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Le papa est-il chinois?
« J’aimerais connaître votre point
de vue sur la façon de parler du «papa » ou «
papa chinois » lorsque des inconnus posent des questions. Je m’explique.
Je suis une maman célibataire. Ma fille,
d’origine chinoise, vient tout juste d’avoir deux ans et
n’a évidemment pas encore constaté que la majorité
des enfants ont deux parents alors qu’elle évolue dans
une famille à parent unique. Je n’éprouve pas de
difficulté à l’idée d’expliquer à
ma fille qu’il existe différentes façons de constituer
une famille et que la composition des familles n’est pas toujours
la même (un papa-une maman, deux papas, une maman seulement etc.).
Nous avons d’ailleurs différents modèles de famille
dans notre entourage incluant des amies qui ont une famille similaire
à la nôtre (une maman célibataire-une petite fille
d’origine chinoise).
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| «Il est fort probable que votre
fille vous fasse part un jour ou l’autre de sa peine de
ne pas avoir de papa. Vécu personnel qui n’aura rien
à voir avec votre qualité de maternage. (...)
C’est un désir bien légitime
d’espérer avoir un papa.» |
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Jusqu’à récemment, je m’étais
dit que la réponse idéale aux questions du genre: «
Où est le papa? Pourquoi tu n’as pas de papa? etc. »
serait « je suis une maman célibataire – j’ai
une maman célibataire » afin que ma fille ne se sente pas
responsable du fait qu’elle n’a pas de papa (bref ce n’est
pas parce qu’elle n’est pas assez gentille, aimable, belle
etc.) et que la formule me paraît plus positive qu’une réponse
du genre « je n’en ai pas », laquelle évoque
qu’il manque quelque chose. Mais un récent événement
m’a fait remettre en question ma propre réponse.
Lorsque je vais dans des endroits où il y
a des enfants d’âge scolaire (parc, piscine), il y en a
souvent qui viennent me parler car ils veulent « voir mon bébé
». Certains remarquent les beaux yeux bridés de ma fille
et me demande si elle est chinoise. Mais l’autre jour, une petite
fille m’a dit, après que je lui ai répondu qu’effectivement
ma fille était d’origine chinoise, « ça veut
dire que le papa est chinois? ».
Plusieurs fois auparavant, des parents que je ne
connaissais pas m’avaient demandé « est-ce que le
papa est chinois? » Je savais alors que l’objectif de la
question était de savoir si ma fille avait été
adoptée ou si elle était mon enfant biologique (ce à
quoi je répondais généralement: je suis allée
la chercher en Chine » et non pas d’interroger la présence
ou l’absence d’un père.
À la seconde question de la petite fille,
j’avoue avoir éclaté de rire et n’avoir rien
répondu. Le raisonnement n’était-il pas irréprochable
au plan biologique et génétique? Était-ce mon rôle
de lui apprendre que la composition des familles ne respecte pas toujours
les lois de la génétique? Je me suis demandé ce
que j’aurais répondu à cette petite fille si j’avais
adopté ma fille en couple. Et, je suis alors convaincu que si
tel avait été le cas, je lui aurais répondu par
la négative car j’aurais voulu affirmer publiquement et
devant ma fille (car je suis le modèle dont elle se servira le
jour où elle répondra elle-même à ce genre
de question) que mon conjoint était son père.
Si je suis cette même logique, ma réponse
aurait dû être négative car personne n’a actuellement,
légalement et dans son quotidien, le titre de père. Le
problème est que dans notre contexte, cette réponse met
en évidence le fait que ma fille vie une situation de famille
marginale. Est-ce nécessaire de mettre en évidence une
marginalité non apparente, surtout devant des inconnus, quand
on sait à quel point les enfants ont généralement
envie de conformité? Mais alors, est-ce préférable
de répondre qu’elle a un papa chinois? (Je n’ai pas
de problème avec le fait de parler, avec elle ou nos proches,
de son père biologique qui ne pouvait s’occuper d’un
enfant. Mais j’ai l’impression que parler de ce papa chinois
au présent équivaut à lui donner une place dans
notre vie actuelle et, par conséquent, à mettre l’emphase
sur son absence et par le fait même son abandon.) En fait, j’aimerais
éviter, dans la mesure du possible que ma fille soit blessée
par les remarques des autres mais je veux que l’on reste honnête
et je ne veux pas lui donner l’illusion d’un papa qu’elle
n’a pas et n’aura peut-être jamais.
Voilà, j’aimerais bien connaître
votre point de vue sur le sujet et si vous connaissez des livres ou
des articles (français ou anglais) sur ce sujet ou la thématique
plus globale des défis spécifiques de la famille uni parentale,
ça me ferait grand plaisir car je n’ai encore rien trouvé.
»
Réponse
Vous cherchez une réponse idéale à
la question: « où est ton papa? » et vous désirez
suggérer à votre fille de dire « je suis fille d’une
maman célibataire » ou « j’ai une maman célibataire
». C’est intéressant d’offrir une réponse
de la sorte mais je doute fort que votre fille utilise ces formulations.
