La recherche d'antécédents et les retrouvailles
Le cas de l'adoption internationale

 

    En adoption internationale, la recherche d'antécédents par les enfants adoptés et les retrouvailles de leurs parents de naissance constituent une réalité émergente. Alors que de 1940 à 1970 environ 300 000 enfants ont été confié en adoption au Québec, de 1970 à 1990, seulement environ 2000 enfants ont été adoptées à l'étranger par des familles québécoises (100 par année pour les 20 ans, la moyenne était de 240 par an de 1983 à 19990). Cependant, plus récemment, de 1990 à 2005, environ 13 000 enfants ont été adoptés à l'étranger, en moyenne 812 par an.

Les personnes qui oeuvrent dans le domaine de la recherche d'antécédents estiment qu'environ 10 à 15% des personnes adoptées entreprennent la recherche de leurs parents de naissance lorsqu'elles arrivent à l'adolescence ou à l'âge adulte. Au Québec, les jeunes peuvent entreprendre ces recherches dès l'âge de 14 ans sans le consentement des parents adoptifs. Puisqu'il se fait environ 775 adoptions internationales par an au Québec en 2005-2006, on peut estimer que chaque année au moins une centaine d'enfants adoptés à l'étranger rechercheront leurs antécédents. Et tous les autres 750 adolescents de la cohorte annuelle vivront leur recherche d'identité, laquelle est bien particulière pour un adolescent adopté.

En tant que parent adoptif, il est normal d'être inquiet devant la possibilité que votre enfant veuille retrouver ses «vrais parents». Vous pouvez aussi être tenté de mettre tout cela de côté, en vous disant qu'on verra bien en temps et lieu. Toutefois, la recherche d'antécédents et les retrouvailles des parents de naissance font nécessairement partie de votre choix d'adopter un enfant. Plutôt que de refuser cette réalité, mieux vaut vous y préparer dès maintenant; il n'est jamais trop tôt. Cette page ne prétend pas résoudre toutes les difficultés de cette problématique, elle veut simplement vous sensibiliser à cet aspect incontournable de l'adoption internationale.

Les craintes des parents adoptifs


    La possibilité que l'enfant adopté veuille chercher ses parents de naissance soulève toutes sortes de préoccupations chez les parents adoptifs et elle peut susciter des réactions émotives et de l'appréhension. Globalement, on pourrait dire que c'est une grande peur de l'inconnu: qu'est-ce qui va se passer? Bien difficile de le prédire et probablement que tout est possible. En tout cas, une chose est certaine: on a plus de chances de bien vivre cette situation si on y a réfléchi que si elle nous prend par surprise. Voici quelques-uns des sentiments qu'on peut connaître:

  • La remise en question. Pour quelles raisons a-t-on adopté? Qu'elles étaient nos motivations? Est-ce qu'on a eu tord d'éloigner l'enfant de son pays natal? A-t-on agi par égoïsme? Est-ce qu'il aurait été mieux de rester là-bas?

  • Le sentiment d'abandon. Après toutes ces années consacrées à lui, est-ce qu'on va devoir partager notre enfant avec les parents naturels? Est-ce qu'on va perdre son amour? Est-ce qu'il voudra retourner dans son pays? Est-ce qu'il voudra retourner dans sa communauté et nous ignorer?

  • L'ambivalence. «Ce n'est pas mon problème s'il veut chercher des mondes hypothétiques, il se débrouillera tout seul. Mais, au fond, je l'aime alors je devrais l'aider dans ses recherches.»

  • L'instinct de protection. Peut-être est-il mieux qu'il ne sache pas? Peut-être qu'il n'aimera pas ce qu'il va trouver? Qu'il pensera qu'il a eu trop de chance et qu'il se sentira coupable que sa famille d'origine soit si défavorisée?

