Les préjugés: du côté des enfants
Les préjugés raciaux de même
que ceux reliés à l'adoption existent chez les adultes.
Qu'en est-il du côté des enfants? Pouvons-nous prévoir
les préjugés auxquels nos enfants auront à faire
face? Je vais essayer de faire ressortir ce qui peut être souffrant
dans ces taquineries et je passerai, pour ce faire, par l'explication
du désir d'être semblable aux autres.
Processus d'identification
Très tôt dans notre vie, les processus
d'imitation et d'identification sont à l'oeuvre pour nous aider
à construire notre identité. Cela va de simples comportements
comme la façon dont maman se croise les bras, la manière
dont papa fronce les sourcils quand il réfléchit à
des manières plus complexes d'être. Nous avons ainsi tous
remarqué à quel point nos enfants veulent, à une
époque de leur vie, nous imiter et nous ressembler. Puis ce désir
d'être comme papa et maman se généralise à
vouloir être comme les amis.
Tout en voulant être traités comme quelqu'un
d'uniques, les enfants ont aussi un besoin de se fondre dans la masse.
Pour être acceptés et s'accepter eux-mêmes, les enfants
veulent être pareils aux autres. Ce qui les distingue peut les faire
souffrir. Ainsi, les enfants veulent ressembler physiquement aux autres
(grandeur, poids, traits...), veulent être vêtus comme les
amis, veulent avoir les mêmes jouets...
Il va sans dire que ce désir d'être comme
les autres porte aussi sur les différences raciales et sur l'adoption.
A la période de latence (6-11 ans) et à l'adolescence, les
jeunes peuvent souffrir davantage d'être différents de la
majorité. La différence raciale chez nos filles (garçons)
est évidente et elles (ils) pourront, à certains moments,
en être tristes. Douleur d'autant plus accentuée que leur
différence raciale s'accompagne de l'adoption. Il faut garder en
mémoire que pour avoir pu se joindre à notre couple ou famille,
il y a eu un préalable: avoir été laissées(és).
Derrière ce mot «adopté» il y a la souffrance
de «l'abandon».
Les taquineries ou confrontations
Phénomène fréquent au primaire,
les taquineries par les pairs n'en demeurent pas moins difficiles à
avaler. Comme je le mentionnais antérieurement, n'importe quel
facteur différenciant l'enfant peut être utilisé.
Beaucoup de parents adoptifs (adoption internationale)
s'inquiètent de ce problème. «Nos enfants seront-ils
durement confrontés à leurs différences?»,
«Souffriront-ils des préjugés raciaux?», se
demandent-ils.
Confrontation du lien parental
Certains parents d'enfants de 4-5 ans disent que leur
enfant a déjà été questionné sur leur
lien biologique. On leur a dit des phrases comme «Ton père
n'est pas ton père» ou «Ta mère n'est pas ta
«vraie mère»...
Que faire quand un tel événement survient?
Il est avant tout important d'être à l'écoute de l'enfant.
L'écouter peut signifier:
- l'aider à décrire ce qui s'est passé;
- voir comment l'enfant s'est senti;
Il est important ici de faire le partage entre
ce qu'a ressenti notre enfant et nos blessures personnelles reliées
à notre passé. Il est malheureusement très facile de
projeter nos émotions sur autrui. Quand on réagit fortement
à une situation, il est toujours intéressant de se demander
si notre réaction est vraiment reliée à l'événement
actuel ou si elle parle plutôt d'une blessure de notre passé.
Cette prise de conscience nous aidera à réagir plus adéquatement.
Par contre, puiser consciemment dans notre bagage émotif nous aidera
à être empathique à notre enfant.
- voir s'il est satisfait de sa réponse;
- voir s'il veut qu'on l'aide à trouver des réponses
plus satisfaisantes.
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| «Une bonne estime de soi et une capacité
d'affirmation de soi aideront toujours le jeune à surmonter
de telles situations. Mais peut-on l'aider davantage? Il me semble
que la connaissance de l'origine ethnique et son acceptation, relative
à l'âge de l'enfant, soient également des atouts.»
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Lorsqu'une situation d'acharnement perdure, il m'apparaît
pertinent que les parents interviennent auprès des personnes concernées
(parents, éducateurs, surveillants...).
Discuter de l'événement avec notre
enfant, c'est lui montrer qu'on prend au sérieux ce qui lui est
arrivé. Il importe de ne pas nier, diminuer ou amplifier sa réaction
émotive. Si l'enfant est anxieux, triste ou fâché,
il s'agit de le supporter, de chercher à comprendre ce qui le touche...
Certains parents profitent de ces situations pour
vérifier avec leur enfant sa compréhension de son histoire
personnelle et des concepts reliés à la naissance et à
l'adoption. De plus, ils vérifient ou introduisent un vocabulaire
relié à l'adoption (adoption, adopté, orphelin, orphelinat...).
Niaiseries sur les différences raciales
Les différences ethniques et raciales n'échappent
pas aux sobriquets. Nombreux franco-québécois se sont fait
traiter de «pepsis» ou de «frogs». Nous connaissons
tous des épithètes se rapportant à d'autres ethnies.
Certaines de nos filles devront donc y faire face.
L'enfant qu'on taquine devant un groupe se sent souvent
seul et exclu. Il est même parfois humilié, honteux d'un
facteur sur lequel il n'a aucune emprise. L'identité ethnique ou
raciale, ça ne se change pas. L'enfant a alors besoin de support.
Nous devons l'aider à reconnaître ses émotions. Il
pourra exprimer un désir d'être différent. Il dira
peut-être à quel point il voudrait nous ressembler. Un travail
sur l'acceptation de ses différences doit alors se poursuivre.
