Éditorial
Quand le mur devient infranchissable


cigogne
Printemps 2007

Nathalie et Benoît sont jeunes, ils sont amoureux et décident d'emménager ensemble. Quand leur vie professionnelle est bien engagée, ils décident enfin de mettre en oeuvre leur plus grand projet, celui de faire ensemble un enfant. Mais voilà que la nature en décide autrement et que, mois après mois, la déception est au rendez-vous. En peine, se demandant ce qui ne va pas après plus d'une année d'essais infructueux, ils vont consulter.

Rien de vraiment romantique dans la fécondation in vitro. Tout est si loin de leur rêve de concevoir leur enfant dans leur intimité.

Du côté de Nathalie comme du côté de Benoît, il n'y a pas vraiment d'éléments empêchant une fécondation. Que faire ? Après plusieurs consultations avec des médecins, le couple s'oriente vers une clinique de fertilité. Les traitements sont très pénibles, surtout pour Nathalie qui doit ingurgiter quantité de médicaments. Rien de vraiment romantique dans la fécondation in vitro. Tout est si loin de leur rêve de concevoir leur enfant dans leur intimité. Après encore des mois d'espoirs et d'échecs et après plus de 15 000 $ d'investissement, Nathalie et Benoît se rendent à l'évidence et décident d'arrêter cet acharnement qui ne leur apporte que de la tristesse, de l'angoisse et aucun résultat tangible.

Paul divorcé et père de deux adultes dans la vingtaine rencontre enfin la flamme de sa vie, Amélie, célibataire et sans enfant. Après plusieurs mois de vie commune, ils décident de fonder une famille et d'avoir des enfants. Mais voilà, Paul s'est fait vasectomiser il y a quelques années et de toute façon ce serait dangereux pour Amélie de porter un premier enfant à 39 ans.

Joëlle est célibataire bien malgré elle. Son rêve le plus cher a toujours été de bâtir une famille et d'avoir des enfants. Mais à 38 ans, elle n'a toujours pas rencontré son Roméo, celui prêt à s'engager avec elle dans la grande aventure de la vie de famille.

Avec chacun un bagage différent, toutes ces personnes entrouvrent alors la porte de l'adoption. Ils s'informent tout d'abord des possibilités au Québec. Les 10 longues années d'attente pour un bébé en adoption régulière (celui d'une jeune maman qui désire confier son nouveau-né à l'adoption) les découragent tous. Ils entendent alors parler du programme québécois de la Banque mixte avec lequel ils pourraient recevoir chez eux, un enfant à grand risque d'être abandonné.

Où aller ? Comment choisir un organisme ? Dans combien de temps seront-ils enfin parents ?

Dans ce programme, les parents Banque mixte agissent comme une famille d'accueil auprès d'un enfant dont les parents de naissance ont encore des droits de visite. C'est une situation très ambiguë, très inconfortable et douloureuse car d'un côté, les parents biologiques veulent conserver tous leurs droits envers leur enfant et de l'autre, la famille aimerait garder le bébé auquel elle s'attache de plus en plus. L'enfant placé au centre de ce dilemme ressent lui aussi profondément ces déchirements. Les visites des services sociaux à la maison, les nombreuses procédures d'appel des parents de naissance, la démarche d'admissibilité à l'adoption, le temps indéterminé avant de pouvoir être certain de garder l'enfant découragent bon nombre de bonnes volontés et l'adoption au Québec devient un « non merci » pour la majorité des adoptants.

L'étape suivante, c'est l'adoption dans un pays étranger. Les adoptants ont en tête les reportages nous montrant ces milliers d'enfants sans parents, des enfants abandonnés à cause de la misère, parce qu'ils sont nés hors mariage, parce que leur mère est décédée à leur naissance, parce qu'en Chine les familles n'ont droit qu'à un seul enfant, parce que le père est parti et que la mère ne peut assumer seule l'éducation des enfants, etc.. Nathalie, Benoît, Paul, Amélie et Joëlle poursuivent leur réflexion en dévorant toutes les informations disponibles sur l'adoption internationale, livres, sites Internet, forums de discussion, associations de parents, etc..

Pourquoi les difficultés augmentent-elles, alors que tout devrait être mis en oeuvre pour faciliter et accélérer les démarches ?

