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La loi entrée en vigueur récemment favorisera-t-elle l’adoption?

26 octobre 2007
par Gilles Breton

Les changements à la loi de la Protection de la jeunesse entrés en vigueur le 9 juillet dernier visent entre autres à trouver plus rapidement une solution définitive aux enfants ayant besoin d'une famille.

L'adoption internationale pour les Québécois vit présentement une période difficile. Plusieurs pays importants ont été fermés, notamment la Roumanie, la Russie, Haïti. D'autres comme la Chine et Haïti ont modifié et rendus plus restrictifs leurs critères. Le SAI bloque systématiquement les adoptions privées, depuis janvier 2006 sur une base légale, grâce au règlement très strict sur l'adoption sans agence. Par ailleurs, le SAI n'a pu ouvrir que le Mali à titre expérimental (5 adoptions seulement cette année), mais ses autres efforts tardent à offrir plus de choix aux adoptants.

Dans ce climat moins favorable aux adoptions internationales, on peut se demander si de plus en plus de candidats se tourneront vers l'adoption locale.

La Presse raconte dans son papier le cas d'un couple qui a accueilli un garçon et une fille, une semaine seulement après l'approbation de leur dossier. Je pourrais bien vous raconter l'histoire, certes plus ancienne d'un couple qui a adopté un nourrisson noir une semaine après l'approbation de leur dossier, à Montréal évidemment. La Presse raconte enfin le cas de deux femmes qui ont adopté un bébé trisomique de 12 jours avec six mois d'attente seulement. Ces histoires sont anecdotiques et ne nous apprennent rien sur l'adoption locale. On sait bien que moins les exigences des adoptants sont limitatives, plus il est probable que le placement par le Centre jeunesse soit rapide.

Ensuite, La Presse se trompe sur les chiffres en écrivant qu'en 2006 336 adoptions en banque mixte ont été réalisées. C'est inexact puisque ce chiffre inclut probablement les adoptions régulières et les adoptions intrafamiliales (par un conjoint par exemple), le rapport des Centres Jeunesse contenant ce chiffre ne précise pas.

Plus intéressant à rapporter et conserver ici, La Presse a recueilli les propos suivants de Michel Carignan, chef du service d'adoption du Centre jeunesse de Montréal:

«En fait, le législateur nous demande d'envisager un projet d'enracinement pour l'enfant. D'un côté, on doit travailler plus fort avec les parents biologiques en les aidant à assumer leurs responsabilités. Mais d'autre part, on doit composer avec une notion de délai. Si, à l'intérieur de ce délai, on n'a pas de raison de croire que ce parent est en mesure d'assumer de façon permanente son rôle parental, on doit envisager un projet de vie pour l'enfant. Ce dernier ne peut pas être dans un tiroir pendant cinq ans en attendant que son parent aille mieux

[...] Je trouve que les couples gais sont extraordinaires avec ces enfants parce qu'ils vivent avec la différence depuis toujours. Sur les 200 projets d'adoption actuellement en traitement au Centre jeunesse de Montréal, 17 proviennent de couples gais.»

Sur le fait que les enfants de la banque mixte sont en général plus âgés et donc plus difficiles:

«[...] Après toutes ces années d'expérience, nous sommes en mesure de dire quels sont les profils de parents capables de passer à travers tout cela. On recherche des gens qui ont une maturité nettement en haut de la moyenne. On tente d'identifier des couples solides. Cette expérience ébranle considérablement le couple. On recherche aussi des gens qui ont vécu des épreuves difficiles et qui ont réussi à les intégrer. Les gens qui n'ont pas assimilé ces expériences se font jeter à terre en quelques mois par ces enfants»

«Je pense qu'avant d'adopter un enfant de la DPJ, il faut s'interroger sur ses véritables motivations, dit Michel Carignan. Un enfant adopté ne ressemble pas à ses parents. C'est souvent ce que recherchent les gens.»

«S'ils avaient porté cet enfant, ça aurait été dans la ouate, ajoute Michel Carignan. Là ils se retrouvent avec un enfant dont la mère consommait de la drogue. Certains de ces enfants ont même vécu un sevrage de drogue à la naissance. Certains parents sont déçus. L'enfant n'est pas aussi rose qu'ils l'auraient souhaité.»

La Presse ajoute:

«Michel Carignan hésite à se prononcer sur les effets qu'auront les récents changements apportés à la Loi sur la protection de la jeunesse. Faut-il prévoir une augmentation des demandes d'adoptions?:

«Ces changements, on risque de les voir l'année prochaine quand les juges vont se pencher sur les premiers dossiers découlant de la nouvelle loi, dit-il. Cela dit, les juges ne sont pas tous pareils. Il y en a qui sont pro adoption, d'autres qui sont contre, et d'autres qui sont pro parents biologiques. Ça sera intéressant de voir.»»

En ce qui nous concerne, il est probable qu'il y aura une certaine augmentation des adoptions non reliées par le sang, mais pas autant qu'on pourrait l'espérer. La raison est simple. La loi prévoit d'autres solutions que l'adoption pour ces enfants, notamment la tutelle et l'adoption par les proches. Les juges doivent choisir la meilleure solution pour l'enfant au cas par cas, ce qui peut être ces solutions alternatives si elles sont disponibles. Les juges contre l'adoption ne s'en priveront pas.

La nouvelle loi prévoit que le délai pour le Centre jeunesse de trouver une solution définitive, lorsqu'il prend en charge un enfant, est fixé à 12 mois pour les enfants de moins de deux ans, à 18 mois pour les deux à cinq ans, et à deux ans pour les plus de cinq ans. En théorie, finit le ballotaget de famille d'accueil en famille d'accueil. Selon La Presse, «environ 85% des couples qui font une demande d'adoption auprès des Centres jeunesse sont des couples infertiles.» Leur désir d'adoption se trouve donc nourri par un désir «narcissique» d'un prolongement d'eux-mêmes.

Source: Adopter un enfant d'ici, de Mario Girard, La Presse, dimanche 14 octobre 2007.

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Rédaction : Gilles Breton



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Publication: janvier 1998