Les 12 caractéristiques
de l'enfant adopté
Notre expérience
en post-adoption auprès des enfants nous a amené à
identifier certaines caractéristiques propres aux enfants adoptés.
Il s'agit des caractéristiques qui s'appliquent surtout aux 0-
12 ans, même si certaines caractéristiques peuvent demeurer
toute la vie, comme le fait d'être fragile dans ses besoins primaires.
Par ailleurs, plusieurs enfants biologiques peuvent présenter
les mêmes comportements, mais ce que nous constatons chez les
enfants adoptés, c'est l'intensité, la généralisation
et la fréquence de ces réactions.
1. L'instinct du survivant
Nos enfants par adoption sont tous d'extraordinaires survivants. Depuis
leur conception, ils ont survécu physiquement et au plan émotif
à une série d'obstacles qui défient l'imagination
lorsqu'on s'y arrête pour y réfléchir un moment.
In vivo : ils ont survécus à une grossesse assurément
difficile : malnutrition probable de la mère biologique, absence
de suivi prénatal, fortes possibilités de stress de la
mère quant à son avenir et à l'avenir de l'enfant,
possibilités d'exposition à des contaminants (drogue,
alcool, produits chimiques en agriculture et en usine), possibilités
d'exposition à des maladies infectieuses (sida, hépatite
et autres maladies transmises sexuellement).
Lors de l'accouchement : les circonstances de la naissance, à
part de rares cas d'accouchement sous supervision médicale, ont
dû aussi être assez difficiles, avec des séquelles
autant pour l'enfant que pour la mère : souffrance foetale due
à un travail trop long, manque d'oxygène etc.
Premier jours après la naissance : a-t-il été
nourri et soigné convenablement ? A-t-il eu peur ? Froid ou mal
? Comment s'est vécu la séparation avec la mère
: dans le calme ? Ou dans la violence?
Le moment de l'abandon : la nuit, seul dans un lieu public où
il s'est réveillé en pleurant ? Pour combien d'heures
avant d'être trouvé ?
La qualité des soins chez une famille substitut ou dans un orphelinat:
y- avait-il suffisamment de nourrices pour leur donner un peu de tendresse,
d'attention ? La nourriture était-elle suffisante ? De bonne
qualité ? A-t-il été soigné en cas de fièvre,
irritation aux fesses ? A-t-il été changé régulièrement
? A-t-il subi "seulement" de la négligence affective ou pire
a-t-il été frappé, blessé, attaché?
Combien de temps a-t-il passé à l'orphelinat? Des jours?
Des mois? Des années ?
Pourquoi a-t-il été choisi pour être adoptable
? Parce qu'il était malade ou parce qu'il était en bonne
santé ? Comment a-t-il vécu le premier contact avec ses
nouveaux parents : comme bizarre? Menaçant ? Un arrachement aux
gens qu'il aimait ?
Autant de questions sans réponses qui nous indiquent cependant
la course à obstacle incroyable que l'enfant a dû franchir
avant de trouver une famille. D'ailleurs dans le milieu de l'adoption
on s'entend pour dire que pour environ dix enfants qui arrivent à
l'orphelinat (on ne sait pas combien d'autres ne sont même pas
arrivé là) un seul sera finalement adopté.
2. L'incomparable
Sans le vouloir les amis, la famille et même certains intervenants
de la santé peuvent faire la vie dure aux nouveaux parents en
comparant toujours l'enfant adopté aux enfants biologiques. Que
ce soit dans la courbe de croissance ou l'âge dit "normal" de
la propreté ou les habiletés psychomotrices la comparaison
peut inutilement inquiéter les parents. Durant les premiers 6
mois après son arrivée, il faut se faire à l'idée
qu'il sera "incomparable" et ce dans plusieurs sens du mot. Il sera
incomparable car il ne correspondra pas à ce qu'un enfant du
même âge né et élevé au Québec
«doit être». Il sera aussi incomparable car dans ces
premiers 6 mois à 12 mois, il se développera à
un rythme extraordinaire si on tient compte de son état au premier
jour de l'adoption. Ainsi comme parents, il faut toujours se recentrer,
ne pas se laisser blesser ou déstabiliser par les remarques des
autres. Il faut toujours comparer son enfant à lui-même.
Nous seul savons vraiment le chemin qu'il a parcouru depuis son adoption.