Elle répondra probablement qu’elle n’a pas de papa
ou que sa mère vit seule avec elle; ce qui est la réalité.
Ce sont des réponses simples et justes.
Vous ne voulez pas que votre fille souffre de l’absence
d’un père. Bien que vous soyez une mère aimante et
dévouée, l’absence d’un père se fera,
consciemment ou inconsciemment, sentir. La présence d’un
conjoint et d’un père est importante à divers aspects.
En plus d’être un support pour la mère, celui-ci, étant
la tierce personne, favorise la rupture de la relation symbiotique mère-enfant.
Il a également pour rôle d’aider l’enfant à
découvrir le monde, l’aider à « faire »
plein de choses. Il permet également à l’enfant de
développer sa partie masculine.
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| «Une adoption interraciale est une
adoption visible: donc un fait public. On ne peut pas contrôler
les questions qui viennent du dehors. On peut toutefois être
à l’affût de nos réactions émotives
et de celles de notre enfant.» |
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Je me demande donc s’il y a présentement
une personne de sexe masculin qui est importante pour vous et votre fille.
Cette présence masculine est précieuse pour le développement
psychologique de votre enfant. Si ce lien n’existe pas, cherchez
à introduire dans vos vies un homme en qui vous avez confiance
et qui désire s’investir auprès d’elle.
Il est fort probable que votre fille vous fasse part
un jour ou l’autre de sa peine de ne pas avoir de papa. Vécu
personnel qui n’aura rien à voir avec votre qualité
de maternage. Il sera alors important de l’entendre, de la reformuler
sans nier ses émotions pour que se fasse graduellement le travail
du deuil de ce père absent. C’est un désir bien légitime
d’espérer « avoir un papa ».
Vous craignez que votre fille se sente responsable
ou coupable du fait qu’elle n’a pas de papa. Ces pensées
pourront venir. Il s’agira encore là de l’aider à
accueillir et comprendre ce qui se passe en elle de même que de
recadrer ses fausses croyances:elle n’est pas responsable que vous
ne soyez pas en relation de couple de même que vous n’êtes
pas coupable de vivre sans un conjoint. Il s’agira alors d’accueillir
les doutes et de rectifier: « Tu n’y es pour rien. C’est
moi qui vivais seule et malgré ce fait, je désirais prendre
soin d’un enfant et cet enfant, c’est toi ».
Bien que vous écrivez être à l’aise
de dire que votre fille est d’origine chinoise et que vous êtes
allée la chercher en Chine, soyez toujours attentive aux émotions
que ces petites questions feront naître en vous. Il est assez fréquent
que les malaises, les frustrations face à ces questions surgissent
quand l’enfant est plus âgé que ne l’est votre
fille.
Une adoption interraciale est une adoption visible:
donc un fait public. On ne peut pas contrôler les questions qui
viennent du dehors. On peut toutefois être à l’affût
de nos réactions émotives et de celles de notre enfant.
Il est facile de réagir en se disant que l’autre (adulte
ou enfant) n’aurait pas dû nous poser une telle question.
Nous passons notre temps à refuser ce qui est. Par contre, les
questions sont là et nous devons y répondre du mieux que
nous le pouvons. Ce meilleur étant, selon moi, de choisir
la simplicité. En ce qui concerne votre réalité
à vous et à votre fille c’est: « ma fille est
d’origine chinoise. Je suis allée la chercher en Chine »
ou « X est née en Chine. Je suis maintenant sa mère
».Alors lorsque ces situations se passent, voyez-les plutôt
comme des situations permettant de progresser émotivement face
à ces grands thèmes que sont l’abandon, les différences
raciales et le fait de vivre en famille mono-parentale.
Revenons maintenant à la question de la petite
fille. « Ça veut dire que le papa est chinois ». Vous
dites avoir éclaté de rire. Peut-être étiez-vous,
à votre insu, mal à l’aise. Une réponse simple
aurait été de dire que votre fille est née en Chine
de parents chinois. En effet, le papa d’origine était Chinois.
Cette réponse englobait tout et aurait sûrement satisfait
cette enfant sans perturber votre fille. C’est la réalité
toute simple de la situation.
Plus tard si votre fille est touchée par de
telles questions et réponses, accueillez-la simplement. Quelle
est l’émotion du moment?
Être mère-célibataire est effectivement
une situation moins fréquente qu’être deux parents.
C’est également une situation plus difficile. Êtes-vous
complètement à l’aise face à cette réalité.
Regardez bien, cela en vaut la peine!
Texte publié dans l'Orient Express, journal de l'association des familles
Québec-Asie
LISE DENIS
psychologue
Thérapie individuelle et conjugale, difficultés
reliées à l'adoption
37 Grace Shantz
Kirkland (Québec)
H9J 3A4
Tél.: 5l4-695-9225
Date de publication: mai 2006
© Copyright - 2008Tous droits réservés. URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/psycho14.php Dernière modification : 6 septembre 2008
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