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Ma fille ne pose pas de questions sur sa mère biologique,
est-ce normal?
« Ma fille a aujourd’hui 10 ans. Elle
a été adoptée à 2 1/2 ans. Elle a des souvenirs
de sa vie à l’orphelinat et a toujours su qu’elle
ne venait pas de mon ventre. Mais jusqu’à présent,
elle n’a jamais posé de questions sur sa mère biologique.
Est-ce normal qu’elle ne pose pas encore de questions sur sa mère
naturelle? Est-ce que je devrais susciter sa curiosité ou attendre
que ça vienne d’elle. Cette situation m’inquiète.
»
Réponse
Tout comme vous, je crois qu’il est préférable
d’être conscient de notre histoire personnelle et de faire
un deuil graduel de ce que la vie nous présente.
Mais cela ne se force pas.
Il y a des enfants qui très tôt dans
leur vie entrent en contact avec la peine d’être différents
des parents adoptifs (différences raciales) et d’avoir été
laissés. Il y en a d’autres pour qui ces aspects de leur
vie restent sous silence. Souvent, les enfants qui ne (se) posent pas
de questions sur cette partie de leur histoire sont également moins
proches de leur vie affective en général. À quoi
attribuer ces manières d’être?
Traits de caractère
À la naissance, on peut observer des traits
de caractère différents d’un bébé à
un autre. Certains traits sont innés. Dépendamment du milieu
dans lequel les enfants vivent, ces caractéristiques sont ou non
renforcées.
Milieu
La manière d’être des parents influence,
il est vrai. Cette influence a toutefois ses limites. Ainsi, il est fréquent
de voir dans une même famille un enfant intéressé
à son histoire personnelle et l’autre semblant y être
indifférent. J’ai constaté ce fait à maintes
reprises.
Face à cette réalité de l’abandon,
les parents ont pour rôle d’accompagner l’enfant dans
le deuil qui y est relié. Les parents incapables de recevoir les
émotions, les questions et de fournir des réponses adéquates
empêchent le deuil de se faire.
Refoulement : protection de l’inconscient
On peut aussi penser que le silence que votre fille
observe sur cette partie de son histoire constitue une protection de l’inconscient.
Ces ruptures (mère, nounou, milieu…) ont pu être trop
difficiles pour elle : le matériel et les émotions ont été
refoulés. Quand l’occasion se présentera, posez-lui
des questions sur ses souvenirs. Se rappelle-t-elle encore du lieu où
elle habitait, des personnes qui prenaient soin d’elle?…Le
soi-disant non-intérêt sur le passé n’est toutefois
pas une caractéristique spécifique reliée à
l’âge d’adoption.
Quelle est l’action juste face à
un enfant qui ne pose pas de questions?
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| «Ce qui importe c’est que vous
soyez attentive à vos émotions et à celles de
votre fille. Quand une situation semble difficile pour elle, offrez-lui
des reflets de sentiments, tout en la respectant. Grâce à
cette manière d’être, votre fille finira peut-être
par s’intéresser à son monde intérieur.»
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Pour tout enfant, ce qui importe le plus c’est
que le parent soit présent, à l’écoute et favorise
l’autonomie de celui-ci. Il importe donc de lui montrer votre intérêt
pour son monde intérieur.
Comment lui montrer votre compréhension? Il
s’agit de souligner les émotions que vous inférez
par ses mimiques, ses comportements, ses paroles.
« Tu sembles triste. Tu sembles fâchée.
Est-ce exact? »
Si l’enfant nie, nous ne devons pas nous obstiner
:
« Bon, tu sais que je suis là s’il
y a quelque chose. »
Si l’enfant confirme l’observation, nous
regardons avec lui s’il veut en parler davantage.
Le message à envoyer est donc qu’elle
est habitée par une VIE INTERIEURE et que celle-ci est importante.
Si vous êtes une femme ouverte aux émotions,
il peut être difficile pour vous d’être en harmonie
avec votre fille quand elle est refermée sur elle-même. Soyez
attentive à cet aspect de vous. Êtes-vous fâchée
quand elle ne s’exprime pas? Au nom d’un idéal d’ouverture,
vous refusez peut-être à votre fille le droit à la
fermeture! Tentez de lui offrir une constance dans votre amour malgré
cette différence qui existerait entre vous.
Si en vous observant vous vous rendez compte que finalement
vous n’êtes pas si habile avec vos propres émotions,
vous pouvez entreprendre un travail d’auto-observation (qu’est-ce
que je ressens, quelles sont mes pensées du moment…) ou si
vous êtes consciente de souffrir, un travail de psychothérapie.
Devenir plus consciente, c’est devenir plus vivante. Cela ne vaut-il
pas la peine de se mettre au travail!
Présence à soi
Il importe donc d’être présente
à l’anxiété de voir votre enfant passer à
côté de cette partie de son histoire personnelle. Si votre
enfant vous semble dans l’ensemble heureuse, il n’y a rien
de plus à faire. Continuez à être présente
et faites confiance à la Vie. Votre fille aura accès à
ses émotions quand elle se sentira capable d’y faire face.
De plus, l’adolescence approche. Peut-être profitera-t-elle
de cette période de remise en question pour approfondir la connaissance
de soi.
Je le répète donc: ce qui importe c’est
que vous soyez attentive à vos émotions et à celles
de votre fille. Quand une situation semble difficile pour elle, offrez-lui
des reflets de sentiments, tout en la respectant. Grâce à
cette manière d’être, votre fille finira peut-être
par s’intéresser à son monde intérieur.
Texte publié dans l'Orient Express, journal de l'association des familles
Québec-Asie
LISE DENIS
psychologue
Thérapie individuelle et conjugale, difficultés
reliées à l'adoption
37 Grace Shantz
Kirkland (Québec)
H9J 3A4
Tél.: 5l4-695-9225
Date de publication: mai 2006
© Copyright - 2008Tous droits réservés. URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/psycho13.php Dernière modification : 6 septembre 2008
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