3. Les sommeils difficiles
Durant la première année mais souvent bien au-delà,
les enfants adoptés vivent et font vivre à leur parent
des nuits difficiles! Refus de s'endormir, terreurs nocturnes, énurésie,
cauchemars fréquents, sommeil agité sont choses courantes
et prévisibles en adoption. La qualité du sommeil d'un
enfant est le reflet de sa santé physique et de son état
émotif. C'est la nuit que le cerveau et le corps se nettoient
de leurs fatigues et de leurs émotions. Les enfants adoptés
ont à accomplir des tâches énormes durant le jour
: apprendre une langue nouvelle, s'apprivoiser à des odeurs,
des sons, des couleurs nouvelles, entrer en relation affective avec
de nouvelles personnes, se laisser aimer, approcher etc. Cette réalité
actuelle s'ajoute à des ancrages dans leur passé comme
avoir été abandonné en pleine nuit, avoir entendu
des bébés pleurer toutes les nuits à l'orphelinat,
avoir eu faim, soif ou mal la nuit sans être consolé ou
soigné car le personnel était réduit la nuit. Un
adulte y perdrait son latin comme on dit ! Nous avons tous eu des nuits
agitées avant un examen, une entrevue. Comme adulte c'était
difficile de contrôler ces nuits agitées alors il est bien
difficile de demander à un enfant de le faire.
4. L'enfant Téflon
ou Velcro?
Lorsqu'ils arrivent dans notre vie, les enfants se situent généralement
dans une des deux catégories : téflon ou velcro! C'est
à dire soit il vont s'accrocher désespérément
à nous comme un bébé koala dans la fourrure de
sa mère ou encore ils vont sembler nous ignorer et avoir une
relation très utilitaire avec nous. Ni un ni l'autre de ces comportements
ne sont souhaitables. Un enfant Velcro n'est pas un gage d'un attachement
instantané ou d'une relation saine à long terme et un
enfant Téflon n'est pas non plus le gage que cet enfant ne s'attachera
jamais à vous. Durant la première année, il y aura
une ambivalence entre ses deux modes de fonctionnement : parfois Velcro
parfois Téflon. Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure
durant les premiers mois surtout si l'enfant a été adopté
après l'âge de 12 mois. Par contre, si après un
an ces comportements perdurent de façon très intense,
il faudra penser à explorer la possibilité qu'il s'agisse
de symptômes de troubles plus ou moins graves de l'attachement
.
5. La reproduction de leurs modèles
de survie
Si votre enfant a des comportements que vous considérez étranges,
hors normes ou agaçants ou «incompréhensibles».
Il y a de fortes chances qu'il reproduise une habitude ou des comportements
qui l'ont aidé à survivre. S'il se «brasse»
pour s'endormir, c'est sans doute la façon dont il s'est «autobercé»
parce que personne ne le faisait pour lui. S'il attire toujours l'attention
avec des mauvais coups, il est fort possible qu'il est obtenu l'attention
des adultes seulement lorsqu'il était tannant. S'il cache de
la nourriture c'est qu'il en a manqué et qu'il n'est pas certain
d'en avoir demain. Alors, au lieu de voir ce comportement comme une
nuisance, il faut d'abord l'accueillir comme une preuve de sa créativité,
de son instinct de survie. Il faut ensuite le rassurer qu'il n'a plus
à faire cela maintenant, que vous êtes là comme
parents pour répondre à ses besoins, qu'il n'est plus
seul pour s'occuper de lui-même.
6. Le développement en escalier
Le développement physique, émotif, social et cognitif
d'un enfant ne se fait pas de façon continue et linéaire.
C'est encore plus vrai chez les enfants adoptés. Nous avons constaté
qu'ils ont encore plus tendance à se développer par longues
étapes où rien ne semble évoluer puis «tout
à coup» se mettre à parler, marcher, bien dormir,
manipuler des objets avec dextérité, etc.
Certains parents vont s'inquiéter de ce processus. Il ne faut
pas surtout pendant les deux ans après l'arrivée de l'enfant.
