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| Notre expérience personnelle À la question «Maman, est-ce que je suis né(e) dans ton ventre?», nous avons répondu à nos deux filles: «Non, tu viens du Salvador (pour laînée) et de Chine (pour la cadette)!». Nous avons également utilisé un jouet de lUNICEF, «Hug-a-planet», une sorte de globe terrestre en peluche que lenfant peut serrer contre lui et sur lequel il peut dormir. Nous leur indiquions où se trouvaient le Salvador et la Chine. Pour le fils dune amie, il a pratiquement servi dobjet transitionnel. Parce que nous avons tissé des liens affectifs étroits avec plusieurs parents adoptants et participé à de nombreux événements de la FPAQ ou privés où couraient et samusaient follement une ribambelle denfants adoptés parmi lesquels se trouvaient des enfants biologiques, nos enfants ont toujours été en contact avec la réalité de ladoption internationale. Nous avons fêté les anniversaires dadoption, tapissé une partie du sous-sol des photos de nos enfants et de photos envoyés par des amis. Je crois que nos enfants ont rapidement intégré la question de ladoption et les réponses aux questions sen sont trouvées plus faciles. Assez curieusement, dans le cas de nos enfants, être enfant biologique était être différent. Notre expérience nous montre que les filles posent plus de questions sur ladoption, sont plus sensibles à cette réalité que les garçons et que ceux-ci les posent plus tard. Une anecdote amusante au sujet de notre fille aînée. Toutes ses compagnes de jeux provenaient dune kyrielle de pays. Après le congé dadoption, elle a connu une première garderie en milieu familial où se trouvait une enfant biologique. À un moment est venue la question: «Dis maman, est-ce que Rosalie est adoptée?». Sur la question des «vrais parents», nous avons plutôt parlé dune autre «madame» du Salvador et de Chine qui, pour des raisons que nous ne pouvons que présumer, ne pouvait prendre soin delles. Nous navons pas trop insisté sur la pauvreté de la «madame». Les enfants ayant limagination fertile, ils pourraient croire quune période prolongée de chômage ou de grave difficultés financières de leurs parents adoptifs signifierait un autre abandon et une autre famille. Nous avons pu répondre assez précisément à plusieurs questions sur ladoption de notre fille aînée parce que nous possédions des informations sur la famille d'origine. Dans le cas de notre fille aînée, la question de ladoption a pris une tournure particulière puisque durant notre séjour au Salvador, nous avons gardé son frère biologique 2 mois dans le but de ladopter lui aussi. Malheureusement pour nous, la mère de naissance a décidé de reprendre son fils après cette période à notre grand désarroi (inutile de vous avouer que ce jour restera gravé dans notre mémoire comme lévénement le plus douloureux de notre vie). À lâge de 5-6 ans, à un moment où nous lavons jugée mûre pour recevoir cette nouvelle, nous lui avons expliqué que le petit garçon quelle voyait sur les photos était en fait son frère biologique. Auparavant, cétait un petit garçon que nous voulions adopter mais qui est finalement resté au Salvador. Pour la cadette, rappelons-le née en Chine, parler dadoption fut plus ardu parce que nous devons nous en tenir à des affirmations plus générales. Devoir expliquer à un jeune enfant la politique chinoise de lenfant unique et la préférence millénaire accordée aux garçons nest pas une mince tâche. La présence de photos de la famille d'origine dans le cas de laînée et leur absence dans lautre ont attristé notre cadette. Les manifestations de cette tristesse se présentaient comme ceci: «Maman, pourquoi ma soeur a des photos de sa famille et pas moi?». André Cousineau |
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Les premières questions de lenfant quant à ladoption vont apparaître vers 3 ou 4 ans (chez les enfants les plus précoces), à lâge où lenfant commence à se questionner sur la sexualité. À la vue dune femme enceinte ou à larrivée du frère ou de la soeur dun copain, la question sera presque inévitablement: «Maman, est-ce que je suis né(e) dans ton ventre?». On peut simplement répondre «Non, tu es né dans le pays X». Certains enfants nentendent que le «non» et retournent à leurs activités. Dautres répètent la question dans les jours suivants à cause de leur faible capacité de rétention des informations. Pour dautres, entendre «Nous tavons adopté» na guère de résonance que «Nous tavons emmené au zoo de Granby lorsque tu étais petit(e)».
