internationale. Nous constatons que le SAI s’est
donné un rôle de policier qui contrôle de façon
abusive tout ce qui n’entre pas à la lettre dans ses lois
et règlements. Par exemple, avant même l’entrée
en vigueur de la loi 3 (en février 2006) le SAI décourageait
tout projet d’adoption « privé » non intrafamiliale
en refusant d’emblée d’en étudier la faisabilité
alors que la loi le permettait. Et maintenant que la nouvelle loi est
très restrictive face aux adoptions sans organisme agréé,
tous les projets d’adoption hors famille sont balayés du
revers de la main sans aucune considération humanitaire. Alors
que le SAI se devrait d’aider les adoptants à réaliser
leur projet d’adoption tel qu’il est écrit dans son
mandat, il se distancie des adoptants en exerçant un contrôle
policier de l’adoption internationale.
Des questions se posent : Pourquoi devoir se battre
durant des mois pour obtenir la permission d’aller chercher un enfant
déclaré adoptable dans son pays d’origine ? Pourquoi
devoir s’abaisser, jusqu’à s’humilier, pour supplier
des gens d’accorder les papiers nécessaires pour adopter
un enfant ? Pourquoi être considérés comme de simples
clients, comme des bénéficiaires du système plutôt
que d’avoir un système qui rend le service aux citoyens ?
Pourquoi le SAI se pose-t-il en défenseur de l’intérêt
supérieur des enfants en opposant ce principe au désir d’adoption
des parents ? Pourquoi ne pas considérer les adoptants comme des
partenaires qui veulent offrir une famille à des enfants qui n’en
ont pas plutôt que de les considérer comme des gens sans
scrupules qu’il faut surveiller de près pour éviter
tout écart ? Pourquoi être soupçonnés des pires
desseins face aux enfants qui, soit dit en passant, deviendront les nôtres,
donc pour lesquels nous avons déjà le plus grand souci ?
Comment le SAI peut-il prétendre travailler pour l’adoption
internationale alors que son premier réflexe est de refuser systématiquement
tout projet hors des rails bien tracés ?
Le système ne fonctionne pas comme
il devrait !
La FPAQ a été créée pour
défendre les droits des adoptants tout en défendant le droit
des enfants à trouver une famille ici au Québec. C’est
son premier objectif. Pourtant, depuis plusieurs mois nous recevons des
demandes d’aide de la part d’organismes qui eux n’ont
aucun représentant ou porte-parole. Les organismes se plaignent
de harcèlement bureaucratique de la part du SAI qui exige continuellement
de nouveaux documents prétextant que ceux apportés ne contiennent
pas toutes les informations désirées.
Ils se plaignent de recevoir des sanctions, des menaces de fermeture ou
de non-renouvellement mais qu’ils n’obtiennent ni support,
ni aide quand ils rencontrent des difficultés et ce, malgré
qu’ils aient fait des demandes officielles au SAI. Ils ne se sentent
pas comme des partenaires mais comme des sous-traitants sans liberté
d’action au service du SAI alors que le SAI se devrait de conseiller
et de soutenir les organismes agréés, tel qu’il est
écrit dans son mandat.
Le système ne fonctionne pas comme
il devrait !
Un exemple de mauvais fonctionnement du système
: Le SAI publie une liste de 18 organismes agréés pour seulement
8 pays d’adoption !!! Donc plusieurs organismes demeurent agréés
malgré la fermeture des pays où ils travaillaient. Pourtant
sans adoption, pas d’entrée d’argent donc pas de possibilité
d’investiguer dans d’autres pays. Certains membres d’organismes
se sont même personnellement endettés afin de développer
leurs services d’adoption dans un nouveau pays !
Les adoptants comme plusieurs organismes déplorent
le climat dans lequel baigne l’adoption internationale au Québec.
Pour 2005, il y eut une baisse du nombre d’adoptions internationales
au Québec lequel, pour la première fois de son existence,
s’est vu dépassé par l’Ontario. Et la situation
future ne présage rien de bon puisque la Chine, d’où
provient la majorité des enfants, a annoncé un ralentissement
du nombre d’adoptions qu’elle autorisera dans un avenir rapproché.
Quel est le secret de l’Ontario qui connaît pourtant les mêmes
restrictions de possibilités que le Québec ? Pourquoi des
organismes agréés tels VIDA et Families for Children ont-ils
déménagé en Ontario pour pouvoir opérer ?
Pourquoi des parents ont-ils déménagé en Ontario
pour pouvoir réaliser leur projet d’adoption ?
Le système ne fonctionne pas comme
il devrait !
Il est temps de se poser la question du fonctionnement
du système. Le SAI a-t-il été victime du syndrome
de la bureaucratisation par des experts en management gouvernemental ?
Comme dans le cas de la trop fameuse réforme de l’enseignement
avec ses compétences transversales, les experts en organisation
de la gestion de l’adoption internationale au Québec n’ont-ils
pas créé un monstre sans cœur ni raison qui se préoccupe
plus de la pérennité de son existence et de ses petits pouvoirs
que du service à la population ?
…le service aux parents désirant
être aidés dans leurs démarches pour adopter des enfants
privés de famille est plus important que la sauvegarde d’un
système inefficace et dénué d’humanité
!
Cet état de fait ne peut perdurer, car pour
la Fédération, le service aux parents désirant être
aidés dans leurs démarches pour adopter des enfants privés
de famille est plus important que la sauvegarde d’un système
inefficace et dénué d’humanité !
On remarque que le nœud du problème provient
du fait que dans ce système, le SAI est juge et partie. Pour l’instant,
les adoptants comme les organismes ne peuvent porter leur cause en appel,
car il n’y a pas de lieu pour se faire entendre. Il serait donc
urgent de créer une instance décisionnelle qui puisse réactiver
tout le système et non pas seulement apposer un bandage à
la fois. Bandage qui d’ailleurs, ne tient souvent pas. N’y
aurait-il pas lieu de séparer l’Autorité centrale
et l’organisme d’État, ce dernier plus directement
impliqué dans les adoptions ? Ne pourrait-on pas créer un
organisme d’adoption d’État avec à sa tête
un conseil d’administration formé, non pas de fonctionnaires,
mais de personnes du milieu, un peu sur le modèle des sociétés
d’État comme Hydro-Québec ?
Le système devrait être réévalué
car en ce moment on se sent très loin de la raison première
de l’existence du SAI qui est celle de réunir des enfants
sans famille à des adoptants québécois prêts
à leur ouvrir les bras.
Claire-Marie Gagnon
Présidente
La Cigogne, Automne 2006
Pages de la Fédération des
parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication:
15 décembre 2006
URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/FPAQ/cigogne/2007/2007hiv_editorial.php
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