La séparation des parents

 

« Ayant beaucoup lu sur la séparation dans de nombreux ouvrages et magazines, et ayant également pris connaissance de statistiques sur le sujet, entre autres que les parents d’enfants adoptés se séparent moins proportionnellement que ceux d’enfants biologiques, je n’ai rien lu sur l’attitude, l’approche ou les moyens à utiliser pour aider l’enfant adopté à vivre cette épreuve qui, croyez-moi, est très éprouvante.

Notre fille a 11 ans. Nous sommes allés la chercher en Chine, elle avait 5 mois. Mon mari est parti de la maison il y a 9 mois prétextant ne plus pouvoir travailler à la maison et vouloir consacrer tout son temps à ses réalisations professionnelles… dit-il. C’est la raison qu’il a donnée à notre fille lorsqu’il lui a annoncé son départ.

Notre fille est bien attachée à moi puisque je lui ai consacré depuis son arrivée beaucoup de temps. J’étais et suis toujours pour elle, sa stabilité, son fort, son ancrage. Mon mari travaillant beaucoup (tant à la maison qu’à l’extérieur), j’étais toujours présente, je travaille de façon régulière et suis disponible tous les soirs et fins de semaine. Mais, même si elle s’exprime avec moi (elle est très à l’aise), même si elle pleure lorsque le trop plein de chagrin déborde, elle a beaucoup de difficulté à faire le transfert de maison, à vivre cette instabilité et cette insécurité. Encore la semaine dernière, elle a pleuré à l’école. C’est elle qui me l’a dit et qui m’a aussi dit que même si quelqu’un veut savoir ce qu’elle a, elle répond toujours que c’est personnel.

C’est une enfant attachée à sa maison, son environnement, ses repères quotidiens, etc. L’entente est qu’elle va chez son père une fin de semaine sur deux et elle le rencontre tous les mercredis soir pour souper avec lui. Inutile de vous dire que ces mercredis sont difficiles pour elle, comme si cela la remettait dans le contexte de la séparation, semaine après semaine, et que, pour une heure et demie, cela perturbe beaucoup sa routine et son rythme de vie. Quant à moi, je mettrais fin à ces soupers mais…

Voilà, je tenais à vous faire part de ce problème que d’autres parents adoptifs vivent peut-être aussi… Merci de collaborer au journal! Merci d’aider tant de parents! »

Comment aider les enfants à vivre l’épreuve de la séparation?

«Il importe de rester dans le rôle parental (mère), en protégeant votre fille du conflit que vous avez vécu (ou vivez) avec son père et surtout, ne l’amenez pas à prendre partie.

Le conflit était entre vous, les parents.»

La séparation des parents est effectivement une dure épreuve. Diverses attitudes parentales peuvent faciliter le processus de deuil; car c’est bien de deuil dont il s’agit. L’enfant a le deuil de la présence simultanée des deux parents à faire, d’un idéal de vie familiale. La vie sera dorénavant bien différente étant donné qu’il y aura toujours absence d’un des deux parents et ce, sans compter tous les changements subséquents: déménagement, changement d’école, perte d’amis,…

Les émotions abondent. La colère, la peine, la culpabilité, la peur de perdre l’amour, un sentiment d’abandon; toutes ces émotions sont au rendez-vous. Chez l’enfant adopté, il y a en plus résurgence plus ou moins consciente des ruptures antérieures (mère de naissance, nounou,…).

Manière d’annoncer la séparation

Les deux parents annoncent ensemble à l’enfant qu’ils vont se séparer. Ils lui expliquent qu’ils ne s’entendent plus, ne s’aiment plus… et qu’il est préférable pour eux de rompre. Il est important de mentionner que la rupture est reliée à des difficultés conjugales non résolues. Dans l’évocation du motif de séparation, il importe de protéger l’estime de soi de l’enfant et d’être très attentif à ses émotions. Il est également très important que le parent qui quitte la maison s’engage clairement à voir l’enfant. Ex. – « Je te verrai à tous les mercredis et une fin de semaine sur deux. De plus, tu pourras m’appeler en tout temps ».