Ensuite, lenfant demandera sûrement: «Si je ne viens pas de ton ventre, de qui je viens?». À cette question, il conviendra de ne pas confondre lenfant immédiatement en parlant de lautre «maman». Lorsque lenfant aura grandi, il sera bien temps de parler dune autre «maman» et plus tard dune mère de naissance. Lenfant doit comprendre que vous êtes ses vrais parents. Les vrais parents sont ceux qui léduquent et laiment pour la vie. Cette question des «vrais» parents est essentielle parce quelle revient parfois de la part denfants qui utilisent cette situation pour taquiner vos enfants: «Tes parents (adoptifs) ne sont pas tes vrais parents!».
Pour parler dadoption à son enfant, il faut créer un climat douverture. L'enfant doit sentir que ses parents sont parfaitement à laise de lui raconter son histoire dadoption et répondre à toutes ses questions au meilleur de leur connaissance. Les enfants ont un sixième sens pour discerner chez leurs parents cette absence douverture ou ce malaise à parler ouvertement dadoption. Les enfants vont très vite déceler si pour vous ladoption était un deuxième choix.
Un jour ou lautre, certains parents sont mal à laise de parler dune autre «maman», tellement quils ne peuvent se résigner à parler de lintervention ou du rôle dune autre dans la création de leur famille. Leurs enfants comprendront quil ne faut pas trop insister sur ce sujet et sen tiendront aux questions générales pour ne pas trop peiner leurs parents.
Pourquoi certains parents agissent-ils ainsi? Certains ont une peur irraisonnée de voir la mère biologique revenir dans leur vie et reprendre lenfant même si elle habite à des milliers de kilomètres. Dautres craignent que leurs enfants cessent de les aimer. Dautres encore nont pas fait le deuil de linfertilité. Enfin, des parents se sentent coupables dêtre nés dans un pays riche où des couples peuvent adopter un enfant né dans un pays plus pauvre.
Sans vouloir questionner les raisons fondamentales de ladoption internationale par des couples québécois, il nen demeure pas moins que certains ont choisi dadopter, inconsciemment ou non, en Chine parce que les retrouvailles sont à toutes fins pratiques impossibles comme dautres ont adopté en Roumanie ou en Russie pour ne pas avoir à répondre aux questions sur la couleur de la peau.
Expliquer ladoption à son enfant pourrait ressembler à ceci: «Tu sais, les enfants grandissent dans le ventre dune maman. Lorsque le bébé est prêt, la maman donne naissance à lenfant. Parfois la maman est prête à sen occuper (donner des exemples connus de lenfant). Parfois, cest le contraire, soit parce quelle est trop jeune, soit quelle va encore à lécole ou parce quelle ne peut donner à son enfant tout ce quelle désire pour lui ou elle. Lorsque ceci arrive, elle peut aller confier son enfant à lorphelinat ou à des personnes en mesure de sen occuper pour que celles-ci trouvent dautres parents. Ceci sappelle ladoption, et ladoption, cest pour toujours».
«Maman ne pouvait avoir de bébé dans son ventre. Nous voulions beaucoup avoir un enfant comme toi. Quelquun nous a parlé de toi et nous a envoyé une photo. Dès ce moment, tu étais dans notre coeur. Nous sommes allés te chercher là-bas et nous avons fait un long voyage en avion pour te ramener ici. Nous sommes chanceux davoir adopté un enfant comme toi».
«Tu dois savoir que la femme (ou la maman) qui ta mis au monde taimait beaucoup et quelle souhaitait une vie meilleure pour toi, une vie quelle ne pouvait te donner».
