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Le retour au travail
Je retourne au travail sous peu et je vis beaucoup
d’inquiétude. Il s’agit de ma première fille.
Qu’est-ce que je peux faire?
Réponse
Il m’est difficile de vous donner une réponse
précise vu le peu de renseignements que vous me donnez. Vous parlez
d’inquiétude. Je suppose que vous êtes inquiète
face à l’impact psychologique de laisser votre fille à
la garderie.
Beaucoup de femmes vivent inquiétude, angoisse
et culpabilité à laisser leur enfant à une tierce
personne. Le doute les habite. Malheureusement, j’oserais dire,
ce doute n’est pas assez fort pour nous retenir plus longtemps à
la maison et être présente à ce petit être pourtant
si cher. Les enfants ont besoin de leur mère pour construire la
confiance en eux et dans le monde; aller en garderie ne peut remplacer
la présence maternelle.
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| «Pourquoi la psychologie populaire
véhicule-t-elle la croyance selon laquelle la qualité
de temps compense pour la quantité? Malgré la venue
de l’enfant, cette croyance permet aux nouveaux parents de continuer
leur existence comme si de rien n’était.»
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N’oublions pas que nos enfants arrivent avec
des blessures. Ils ont déjà vécu au moins deux séparations
importantes (mère et mère-substitut). En plus de la séparation,
leurs besoins de base n’ont pas été répondus
au moment et de la manière dont cela aurait été nécessaire
: être nourris dès qu’ils avaient faim et soif, changés
quand ils étaient mouillés, réchauffés quand
ils avaient froid, consolés quand ils avaient peur, pris quand
ils avaient besoin de contact… Ils ont besoin maintenant de sécurité,
affection et amour inconditionnel; ce qui ne peut être donné
en milieu de garde. Nous ne savons plus suffisamment que laisser un jeune
enfant aux soins d’une autre personne peut laisser des traces dans
la psyché.
Comment en sommes-nous venus à ne plus savoir
que l’enfant a besoin de la présence constante de la mère?
Pourquoi la psychologie populaire véhicule-t-elle la croyance selon
laquelle la qualité de temps compense pour la quantité?
Beaucoup de gens se laissent leurrer par cette croyance car elle leur
convient bien. Malgré la venue de l’enfant, cette croyance
permet aux nouveaux parents de continuer leur existence comme si de rien
n’était.
Nous sommes dans une société qui ne
valorise plus le rôle de mère. Les femmes empruntent souvent
les valeurs masculines. Elles ont plus ou moins le choix d’être
mère à temps plein. Elles sont aux prises à des obligations
financières et des exigences professionnelles, vivent souvent une
insécurité conjugale…
Bien qu’ayant fait un travail personnel (psychothérapie…),
mon itinéraire « maternel » ressemble à celui
de beaucoup d’autres femmes. J’étais moi aussi imprégnée
par cette dite croyance. Ainsi, après un arrêt de quelques
mois, j’ai repris mes activités professionnelles et notre
fille est allée en milieu de garderie quelques jours par semaine.
Pour me rassurer, je me disais que le temps passé quotidiennement
en garderie était limité (environ 6 heures), nos horaires
à mon mari et moi nous le permettant. Aujourd’hui, j’ai
des regrets d’avoir agi ainsi. J’ai de la peine pour ma fille.
Je n’ai pas eu le recul nécessaire pour répondre davantage
à ses besoins. Je n’ai pas assez vu la nécessité
d’être plus présente à ce jeune enfant. Elle
avait besoin que je laisse de côté ma vie professionnelle
pour me consacrer uniquement à elle. Mon cœur me dit aujourd’hui
que la décision de poursuivre mon travail après un bref
arrêt n’a pas été une décision équitable
pour elle. À l’époque, je ne pouvais faire autrement
et je ne peux revenir en arrière. Ce que je peux faire aujourd’hui,
c’est être présente aux émotions reliées
à cette situation (peine, regret, culpabilité…), les
ressentir sans les alimenter et être présente à la
jeune fille qu’elle est devenue.
Divers intervenants encouragent fortement la position
dont je vous entretiens. Dans un document intitulé « l’adoption
internationale : démystifier le rêve pour mieux vivre la
réalité, mesdames Michèle Bernier et Johanne Lemieux,
travailleuses sociales, suggèrent également de suspendre
pour un temps la vie d’antan pour se consacrer à ce nouvel
enfant et ce, dans le but de créer un lien d’attachement
fort. Elles parlent d’une totale disponibilité physique et
émotive aux besoins de l’enfant et ce, peu importe l’âge
de l’enfant adopté. En fait, plus l’enfant est âgé
lors de l’adoption, plus les blessures sont grandes, écrivent-elles,
plus il a besoin de temps et d’attention. « Seule cette entière
disponibilité prouvera à l’enfant qu’il était
voulu, désiré, attendu de tout votre cœur. Cela lui
prouvera surtout qu’il est assez important pour que papa et maman
arrêtent la course de la vie pour vraiment prendre le temps de le
connaître. S’il est assez important pour que ses parents prennent
un arrêt, c’est donc qu’il a lui de la valeur. »
Qu’en pensez-vous?