À la période de latence et de l'adolescence,
ça devient difficile d'être différent physiquement
des parents, des amis et d'être continuellement en situations de
minorité. Madeleine (nom fictif) me disait que ce qui avait été
difficile pour sa fille de 11 ans, originaire de Corée, c'était
de ne ressembler à personne dans sa famille, d'avoir peu de repères
physiologiques.
Une bonne estime de soi et une capacité d'affirmation
de soi aideront toujours le jeune à surmonter de telles situations.
Mais peut-on l'aider davantage? Il me semble que la connaissance de l'origine
ethnique et son acceptation, relative à l'âge de l'enfant,
soient également des atouts.
J'ai en mémoire l'histoire d'un petit garçon
de 9 ans qu'on avait traité de «chinetoque». Il était
blessé et se sentait marginalisé. Steven (nom fictif) était
surpris d'être traité de la sorte parce qu'il se percevait
davantage québécois que chinois. Ses parents ont travaillé
avec lui à la reconnaissance de son identité chinoise. Ayant
davantage assimilé cette particularité de son identité,
il a été beaucoup moins perturbé lorsque la situation
s'est reproduite. Il a pu affirmer son identité «je suis
chinois-québécois... et après?» Cela a clos
le bec aux moqueurs. Nous savons qu'en général, ces comportements
malveillants s'arrêtent quand l'autre ne réagit plus.
Certains parents opteront pour parler de racisme
avant que l'enfant ne vive de telles situations. Il s'agit dans ce cas-là
d'être bien attentif pour ne pas créer de la méfiance
inutile.
Une autre façon d'aider nos enfants, c'est
le modèle parental d'affirmation de soi. Lorsque la situation l'exige,
osons-nous exprimer nos émotions négatives, confronter les
autres? Il m'apparaît assez difficile d'outiller nos enfants dans
un domaine où nous sommes guidés par la peur (peur de déplaire,
peur du rejet). Ainsi, en travaillant à nous affirmer, la famille
dans son ensemble en ressentira les bienfaits.
Les taquineries portent souvent sur les différences.
Les enfants qui niaisent continuent à le faire seulement lorsque
ça porte fruits i.e. que celui qui en est la cible pleure, se fâche...
Il importe dans de telles situations d'être
à l'écoute de notre enfant et de l'aider, si nécessaire,
à trouver des moyens concrets pour faire face au conflit. L'aider
à comprendre ce qu'il vit et l'outiller à y réagir
ultérieurement lui permettront de sentir qu'il a du pouvoir sur
l'événement.
Une bonne estime de soi, une capacité de s'affirmer
de même qu'une certaine connaissance de soi seront toujours des
outils utiles, peu importe les situations.
Nos enfants: eux-mêmes porteurs de préjugés!
Eh oui! nos propres enfants sont eux-mêmes porteurs
de préjugés.
Ainsi, certains parents d'entre nous entendront-ils
de la bouche de leur enfant: «Tu n'es pas ma vraie mère».
Ça peut être agaçant, choquant comme réplique,
je vous l'accorde! Il s'agit toutefois de garder notre calme et de comprendre
la situation. Quel était le problème avant cette réplique?
Qu'est-ce qui a amené cette réaction de la part de l'enfant?
Il importe donc de régler les problèmes les uns après
les autres.
La remarque nécessite toutefois une clarification.
Il sera tantôt pertinent de vérifier la motivation de l'enfant
à dire cela; tantôt opportun de lui dire qu'il ne faut pas
changer le problème de place. Tentez à tout prix d'éviter
de culpabiliser l'enfant en lui disant quelque chose comme «Comment
peux-tu me dire ça, moi qui...» ou de le dévaloriser
par l'intermédiaire de ses parents de naissance.
Premier jour d'école
Voici quelques événements survenus à
l'école à des enfants d'origine chinoise. On est le premier
jour d'école dans une classe de deuxième année. Les
jeunes sont installés par groupe de cinq autour de leur pupitre.
Un petit garçon s'adresse à Catherine
et Nadia * (originaires de Chine) et leur dit: «Les Chinoises sont
toutes des connes». Perplexes mais fortes de leur complicité
d'amies, elles s'adressent tout de suite à leur enseignante pour
lui relater le fait. Elles agissent donc affirmativement, évitant
ainsi de vivre en victimes.
Quelle chance lorsqu'une amitié se développe
entre individus ayant un vécu similaire. Dès 6-7 ans, les
enfants sont capables de partager leur expérience et trouvent parfois
chez l'autre un écho, un miroir.
Dans une situation similaire, un petit garçon
avait présenté Catherine * à l'enseignante en lui
disant qu'elle était adoptée. Dans ce dernier cas, il n'y
avait pas de méchanceté de la part de l'enfant. Il associait
Catherine à avoir été adoptée.
Des incidents de la sorte se passent plus ou moins
souvent. Force nous est de constater que nous avons un pouvoir très
relatif sur autrui et davantage de pouvoir sur nos réactions personnelles.
C'est donc sur ce dernier point que nous devons davantage porter notre
attention: apprendre à bien réagir nous-mêmes lorsque
nous sommes témoins de telles situations et outiller nos enfants
à faire face aux préjugés.
* Les noms utilisés sont fictifs.
Texte publié dans l'Orient Express, journal de l'association des familles
Québec-Asie
LISE DENIS
psychologue
Thérapie individuelle et conjugale, difficultés
reliées à l'adoption
37 Grace Shantz
Kirkland (Québec)
H9J 3A4
Tél.: 5l4-695-9225
Date de publication: mai 2006
© Copyright - 2012Tous droits réservés. URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/psycho3.php Dernière modification : 6 février 2010
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