Votre enfant doit comprendre trois concepts:
Si vous formez un couple, le conjoint doit confirmer, corroborer ou compléter ce que lautre vient daffirmer ou de répondre sans quoi lenfant pourrait croire quon lui cache quelque chose, que vous puissiez labandonner pour en choisir un autre.
Il sera beaucoup plus facile de parler dadoption à son enfant si lon possède des informations détaillées sur sa vie avant son arrivée dans votre famille.
Lorsquen plus de connaître des informations sur la famille d'origine, vous possédez des photos de cette famille ou de la vie de votre enfant avant son adoption, parler dadoption devient plus aisé. Les enfants peuvent plus facilement recréer leur histoire dadoption. Ces photos sont importantes puisquelle permettent à lenfant de ne pas se sentir trop «différent» à lécole lorsque viendra le temps dapporter des photos de bébé. Certains enfants choisissent dafficher ces photos sur le mur de leur chambre, de les encadrer ou de les insérer dans leur propre album de photos.
Donc, si lenfant pose des questions sur sa famille d'origine, vous serez en mesure de lui répondre. Dans le cas contraire, répondez que vous auriez aimé lui répondre mais que vous nen savez rien.
Si vous n'avez pas de photos de la famille d'origine, vous pouvez suppléer par des photos de votre séjour dans son pays, de sa ville natale, de lorphelinat, de la nounou pour aider votre enfant à reconstituer son histoire dadoption. Un excellent outil pour la Chine est le magnifique livre «When you were born in China» (voir bibliographie à la fin) qui relate lodyssée dun couple américain en Chine illustrée de nombreuses photos et agrémentée de textes simples sur tout ce qui sous-tend ladoption en Chine.
Cependant, peu importe laffection et la tendresse éprouvées par les enfants adoptés envers leurs parents adoptifs, il est certain quun jour ou lautre, ils en viendront à vous poser des questions sur leur famille d'origine. La plus fréquente est souvent: «Est-ce que mon autre «maman» maimait?». Il faut savoir que ladoption est, sauf de très rares exceptions, un acte damour. Acte damour de la mère biologique qui désire une vie meilleure pour son enfant et acte damour des parents adoptifs qui désire ardemment un enfant pour laimer toute la vie.
Dans toute la question des parents de naissance et des parents adoptifs, lenfant doit réussir à différencier deux concepts: le don de vie et léducation dun enfant. Lexpérience de porter un enfant et de lui donner naissance est un don du ciel. Lenfant apporte avec lui le bagage génétique de ses parents de naissance. Mais éduquer un enfant jusquà lâge adulte est un autre don. Et parfois le contexte sociopolitique ou la situation matérielle nous empêche daccomplir la seconde partie de la tâche.
Dans la discussion sur ladoption, il faut également renforcer lidée quil ny avait rien danormal avec lenfant. Lenfant nest pas responsable de la situation ayant conduit à ladoption.
Par rapport aux retrouvailles internationales ou au retour aux sources, des parents adoptants des Iles de la Madeleine ont un projet intéressant. Ayant tous adopté en Chine et projetant un jour dy retourner avec leurs filles respectives, ils déposent mensuellement une somme dargent dans un compte en fidéicommis pour défrayer le coût dun voyage dici quelques années.
Si vos moyens financiers vous le permettent, retourner dans le pays dadoption une fois lenfant ayant atteint une dizaine dannées environ serait une expérience inoubliable pour lui ou elle.
Pour beaucoup denfants, la question de ladoption est étroitement liée à celle de labandon. Certains enfants sont des écorchés vifs. La tragédie de leur vie est davoir été abandonné(e) à la naissance par la mère biologique nonobstant tout lamour de leurs parents adoptifs. Ces enfants vont toujours être sensibles et même hypersensibles à toute forme dabandon: la fin de la garderie (abandonner la gardienne ou léducatrice quon adore), la fin des classes (laisser une enseignante quon aime), la fin des vacances dété avec les parents. Ce sont des enfants ayant le «blues» du dimanche soir. Inutile de dire que la séparation ou le divorce des parents serait un drame épouvantable tout comme le déménagement dun(e) ami(e) chèr(e).