Comme nous l'avons expliqué, un enfant adopté arrive souvent
très fragilisé dans ses besoins fondamentaux : manger
à sa faim, boire, se sentir en sécurité physique,
créer un lien de confiance et d'attachement avec ses nouveaux
parents. La réponse à ses besoins est prioritaire pour
cet enfant et il ne peut pas passer aux autres étapes comme l'apprentissage
du langage ou de l'écriture avant d'être très sécurisé
dans les besoins de bases. Certains parents oublient cela et se concentrent
beaucoup trop tôt sur l'acquisition d'apprentissages car ils sont
inquiets que l'enfant arrive à la garderie ou à l'école
et ait trop de "retard" par rapport aux autres enfants. Il faut être
très patient et très vigilant à ne pas laisser
nos propres inquiétudes nous faire oublier l'essentiel : le bonheur
plutôt que la performance.
7. La phase de régression
Parce qu'ils ont très souvent été fragilisés
dans leurs besoins fondamentaux (revoir la pyramide de Maslow), les
enfants adoptés ont des phases où ils semblent perdre
subitement leurs acquis. En situation de stress ou de changement, ils
vont recommencer à uriner au lit, après un déménagement,
par exemple. Ils vont recommencer à faire des crises d'insécurité
épouvantable, après un séjour à l'hôpital.
Ils vont oublier comment écrire alors qu'ils sont en deuxième
année, à l'arrivée d'un autre enfant dans la famille.
Ceci peut décourager un parent qui a mis tant d'effort pour
aider l'enfant à s'adapter. Le parent peut se demander s'il est
fautif, si ce qu'il a fait n'a rien donné, etc. De façon
générale, ces phases de régressions sont un pas
en arrière pour prendre un élan afin de «sauter»
plus loin. Mais il faut les décoder, les comprendre et ne pas
se laisser abattre.
8. Le séducteur ou l'indifférent
Les enfants adoptés sont très souvent des enfants très
charmants voire même charmeurs! Ils savent quoi faire et quoi
dire pour attendrir et séduire les adultes. On peut supposer
qu'ils reproduisent dans le présent une formule gagnante pour
eux dans le passé. Ils ont ainsi obtenu l'attention minimale
nécessaire de la part des nourrices par exemple.
Par contre ces comportements peuvent rester parfois très superficiels
et l'enfant peut devenir totalement indifférent si l'adulte veut
créer trop vite une véritable intimité affective
avec lui. S'il n'est pas prêt à vivre cette intimité
il repoussera l'adulte ou pire deviendra carrément agressif.
Ceci peut dérouter un parent ou un proche. L'enfant demande de
façon charmante qu'on s'occupe de lui et le repousse dès
qu'on s'occupe vraiment de lui. Il faut se rappeler que l'enfant a reçu
une petite cuillère d'affection chaque jour avant son adoption,
il peut se sentir étouffé ou carrément noyé
si on lui offre un immense pichet à la fois!
9. La peur exagérée
du rejet et de l'abandon
Une chose est certaine : la grande majorité des adoptés,
grands ou petits, ont une sensibilité extrême face à
toutes situations où ils perçoivent une forme de rejet
ou pire un risque d'abandon. Des adultes adoptés très
jeunes au Québec et qui ont vécu dans des familles aimantes,
nous en témoignent régulièrement. Ils ont des rêves
récurant où une personne chère ne vient jamais
les chercher à l'école, après le travail, etc.
Toute forme de critiques même constructive est vécue comme
un blâme, un rejet. Certains ont des difficultés à
faire confiance et sont très "indépendant " au plan émotif:
je ne m'attache pas donc je n'aurais pas mal! D'autres n'arrivent pas
à avoir des relations amoureuses durables car dès que
le couple devient intime ils préfèrent quitter tout de
suite plutôt que de prendre le risque d'être laissé
un jour par l'autre.
Chez les jeunes enfants, cela se manifeste par le besoin de toujours
demander à quelle heure et qui viendra les chercher à
la garderie ou à l'école. Ou par les besoins de toujours
insister pour que tous les membres de la famille soient toujours ensemble,
dans la même chambre, dans la même voiture, etc. Cela peut
durer des mois ou des années.