  • La peur des conséquences. Est-ce qu'il faudra entretenir des relations avec les parents de naissance? Qu'est-ce qu'ils demanderont? Est-ce qu'ils viendront ici ou devra-t-on aller les rencontrer?

Voilà quelques exemples et vous avez sans doute d'autres questions, d'autres craintes. Quelque soient ces appréhensions, il n'y a pas de réponses toutes faites: vous devez trouver vos propres réponses.

D'une part, il ne faut sans doute pas forcer l'enfant dans sa démarche. Il ne servirait à rien de le pousser à entreprendre une recherche d'antécédents: il doit en ressentir le besoin. D'autre part, les parents adoptifs ont le droit d'être mal à l'aise face à cette démarche.

En fin de compte, il faut se convaincre qu'on ne peut pas tout contrôler et peut-être que le moyen le plus sûr, pour que tout se passe bien, c'est d'en parler avec notre enfant. Si la communication reste bonne, parents et enfants trouveront des solutions à tous les problèmes, du moins espérons-le.
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La difficulté de la recherche d'antécédents
en adoption internationale


    La recherche des antécédents en adoption internationale pose des problèmes particuliers qui ne sont pas rencontrés en adoption interne. D'abord, les recherches doivent se faire dans deux pays: le pays d'adoption et le pays d'origine. Ensuite, il faut composer avec les lois de ces pays ainsi qu'avec les différences de langues et de cultures.

Pour que cette recherche d'antécédents ait plus de chances de succès, il est primordial que les parents adoptifs y contribuent dès l'adoption en conservant précieusement toutes les informations qu'ils auront pu recueillir sur la famille d'origine de l'enfant adopté. En effet, les documents obtenus durant le processus d'adoption constituent la base de la recherche d'antécédents: certificat de naissance, rapports sur la situation familiale, document concernant le consentement à l'adoption, examen médical, etc. Tous ces documents peuvent fournir des pistes de recherche.

Par ailleurs, le Secrétariat à l'adoption internationale du Québec (SAI) voit à la conservation des dossiers d'adoption internationale en collaboration avec les organismes agréés. Les dossiers d'adoption du SAI sont microfilmés et conservés à Québec. De plus, depuis le printemps 1997, les organismes agréés envoient graduellement au SAI les dossiers complétés depuis un certain temps; ils sont alors fusionnés avec ceux du SAI et envoyés pour conservation.

Aperçu des possibilités de retrouvailles
dans divers pays
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Chine

Pas de retrouvailles possibles, la majorité des enfants sont abandonnés sans aucune information sur les parents de naissance.

Colombie

Depuis 1993, la loi ne permet pas les retrouvailles. Les adoptants ont parfois le nom de famille de l'enfant.

Corée du sud

Possibilités de retrouvailles. Infrastructures mises en place par le bien-être social.

Haïti

Possibilités de retrouvailles. Très bien accepté et souhaité; des retrouvailles ont été réalisées.

Inde

Peu de possibilité de retrouvailles. Majorité des enfants abandonnés.

Philippines

Possibilités de retrouvailles. Il y a une étude sociale de l'enfant. Les adoptants ont parfois le nom des parents de naissance mais ceux-ci ignorent dans quel pays l'enfant a été adopté.

Roumanie

Possibilités de retrouvailles. Les parents adoptifs connaissent l'identité des parents de naissance et l'histoire sociale de l'enfant.

Taiwan

Possibilités de retrouvailles. Infrastructures en place.

Thaïlande

Peu de possibilité de retrouvailles. Majorité des enfants abandonnés sans trace des parents.

La Convention de la Haye prévoit que les autorités centrales des pays signataires mettent en place des mécanismes pour rendre possible les retrouvailles. Pour l'instant, lorsqu'il y a une demande, les dossiers sont traités par les Centres Jeunesse régionaux qui s'occupent des retrouvailles dans le cas des adoptions réalisées au Québec. On connaîtra la procédure retenue en ce domaine lorsque la loi québécoise sera adaptée à la Convention de la Haye.