En ce qui vous concerne, la raison donnée à votre fille a été la suivante: le mari ne peut plus travailler à la maison et il veut consacrer tout son temps à ses réalisations professionnelles. Ce motif de séparation a-t-il été rectifié? Je le souhaite ardemment car quel impact autrement! Comment quelqu’un pourrait-il laisser le foyer conjugal (épouse, enfant) pour le travail? Qu’est-ce que votre fille a bien pu imaginer? Ça peut être très facile de penser: « papa aime plus son travail que moi ». Quelle tristesse! Alors que dans les faits, s’il y a eu séparation, c’est que tous deux ne vous entendiez plus…

Éviter de rechercher un coupable. Cet aspect est surtout difficile lorsqu’un des partenaires voulait poursuivre la relation. Il faut être aux aguets de ses émotions pour éviter de les faire partager à l’enfant. Cette présentation plus neutre (si la neutralité est possible dans le cas d’une séparation!) permet à l’enfant de conserver l’amour pour ses deux parents.

Alors je vous suggère de vous assurer de la compréhension qu’a votre fille de votre séparation.

Attitudes parentales

Il importe de rester dans le rôle parental (mère), en protégeant votre fille du conflit que vous avez vécu (ou vivez) avec son père et surtout, ne l’amenez pas à prendre partie. Le conflit était entre vous, les parents.

Des habiletés de communication et d’écoute sont essentielles:

  • refléter « Tu es triste quand tu quittes ton père ». (et non: « lui, il te voit juste l heure puis tu es toute bouleversée » ).
  • Reformuler
  • Poser des questions.

Voyez à favoriser la relation avec l’autre parent. Son père sera toujours son père. Il importe de le respecter et de régler vos conflits entre adultes

Rôles parentaux

Votre relation avec votre fille semble très forte et celle-ci peut compter sur vous. De plus, son père manifeste un intérêt à demeurer présent auprès d’elle ce qui est très positif. Votre fille a besoin d’un père et d’une mère et non de parents à consoler.

Pleurs du mercredi

«Les deux parents sont nécessaires à l’équilibre psychologique de l’enfant. Ce dernier a besoin de se sentir comme l’un d’eux (identification au parent du même sexe) et différent de l’autre.»

voir pleurer, mercredi après mercredi. Vous voudriez et c’est bien légitime qu’elle ne souffre plus de la séparation. Rappelez-vous que sa peine va diminuer avec le temps.

Si vous l’accueillez bien, cela lui permettra d’aller graduellement vers la guérison. Soulignez à ces moments-là que c’est difficile pour elle de quitter son père. Elle voudrait probablement que vous soyez à nouveau tous les trois. Permettez-lui d’exprimer ces choses. Certains parents se sentent dans cette situation comme des victimes. « On sait bien, ce n’est pas lui qui doit te ramasser ». Soyez aux aguets de ces pensées ou de ces paroles.

Je vous suggère de voir les rencontres et les ruptures avec son père sous un angle nouveau: c’est important que son père lui démontre son attachement et le deuil se poursuit.

Présence du père

Les deux parents sont nécessaires à l’équilibre psychologique de l’enfant. Ce dernier a besoin de se sentir comme l’un d’eux (identification au parent du même sexe) et différent de l’autre. En France, après 5 ans d’une séparation ou d’un divorce, 34% des enfants ne voient plus leur père. On ne peut imaginer l’immense perte pour l’enfant, les parents et la société.

Il importe de mettre de côté vos émotions face à votre ex-conjoint et de favoriser sa présence auprès de votre fille. Si par exemple votre fille est fâchée face à son père, soyez attentive à refléter sa colère sans l’amplifier. Ayez toujours en tête de protéger l’amour que votre fille porte à son père. Evitez toutefois de mentir: ainsi lorsqu’un parent ne respecte pas ses engagements, accueillez la peine et la colère de l’enfant sans défendre le parent fautif.

Favorisez l’ouverture à l’autre

Vous m’écrivez que votre fille ne s’ouvre pas aux autres enfants à l’école. Je travaillerais avec elle à favoriser une ouverture. Qu’est-ce qui fait qu’elle ne s’ouvre pas à une amie? Est-elle en relation d’amitié à l’école? Croit-elle qu’il faille garder sa peine secrète? A-t-elle honte que vous soyez séparés? Autant de sujets à explorer avec elle. Il faut éviter qu’elle ne se referme dans une bulle mère-enfant.

Texte publié dans l'Orient Express, journal de l'association des familles Québec-Asie

LISE DENIS
psychologue
Thérapie individuelle et conjugale, difficultés reliées à l'adoption
37 Grace Shantz
Kirkland (Québec)
H9J 3A4
Tél.: 5l4-695-9225



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Date de publication: mai 2006

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Dernière modification : 6 septembre 2008