Les blessures invisibles ou
la santé mentale des enfants adoptés

ou
Les trois grands risques trop ignorés

  • Le syndrome d'alcoolisation feotale

  • Le déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité

  • Les troubles de l'attachement

Les futurs parents adoptants sont en majorité très inquiets de la santé physique de leur enfant. Ils auront beaucoup de questions et mettront beaucoup d'énergie à avoir une «assurance» que l'enfant qui leur sera confié sera en bonne santé. Ils vivront souvent des moments d'angoisse à partir de la décision d'adopter un enfant jusqu'à l'arrivée de celui-ci dans leur vie . Ils auront des doutes, parfois fondés, quant à la fiabilité des examens médicaux faits à l'étranger.

À l'arrivée de l'enfant au Québec, les parents adoptants referont faire les tests passés à l'étranger pour se rassurer que tout est «ok» Si ces tests se révèlent négatifs , ils croiront la partie gagnée : leur enfant est en bonne santé et leur rêve ne sera pas brisé .

Aussi surprenant que cela puisse paraître, très peu de parents sont inquiets de la santé mentale de l'enfant qu'ils adoptent. On ne peut pas vraiment le leur reprocher car la plupart des intervenants : travailleurs sociaux, psychologues, médecins et travailleurs des agences d'adoption croient aussi au mythe que l'amour et les bons soins répareront toutes les carences du passé de l'enfant .

Ce mythe n'est pas totalement faux . Comme nous l'avons mentionné plus tôt, après un an de vie dans leur nouvelle famille, 75 % des enfants par adoption rebondissent de façon assez spectaculaire. Ils rattrapent les retards psychomoteurs, les retards de croissance et atteignent un niveau de sécurité affective qui se compare tout à fait avec des enfants non-adoptés du même âge. Ce sont des survivants car la dure sélection naturelle n'a gardé en vie que les plus forts physiquement et psychologiquement. Les parents de ces 75 % d'enfants n'auront alors pas à développer des habiletés parentales qui vont au-delà de la normale, ni à vivre des deuils importants ni à relever des défis qu'ils n'avaient pas planifiés.

Il reste cependant 25 % des enfants adoptés qui présenteront des problèmes de santé physique et mentale et ce malgré tout l'amour, l'attention, le dévouement et l'énergie déployés par leurs parents . Ces problèmes seront légers ou très très graves . Ce sont souvent des blessures invisibles , voire même impossibles à diagnostiquer lorsque l'enfant est en bas âge. C'est au fur et à mesure de sa croissance et de son développement que les symptômes apparaîtront.

Malheureusement très peu d'études scientifiques sont disponibles présentement. Nous soulignerons bientôt les dix ans (septembre 2000) de l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'adoption internationale et l'arrivée massive de centaines d'enfants par année. Force est de constater qu'il y a une proportion assez importante d'enfants adoptés à l'étranger qui présentent des troubles de comportement et d'apprentissage en proportion plus grande que la population en général . C'est maintenant qu'ils sont plus grands et qu'ils fréquentent l'école que les parents constatent ces blessures invisibles et leurs conséquences sur le développement et les comportements de leurs enfants.

Les trois diagnostiques les plus plausibles tout en étant extrêmement difficiles à obtenir précisément et surtout à différencier les uns des autres sont :

  • Le syndrôme d'alcoolisation feotale
  • Le déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité
  • Les troubles de l'attachement

Ces diagnostiques sont d'origine épidémiologique parfois différente et parfois semblable. Ainsi, un enfant ayant un passé pré-adoption particulièrement difficile peut avoir les trois à la fois parce que:

  • sa mère biologique a bu beaucoup d'alcool pendant sa grossesse ( SAF)
  • il a des atteintes neurologiques dues à la malnutrition, à un accouchement traumatisant ou à des facteurs héréditaires inconnus et des graves sous-stimulations sensorielles (déficit de l'attention)
  • Il n'a pas été investi affectivement par un ou des adultes affectueux et constants ou il a vécu ses premiers mois ou années avec de la négligence ou du rejet affectif grave.( troubles réactionnels de l'attachement)

Ces diagnostiques différentiels sont aussi extrêmement difficiles à poser car la majorité des symptômes se ressemblent énormément.

Voici certains symptômes communs à chacun des diagnostiques :

  • impulsivité, agitation, agressivité
  • violence physique
  • aucune auto-critique
  • relations pauvres et conflictuelles avec ses pairs
  • mentir, voler
  • humeur très variable
  • problèmes d'apprentissages
  • opposition à l'autorité
  • faible estime de soi
  • difficulté à vivre calmement l'intimité
  • difficulté à se situer dans l'espace et dans le temps

Chez les professionnels de la santé mentale au Québec, le diagnostique le plus connu est sans aucun doute le déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité. C'est un diagnostique bien documenté et qui largement admis dans la communauté psychiatrique nord-américaine. Tous les symptômes sont précisément décrits dans le DSM-4 , la «bible» des intervenants en santé mentale.

Cela explique en grande partie que bon nombre d'enfants adoptés se retrouvent avec ce diagnostique lorsqu'ils présentent des troubles d'apprentissages et de comportements à la maison et à l'école. Ce diagnostique peut être dans bien des cas tout à fait justifié, tout comme la prise de médicaments de support ( exemple ritalin ) peut être bénéfique si cette médication est accompagnée de la mise en place d'un encadrement éducatif très serré.

Cependant, beaucoup moins connus, voire même totalement ignorés de certains intervenants en santé mentale sont : le syndrôme d'alcoolisation feotale et les troubles graves de l'attachement. Ces deux diagnostiques n'étant pas encore reconnus «officiellement» dans le DSM-4 même s'ils sont malhaureusement bien réels.

Hors , il est de la toute première importance d'avoir un diagnostique précis si l'on veut avoir un plan d'intervention qui correspond aux limitations, aux forces et aux besoins spécifiques de chacun de ces problèmes de santé mentale.

Par exemple:

  • Le traitement du déficit de l'attention ne prévoit pas une thérapie intensive pour recréer le lien d'attachement parent-enfant. Mais si l'enfant souffre plutôt d'un trouble de l'attachement, le traitement «classique» du déficit de l'attention n'arrivera jamais à aider ses parents et lui-même car la «tumeur principale» est le trouble de l'attachement, le déficit de l'attention n'étant qu'une «métastase».
  • Si l'on donne du ritalin sans autres précautions à un enfant qui souffre de SAF, on pourrait dangereusement augmenter ses problèmes d'assimilation de la nourriture et le maintenir à un poids dangereusement bas.

Si votre enfant présente des problèmes d'apprentissage ou de comportement inquiétants, il faut absolument que vous trouviez des intervenants qui s'y connaissent en adoption. Ils devront éliminer toutes les possibilités donc connaître cliniquement ces possibilités.

Vous devriez aussi vous renseigner vous-même au maximum.

«Le savoir c'est le pouvoir !»

Nous vous soumettons donc quelques liens sur internet et des livres pertinents (malheureusement plusieurs de ces reférences sont en anglais) .

Plusieurs bons livres dont : «Give them roots then let them fly»

  • Le site de SAFERA sur le Syndrome d'alcoolisation Feotale (SAF)site québecois.
  • Le site du Dr Gabor Maté sur le déficit de l'attention et l'hyperactivité chez les enfants adoptés.

Livres

  • Lois Melina , 1998 «Raising adopted child: a manual for adopting parents»
  • Steinhauer, D 1996, «Le moindre mal : la question du placement de l'enfant». Montréal, Les presses de l'Université de Montréal

Johanne Lemieux
avril 2000


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Date de publication: avril 2000
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/blessures.html