Dans le futur, il sera donc possible de s'adresser au SAI, ou à un autre organisme le cas échéant, pour entreprendre des recherches d'antécédents. Selon les cas d'adoption, il est possible que les dossiers contiennent certains documents que les parents adoptifs n'ont pas eus en main (par exemple, des documents officiels échangés avec les autorités étrangères) et, vice versa, les parents peuvent avoir eu des informations additionnelles en se rendant dans le pays.

En ce qui concerne la recherche d'antécédents dans les pays d'origine, la situation dépend du pays et bien sûr des conditions dans lesquelles l'enfant a été adopté. D'abord, dans certains pays, la loi ne permet pas les retrouvailles. De plus, beaucoup d'enfants sont abandonnés sans information sur l'identité des parents de naissance. Souvent, la date de naissance et donc l'âge de l'enfant sont fictifs ou approximatifs. De plus, le lieu de la naissance peut aussi être erroné ou inconnu. Par contre, il est aussi possible que certains intervenants dans le processus, par exemple, les avocats étrangers et bien sûr les autorités gouvernementales, disposent de certains renseignements.Haut de la page

Les besoins des personnes adoptées 1


    Les raisons profondes qui motivent les personnes adoptées à s'engager dans un processus de recherche d'antécédents et éventuellement de retrouvailles sont variées: raisons médicales, difficultés de fonctionnement personnel, quête d'identité et d'appartenance, etc. À juste titre, les personnes adoptées se posent une foule de questions. Ressentant un vif besoin de connaître leurs origines, les adoptés s'engagent dans une démarche difficile, sans trop être conscient des conséquences de celle-ci, sur eux-mêmes comme sur les deux familles en cause. De plus, il leur est parfois difficile d'accepter que les parents de naissance aient le droit de refuser ces retrouvailles.

En adoption internationale, la démarche comporte plusieurs écueils. D'abord, il y aura la barrière de la langue du pays d'origine. Plus profondément, la recherche des antécédents souligne inévitablement la différence de l'adopté: il ne possède pas la culture du pays d'origine et les retrouvailles ne réduiront pas cette différence. Par ailleurs, la recherche d'antécédents peut avoir plusieurs conséquences pour l'enfant adopté:

  • la possibilité de vérifier enfin des ressemblances;
  • la connaissance de la vérité sur son histoire personnelle; pourquoi les parents naturels l'ont-ils confié en adoption?
  • la réduction du sentiment de vide laissé par l'abandon, la guérison au moins partielle de cette blessure intérieure;
  • l'apaisement de la colère qu'il a pu ressentir;
  • la création de nouveaux liens;
  • l'affrontement de la réalité de sa famille d'origine, que l'enfant aura peut-être idéalisée; Haut de la page

Les conséquences pour les parents de naissance 1

    Dans le contexte de l'adoption internationale, il serait facile d'oublier les parents naturels. Après tout, ils sont si loin. Pourtant, ils ressentent certainement les mêmes sentiments que la plupart des parents occidentaux ayant confié leur enfant en adoption: deuil permanent, culpabilité, honte, colère, sentiment d'abandon, etc. Comme pour l'enfant adopté, la possibilité d'être retrouvés par leur enfant peut avoir plusieurs conséquences:

  • la possibilité de satisfaire enfin le besoin de savoir si l'enfant est heureux, ce qui lui est arrivé, etc.;
  • l'occasion d'exprimer sa reconnaissance aux parents adoptifs;
  • la chance d'assouvir le désir de créer des liens avec l'enfant;
  • la possibilité de fournir des réponses aux questions de l'enfant concernant ses origines;
  • l'affrontement de la réalité sur la vie de l'enfant;
  • la fin du rêve d'un enfant peut-être imaginé trop parfait;
  • la découverte de la vérité, de l'enfant tel qu'il est;
  • la guérison d'une blessure intérieure
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Les organismes d'aide et de soutien

