|
Ma fille est très timide. Cela m'inquiète.
Une maman m'écrit:
«Ma fille de 5 l/2 ans est très timide
face à son entourage (parenté, monitrice de garderie, personnes
étrangères). Elle ne veut jamais dire son nom ou son âge
et ne me parle même pas si elle est en présence d'étrangers
même si c'est pour me faire connaître ses besoins.
Elle commence sa maternelle et ma crainte est très
grande face à cette timidité. Je lui parle et lui explique
pourquoi elle doit répondre lorsqu'on lui adresse la parole mais
rien n'y fait, son attitude ne change pas.
Sa soeur âgée de 7 1/2 ans n'a jamais eu
cette période de timidité. D'où provient cette timidité?
Est-ce un trait dominant de son origine chinoise? Elle avait l an à
son adoption.»
Vous me décrivez brièvement la timidité
de votre fille et dites vous inquiéter pour elle. Pour avoir une
meilleure idée de la situation, il s'agit d'évaluer l'intensité
de la gêne de même que certains autres critères.
Regardons ensemble si la timidité de votre
fille correspond aux critères diagnostiques suivants:
- Retrait persistant et excessif vis-à-vis des étrangers.
- Désir d'affection et d'acceptation de la part d'autrui et,
d'une façon générale, relations chaleureuses et
satisfaisantes avec les membres de la famille et d'autres personnes
familières.
- Conduite d'évitement suffisamment sévère pour
retentir sur le fonctionnement social dans les relations avec les camarades
du même âge.
- Âge de l'enfant: au moins 2 ans et demi.
- Durée des troubles: au moins 6 mois.
(critères diagnostiques tirés du DSM-III)
Si les réponses sont affirmatives à
ces cinq points, le diagnostic suivant peut être posé: évitement
de l'enfance. La principale caractéristique de ce trouble est le
retrait persistant et excessif vis-à-vis des étrangers.
En présence de personnes autres que celles du réseau familial
habituel, l'enfant perd sa capacité d'initiative. Même s'il
est intéressé à ce qui se passe, il est incapable
d'y participer. On retrouve souvent associés à ce qui précède
un manque de confiance en soi et une difficulté d'affirmation de
soi.
Toutefois, si votre fille a de la difficulté
à créer des liens extérieurs à la famille
mais y réussit quand même, on parlerait alors d'une «enfant
socialement réticente». Cela témoignerait d'un niveau
d'anxiété sociale moindre que dans le cas précédent.
Quelles sont les souffrances à la source de
cette difficulté? Une investigation plus approfondie serait nécessaire
pour comprendre davantage la situation. Les facteurs explicatifs reliés
au caractère chinois sont toutefois exclus. Les caractéristiques
semblant appartenir à un peuple, à une époque spécifique,
relèvent de facteurs culturels, de l'apprentissage et non de l'inné.
Regardons ensemble comment aider votre fille actuellement?
- En encourageant tous les liens affectifs existants. Si elle est amie
avec un autre enfant, favoriser les rencontres. L'aider à reprendre
contact avec l'autre. Il en est de même pour les relations avec
d'autres adultes i.e. favoriser et augmenter la fréquence des
rencontres avec les personnes significatives.
- Quand dans les rencontres sociales, elle vous semble inquiète,
reformulez cette anxiété. A titre d'exemple: une personne
aborde votre fille. Celle-ci se colle à vous et ne lui répond
pas. Vous pourriez lui dire: «C'est difficile pour toi de répondre
à ........ Ça te gêne.»
- N'insistez pas pour qu'elle réponde; insister pourrait augmenter
inutilement son niveau d'anxiété. Bien que ça puisse
sembler banal de répondre à une simple question, c'est
très demandant pour votre fille actuellement.
- Quand vous êtes seule avec elle, vous pouvez revenir sur la
situation stressante. L'utilisation du jeu de rôles (marionnettes,
poupées...) peut faciliter l'exploration. Revivre dans le jeu
la situation difficile aide à résoudre les problèmes.
C'est d'ailleurs une façon que les enfants découvrent
intuitivement par eux-mêmes. Exemple de jeu: deux animaux se rencontrent.
Un est très timide. Il a le goût de se cacher... Qu'est-ce
qui peut bien se passer dans son coeur? Que peut-on faire pour l'aider?
Autre situation possible: elle est la maman et elle veut aider sa petite
fille à parler à quelqu'un d'autre. Que pourrait dire
la maman? Vous pouvez vous-même trouver diverses mises en situation
qui pourraient l'aider à cerner et vaincre graduellement ses
peurs.
- Soyez attentive à ce que les comportements de votre enfant
font naître en vous: de la peur, des déceptions, de la
frustration, de l'incompréhension... et accueillez ces émotions
sans vous juger.
Si les comportements d'évitement sont très
invalidants et qu'ils persistent, il sera alors important de consulter
en psychothérapie. Il faut se souvenir que plus l'aide vient tôt,
moins les blessures de l'âme persistent, s'aggravent et s'accumulent
dans l'inconscient.
Texte publié dans l'Orient Express, journal de l'association des familles
Québec-Asie
LISE DENIS
psychologue
Thérapie individuelle et conjugale, difficultés
reliées à l'adoption
37 Grace Shantz
Kirkland (Québec)
H9J 3A4
Tél.: 5l4-695-9225
Date de publication: mai 2006
© Copyright - 2012Tous droits réservés. URL=http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/psycho8.php Dernière modification : 6 février 2010
|