10. La non permanence des choses
Tous les êtres humains envisagent le futur à partir de
la réalité de leur passé. Par exemple un homme
ou une femme qui a été trompée par de nombreux
amoureux auront beaucoup de difficulté à croire à
l'amour, à l'engagement sincère. Une personne âgée
qui a vécu la grande dépression des années 30,
gardera toujours son bas de laine sous son matelas plutôt que
de déposer son argent à la banque, etc. Au moment de son
adoption, un enfant a vécu au moins (parfois beaucoup plus) à
deux endroits : avec sa mère de naissance et ensuite dans son
milieu substitut. Dans sa courte vie, il s'est habitué puis a
été arraché à deux milieux. Le voilà
maintenant dans un troisième ! Si le passé est garant
du futur, il se dira que ce n'est que temporaire comme les autres fois
! Il y a donc un décalage énorme entre l'engagement et
la certitude du parent, pour qui il est absolument certain que l'enfant
demeurera "toujours" avec lui, et la perception de l'enfant qui s'attend,
avec une forte probabilité, de repartir bientôt ou un jour
!
Ceci déroute aussi beaucoup les parents lorsque par exemple
l'enfant demande tous les jours, sans cesse, s'ils l'aiment ou si l'enfant
devient exagérément terrorisé lorsqu'on le dispute,
même pour une petite faute. Cela fait qu'ils sont aussi très
facilement fragilisés et anxieux devant tout changement : déménagement,
changement de garderie, changement de chambre, séparation des
parents, etc.
Il faut donc constamment se mettre dans leur peau et trouver correct
que rien ne soit permanent pour eux. Il faut répéter notre
amour inconditionnel, faire la différence entre un comportement
que l'on ne veut pas et lui que l'on aime malgré ses petits écarts
de conduite. Il faut être d'une grande stabilité dans nos
habitudes de vie, le milieu de garde, les écoles, les maisons,
etc.
11. La fragilité dans leurs
besoins primaires
Il ne faut pas être dérouté par certains comportements
qui perdurent chez les enfants. Ils sont simplement le signe de l'ampleur
des blessures invisibles. Certains parents s'étonnent qu'une
enfant âgée de 10 ans et adoptée à 18 mois
cache parfois encore de la nourriture. Ceci n'est que la douloureuse
confirmation qu'elle a eu bien faim. Alors au lieu qu'elle le fasse
en cachette et dans la honte, pourquoi ne pas lui offrir d'avoir toujours
une barre tendre dans un tiroir de chambre par exemple. Vous l'accueillez
dans son besoin et vous évitez aussi les mauvaises odeurs ou
surprises!
12. L'instinct du petit saumon
Le questionnement et la compréhension des origines varient
selon l'âge émotif et mental de l'enfant puis de l'adulte.
Cette recherche n'a pas la même importance et signification pour
tous. À preuve la plupart de adoptés québécois
ne font pas de demandes de retrouvailles et ce même si depuis
1984 la loi le leur permet.
Cependant, pour certains, ce besoin de savoir devient une quête
avec une signification énorme. Comme le saumon, ils sont prêts
à se briser les nageoires sur les roches et de se rendre au bout
de leur énergie vitale pour avoir une réponse à
cet instinct de retour aux sources. Ce besoin est souvent interprété
par le parent comme un désaveu de la relation adoptive, comme
un échec de l'amour mutuel. Les parents pensent à tort
qu'ils ne l'ont pas assez aimé, qu'ils n'ont pas assez réparé
le passé, qu'ils vont perdre quelque chose de spécial
avec l'enfant s'il le laisse ou l'encourage à retourner dans
son pays. Certains parents veulent aussi éviter à l'enfant
de souffrir, d'être déçu s'il ne trouve pas les
réponses ou l'objet de son désir.
Il faut donc comme parent se préparer mentalement à
accepter cette étape. La meilleure façon est de régler
nos contentieux et notre «logique privée» avec les
parents de naissance de nos enfants et ce même si, en Chine par
exemple, les chances de retracer les parents de naissance seront bien
minces. Si comme parent adoptif nous considérons les parents
de naissance comme faisant partie de notre vie, comme ayant été
et étant encore des personnes significatives pour nos enfants,
nous n'éviterons pas l'éveil de l'instinct du «petit
saumon» mais nous le vivrons d'une façon beaucoup plus
constructive. Un refus de la légitimité de cette quête
peut vraiment mettre en péril la qualité de la relation
parent-enfant. Alors qu'une ouverture sincère ne peut que l'enrichir.
Michelle Bernier,
Johanne Lemieux
travailleuses sociales, octobre 1999.
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Ce document a été préparé par le Bureau
de Consultation en Adoption de Québec
et il ne peut pas être reproduit sans la permission des deux auteures:
Johanne Lemieux et Michelle Bernier, travailleuses sociales
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