    La présente page n'est qu'un aperçu: afin d'en savoir plus au sujet de la recherche d'antécédents et des retrouvailles, vous pouvez vous adresser aux organismes qui oeuvrent en ce domaine. Outre les Centres jeunesse, il existe au Québec deux organismes sans but lucratif qui aident les personnes et les familles dans la recherche des antécédents et les retrouvailles éventuelles. Il s'agit du Mouvement retrouvailles et du G.F.R.A., Groupes Familiaux de Retrouvailles Apprivoisés. Ils ont chacun leur vocation propre et collaborent en plusieurs domaines.

Fondé en 1983, le Mouvement retrouvailles vise à rendre plus efficaces les démarches d'ordre technique utilisées en vue des retrouvailles. Leur mission est d'abord de revendiquer des changements législatifs et administratifs pour faciliter le processus des retrouvailles. Il organise aussi des rencontres afin d'informer et de favoriser les échanges entre les adoptés et les parents, biologiques ou adoptifs. Enfin et surtout, le Mouvement Retrouvailles gère une banque de plus de 12000 noms de personnes cherchant leurs parents ou leur enfant. Cette banque permet au mouvement de vérifier la concordance entre les dossiers des enfants et des parents afin de les réunir. Le Mouvement Retrouvailles a des antennes régionales un peu partout au Québec

Par ailleurs, les Groupes Familiaux de Retrouvailles Apprivoisés, ayant obtenus leur charte en 1990, sont plutôt des groupes d'entraide, réunis pour offrir des services de soutien et d'échange. Ils contribuent à ce que leurs membres puissent vivre leur recherche d'antécédents et leurs retrouvailles d'une façon harmonieuse, qu'elles soient complètement réalisées ou non. Le volet de soutien psychosocial de l'organisme comprend une série d'activités et d'ateliers constituant un programme d'aide complet touchant la préparation, l'accompagnement et le suivi de la démarche des participants. Ce programme est assuré par des professionnels: psychologues, psychosociologues sociaux et sexologues.

Des rencontres socioculturelles sont aussi organisées afin de favoriser la création et le maintien de liens entre les membres des G.F.R.A. et de renforcer leurs motivations à poursuivre leur démarche. L'organisme offre aussi des services de soutien technique tel que la transmission de renseignements et de conseils sur les procédures de recherche d'antécédents et de retrouvailles. Leur clientèle se compose de personnes adoptées, non adoptées, de parents de naissance et de parents adoptifs, tant au niveau local qu'international. On peut rejoindre l'organisme aux coordonnées suivantes:

Organisme principal dans le domaine
de la recherche d'antécédents et des retrouvailles

Mouvement Retrouvailles


Notes

Information obtenue des Groupes Familiaux de Retrouvailles Apprivoisés, un organisme sans but lucratif québécois actif dans le support psychosocial à la recherche d'antécédents et aux retrouvailles.

 

Source: Dessine-moi une famille, Actes du Colloque Adoption 94, Saint-Hyacinthe, 11 et 12 novembre 1994, Secrétariat à l'adoption internationale, Ministère de la Santé et des Services sociaux, Gouvernement du Québec, page 214.

Autres ressources:

 

Recherches et Retrouvailles: site québécois de recherche des racines familiales ou leurs enfants. Il offre des forums de discussions, des annonces gratuites et aussi des annonces payantes. Adresse: www.recherchesretrouvailles.com

 

 

L’accompagnement des retrouvailles: la pratique professionnelle du quebec, Mission au Québec du 30 mars au 6 avril 2003, par Marie-Christine Le Boursicot, Jeannine Harari, Laurence Prévot. Conseil national pour l’accès aux origines personnelles, 10 / 16, rue Brancion, 75015 – Paris

   

Forum :

Adoption, Émotions, Retrouvailles

     

Rédaction: Gilles Breton


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