Pour les personnes qui cherchent à se dédier
à leur enfant, à vivre leur rôle de mère ou
de père avec une conscience plus aiguisée, paraîtra
sous peu la traduction du livre « Conscious parenting », «
le courage d’éduquer » (Lozowick, L. 200l) Ce livre
nous permet de nous situer face au rôle à la fois si noble
et exigeant de parent. Si j’étais appelée à
être mère à nouveau, les réflexions et émotions
générées par certaines rencontres et lectures m’orienteraient
différemment dans ce rôle de mère.
Ces propos ne se veulent pas culpabilisants pour les
femmes qui travaillent à l’extérieur. Chacune d’entre
nous faisons de notre mieux au moment où nous agissons. Je veux
simplement partager avec vous les convictions qui sont les miennes maintenant.
Si cette réflexion faisait en sorte que certains parents deviennent
plus disponibles, j’en serais très heureuse.
Toutefois, si vous êtes contrainte de retourner
au travail, il importe de faire un choix judicieux de milieu de garde.
Choisissez un endroit où le personnel est stable et aimant. Ces
deux critères sont très importants. Posez des questions
à la directrice de la garderie ou à la personne en milieu
familial. Le personnel est-il régulier? L’objectif premier
est-il le bien-être des enfants? Assurez-vous que les horaires sont
réguliers, les espaces de jeux utilisés, des promenades
à l’extérieur effectuées… Les éducatrices
s’occupent-elles des enfants qui pleurent et ce, sans les culpabiliser?
Si vous n’avez d’autre choix que celui de retourner au travail,
soyez attentive à l’inquiétude présente et
à un éventuel sentiment de culpabilité. Accueillez
les émotions qui se présenteront à vous, sans vous
juger. Cependant, demandez-vous si ce retour au travail est indispensable.
Pouvez-vous le retarder de quelques semaines ou quelques mois? Si oui,
n’hésitez pas.
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| «Prenons conscience que les enfants
qui nous sont confiés ont besoin de parents présents
et disponibles. » |
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Si votre décision demeure la même, préparez
votre fille à cette nouvelle séparation. Amenez-la rencontrer
la personne qui en prendra soin. Faites ainsi quelques visites. Le jour
venu de la laisser, restez un temps sur place avec elle et dites-lui que
vous allez partir et que vous reviendrez la chercher. Même si votre
enfant est très jeune, donnez-lui quelques points de repère
(« je reviendrai après le dodo de l’après-midi,
après la collation… ») De plus, essayez de limiter
la quantité d’heures qu’elle passera loin de vous ou
de son père, car votre enfant a réellement besoin de vous.
Prenons conscience que les enfants qui nous sont confiés
ont besoin de parents présents et disponibles.
Cette manière de concevoir la présence de la mère
pourra paraître ancienne à certains d’entre vous. Elle
peut même paraître rétrograde dans une société
axée sur l’avoir et non l’être. Je suis consciente
que le choix, pour les femmes, de rester à la maison quelques années
doit être appuyé par des changements profonds au sein de
la société. Nos valeurs devront changer pour que l’être
prime.
Notre rôle en tant que parents est de faire
de nos enfants des adultes conscients et responsables. Le meilleur moyen
de les aider à atteindre ce but est d’être nous-mêmes
des êtres sains. Tentons donc de devenir plus conscients de notre
monde intérieur : conscients de nos désirs et de nos peurs,
conscients de nos pensées et émotions, conscients de notre
histoire personnelle; nous éviterons ainsi de projeter sur autrui
nos propres affects. Prenons le temps de nous intéresser à
ce que nos enfants aiment, de jouer avec eux sans critiquer leurs intérêts
et leurs goûts. Cette présence à eux ne vaut-elle
pas la peine puisqu’elle contribue à créer un lien
d’attachement plus fort de même qu’un équilibre
intérieur plus grand!
Références :
Bernier, M. et Lemieux, J. 200l – L’adoption
internationale : démystifier le rêve pour mieux vivre la
réalité, Bureau de Consultation en Adoption de Québec,
851 des Cormiers, Saint-Jean-Chrysostome, Québec G6Z 2M8
Lozowick, L. l997 – Conscious Parenting, Hohm
Press.
Lozowick, L. 2001 – Le courage d’éduquer
– Editions du Relié.
Texte publié dans l'Orient Express, journal de l'association des familles
Québec-Asie
LISE DENIS
psychologue
Thérapie individuelle et conjugale, difficultés
reliées à l'adoption
37 Grace Shantz
Kirkland (Québec)
H9J 3A4
Tél.: 5l4-695-9225
Date de publication: mai 2006
© Copyright - 2008Tous droits réservés. URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/psycho12.php Dernière modification : 6 septembre 2008
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