Les parents denfants vivant cette problématique font face à des crises: violence verbale ou physique, chambre mise sans dessus dessous, refus de ranger, simulation de départ avec une valise, etc. Des enfants en viennent à insulter leurs parents adoptifs en disant «tu nes pas ma mère», «tu nes pas mon père» ou «je veux retourner dans mon pays». Au fond deux-mêmes ou delles mêmes, ils ou elles haïssent ou condamnent les parents de naissance de les avoir abandonnés ou rejetés. Il faudra des trésors de patience et damour pour leur expliquer que ce nest pas par lâcheté que leurs parents de naissance les ont confiés à ladoption mais par nécessité. Si les parents de naissance avaient eu le choix, ils auraient opté pour une autre solution que ladoption. Dautres enfants vivront cet abandon par la passivité: tristesse dans le regard, incontinence inexpliquée, etc.
Si vous croyez que la situation vous échappe, nhésitez pas, pour le plus grand bien de lenfant, à consulter un psychologue, un travailleur social ou un autre spécialiste. Il existe dexcellents professionnels qui ont développé de grandes habiletés pour traiter les enfants aux prises avec ce genre de situation.
André Cousineau
Parent adoptant, janvier 2002
Bibliographie
Mais pourquoi la tentation de taire ses origines à l'enfant? Une raison très humaine s'impose d'elle-même: il est plus difficile de faire face à une situation d'exception, différente de la norme. Mais d'autres causes, plus insidieuses, interviennent.
Adopter un enfant est le plus souvent, pour les parents, l'aboutissement d'un chemin douloureux. Il a fallu renoncer à la procréation et s'adresser à un couple inconnu pour combler les désirs de maternité et de paternité. Ce sont souvent les reliquats de ce passé, qu'on préférerait oublier, qui se transposent dans le malaise à se situer clairement par rapport à l'enfant adopté.
C'est
en tenant compte des interactions entre les vécus des parents
et ceux de l'enfant qu'on peut mieux comprendre certains problèmes
qui se posent dans l'éducation de l'enfant adopté. Il
est dans l'ordre des choses que la situation d'adoption suscite progressivement
les interrogations de l'enfant.
S'il dispose d'une liberté d'expression suffisante, il posera, et c'est normal, de nombreuses questions sur ses origines, sur les conditions de son adoption. Il est important d'accorder à ces questions l'importance relative qui revient aux particularités de sa situation. En effet, ces interrogations traduisent en partie une curiosité qui n'a rien de spécifique. Elles sont l'expression des curiosités de tout enfant concernant sa famille: curiosité sexuelle par rapport au couple des parents, investigation quant à la généalogie, désir de se situer dans la structure familiale.
Il convient dès lors de les recevoir pour ce qu'elles sont: non pas l'expression d'une inquiétude particulière, mais celle d'un désir d'information propre à tous les enfants. Elles ne deviendront source d'insécurité que dans la mesure où elles réveilleront chez les parents leurs propres incertitudes. Adaptez vos réponses à l'âge de l'enfant.
Bien sûr, certaines interrogations sont plus spécifiques et plus difficiles à manier: celles qui concernent les parents réels de l'enfant. Mais là encore le recours aux situations familiales considérées comme «normales» apporte une aide. Dans toute famille, il est légitime que les parents répondent à la curiosité des enfants, mais il va de soi qu'ils gardent secrète leur intimité personnelle. Cette pudeur naturelle et indispensable peut s'étendre au passé de l'enfant adopté (d'ailleurs le plus souvent ignoré des parents adoptifs).
L'enfant acceptera sans difficulté des explications réalistes, mais nécessairement incomplètes, pourvu que les parents puissent imposer sans culpabilité ou malaise cette limitation à la curiosité de l'enfant.
Références:
© Copyright 2001 -
André Cousineau - Gilles Breton Tous droits réservés.
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/expliquer.html