Le monde leur semble ouvert mais ils constatent rapidement qu'ils ne peuvent pas adopter dans le pays de leur choix, qu'ils doivent procéder via un organisme agréé en adoption internationale. Même s'il y a une vingtaine d'organismes reconnus, seuls dix pays sont actuellement ouverts. Parmi eux, plusieurs ne prennent plus de nouvelles inscriptions et certains informent les adoptants d'une attente minimale de 2 ans avant de recevoir une proposition d'enfant.

Puisant encore une fois dans leurs réserves d'énergie, les adoptants étudient les nombreuses conditions d'adoption exigées par les pays : l'âge, l'obligation ou non d'être mariés, le nombre d'années de mariage requis, la possibilité d'adopter en tant que célibataire, l'exigence d'un certificat d'infertilité, la possibilité d'adopter si l'adoptant a déjà des enfants, l'obligation ou non de se déplacer dans le pays et la durée du séjour et enfin le coût approximatif du projet. Où aller ? Comment choisir un organisme ? Dans combien de temps seront-ils enfin parents ?

Si on diminuait le stress chez les adoptants ces derniers pourraient être plus disponibles pour accueillir les petits êtres de plus en plus blessés qu'on leur confie.

Pour la majorité des adoptants du Québec, le choix depuis les quinze dernières années s'est porté sur la Chine, parce que le processus est bien établi, que les enfants, âgés de moins d'un an, sont généralement en bonne santé et parce qu'il n'y a pas de fluctuation quant aux coûts annoncés. Ce choix n'entraînait donc pas trop de mauvaises surprises. Lorsque la Chine a annoncé en décembre dernier de nouveaux critères pour l'adoption, ce fut l'équivalent d'une bombe dans la vie de nombreuses personnes qui voyaient encore une fois s'effondrer leur rêve de former une famille.

En même temps que les difficultés pour les adoptants augmentent, les enfants de leur côté attendent plus longtemps dans les orphelinats avant d'être confiés à des familles. Ils sont donc de plus en plus âgés, ils sont plus malades, et les pays cherchent à les faire adopter en fratries de deux, de trois et même de quatre enfants (en Colombie), ce qui est une difficulté supplémentaire à une bonne intégration de chacun dans la famille. Il faut en plus considérer que le temps pour un enfant est un facteur important; plus il demeurera en orphelinat, plus ce sera long à récupérer, plus ce sera difficile pour lui, plus il risquera d'avoir développé des problèmes de santé et d'attachement.

Pourquoi est-ce si compliqué pour Nathalie et Benoît, pour Paul et Amélie et pour Joëlle de poursuivre la chaîne de la vie ? Leur rêve le plus cher est de donner une famille à un enfant qui n'en a pas. Leur désir le plus profond c'est d'accompagner un enfant dans la vie, de lui donner une chance d'accéder à un avenir prometteur. C'est aussi vouloir créer une famille et s'enrichir mutuellement. Pourquoi les difficultés augmentent-elles, alors que tout devrait être mis en oeuvre pour faciliter et accélérer les démarches ? Si on diminuait le stress chez les adoptants ces derniers pourraient être plus disponibles pour accueillir les petits êtres de plus en plus blessés qu'on leur confie.

Il faudrait tout faire pour aplanir les obstacles, comme de promouvoir l'adoption interne par des mesures incitatives, de favoriser l'ouverture de nouveaux pays avec des organismes sérieux, de mieux gérer les listes d'attente pour ne pas donner de faux espoirs, d'apporter plus de support en post-adoption. Et du côté des enfants, tous devraient travailler pour accélérer les procédures pour l'admissibilité à l'adoption et qu'ils ne laissent pas les enfants attendre des mois et des années dans les orphelinats ou dans les familles d'accueil.

Nathalie, Benoît, Paul, Amélie, Joëlle, ne vous laissez pas abattre. Rien, ni personne ne doit vous empêcher de réaliser votre rêve le plus cher. Persévérez, gardez en tête qu'un enfant est là quelque part spécialement pour vous. Lui aussi trouve le temps très long. Il vous attend ! C'est la petite lumière qui luit au bout de ce long tunnel.


Claire-Marie Gagnon
Présidente
La Cigogne, Printemps 2007

FPAQ

 

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication: 15 mai 2007 
URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/FPAQ/cigogne/2007/2007prin_editorial.php