Le sommeil des enfants adoptés
Le sommeil des enfants constitue souvent un « cauchemar »
pour les parents et il ne faut pas se le cacher. L’arrivée
d’un tout-petit dans la maison, qu’il soit adopté
ou non, demande nécessairement une adaptation de la part de tous
les membres de la famille. Le sommeil de l’enfant adopté
peut représenter un défi supplémentaire et il est
important de bien comprendre son fonctionnement afin de pouvoir adopter
de saines habitudes pour l’enfant et pour nous-mêmes comme
parent.
Ce texte vous aidera à mieux comprendre le sommeil et son architecture.
Il vous aidera à reconnaître les principaux problèmes
qui peuvent survenir durant l’enfance, particulièrement
les cauchemars et les terreurs nocturnes. Finalement, il vous aidera
à trouver des solutions aux problèmes que votre enfant
expérimente.
Mieux comprendre le sommeil
Pourquoi dort-on?
Bien que les chercheurs ne connaissent pas tous les mystères
du sommeil et son utilité pour la santé des êtres
vivants, ils savent néanmoins qu’il a une fonction de restauration
physique et psychologique. Dormir est une nécessité pour
la survie de toute personne, peu importe son âge. L'être
humain doit satisfaire son besoin de dormir pour prévenir la
fatigue, réduire le stress et maintenir un niveau d'énergie
suffisant pour parfaire ses activités de tous les jours. Il est
connu qu’une privation totale de sommeil chez les animaux en laboratoire
provoque inévitablement leur mort après une période
variant de dix à trente jours (Rechtschaffen, Bergmann, Everson,
Kushida, & Gilliland, 2002). L'épuisement par la privation
de sommeil entrave le bon fonctionnement du système immunitaire
et empêche la défense contre les bactéries (Bader,
1993). Un enfant qui ne dort pas suffisamment peut donc ressentir plusieurs
symptômes durant la journée tels que la fatigue, de l’anxiété
et de l’irritabilité. De plus, son système immunitaire
risque de moins bien fonctionner.
L’architecture du sommeil
Pour mieux comprendre le sommeil de votre enfant, il est intéressant
de mieux en connaître les phases. Il y existe deux types de sommeil
: le sommeil lent et le sommeil paradoxal. Le sommeil lent
comporte quatre stades allant d’un sommeil très léger
(stade 1) à un sommeil profond (stade 4). Le stade 1 correspond
ni plus ni moins à la période d’endormissement.
À ce stade, l’enfant peut avoir conscience de ce qui se
passe autour de lui. Ce stade est de courte durée et est suivi
rapidement par le stade 2 correspondant au sommeil réel. Surviennent
ensuite les deux stades de sommeil profond (stades 3 et 4). À
ce moment, il devient plus difficile de réveiller votre enfant.
Le sommeil profond survient en plus grande proportion durant le premier
tiers de la nuit.
Le sommeil paradoxal ou sommeil des mouvements oculaires
rapides (REM) diffère considérablement du sommeil lent
par la nature de ses ondes. En fait, durant le sommeil paradoxal, le
cerveau de l’enfant qui dort semble éveillé, les
mouvements oculaires sont plus rapides et les battements de cœur
s’accélèrent. C’est aussi la période
des rêves et des cauchemars. Contrairement au sommeil profond,
le sommeil paradoxal apparaît en plus grande proportion à
la fin de la nuit, soit durant le dernier tiers. Durant une nuit normale,
le dormeur, enfant ou adulte, alterne entre le sommeil lent (1 à
4) et le sommeil paradoxal. Ces deux types de sommeil forment ce qu’on
appelle un cycle de sommeil qui dure entre 90 et 120 minutes selon les
personnes. Pour la plupart des personnes, 4 à 5 cycles sont nécessaires
pour obtenir un repos bien mérité. Selon son âge,
l’enfant peut avoir plus de 5 à 6 cycles par nuit. Le nouveau-né
quant à lui a un sommeil plus morcelé, il dort plus longtemps
(15 à 18 heures par période de 24 heures) et son sommeil
est réparti durant le jour et la nuit. Au fur et à mesure
qu’il grandit, le sommeil de jour devient plus court, les périodes
d’éveils durant la journée s’allongent et
le sommeil de la nuit devient plus continu.

Quelques problèmes possibles de sommeil chez
l’enfant
Plusieurs
problèmes de sommeil peuvent survenir chez l’enfant. On
estime qu’entre 20 et 25 % des enfants âgés entre
un an et 5 ans ont des problèmes de sommeil. Nous expliquerons
dans ce court texte, les problèmes les plus souvent rapportés
par les parents : les problèmes d’endormissement et d’éveils
fréquents la nuit, les terreurs nocturnes et les cauchemars.
Difficultés à s’endormir
seul et éveils fréquents la nuit
Le problème qui est sans doute le plus souvent rapporté
par les parents est la difficulté qu’a leur jeune enfant
de s’endormir seul et de se rendormir après un éveil
nocturne. Il s’agit d’un apprentissage normal que l’enfant
doit faire et que le parent doit encourager. Naturellement, lorsqu’on
adopte un enfant, il nous manque un petit bout de son histoire. Un enfant
adopté a été soit en orphelinat ou en famille d’accueil.
Dans un cas, comme dans l’autre, il est fort probable qu’il
n’ait jamais dormi seul dans une chambre. L’apprentissage
doit être progressif, mais l’enfant devra apprendre à
dormir seul dans sa chambre. Pour certains enfants, cet apprentissage
sera facile, alors que pour d’autres, il sera très difficile.
Au début de l’adoption, il peut être préférable
de conserver les habitudes antérieures de l’enfant, si
on les connaît afin de favoriser les liens d’attachement.
Avoir le lit de l’enfant proche de notre lit peut être une
solution temporaire tout en évitant de dormir dans le même
lit. On peut éloigner petit à petit le lit de l’enfant
du nôtre pour le rapprocher de sa chambre. Certains enfants s’y
habitueront graduellement.
Quoi faire si notre enfant ne s’endort
pas seul?
- Établir un horaire régulier (heure du coucher, heure
des repas, de la sieste). De préférence, l’heure
du coucher doit être toujours la même.
- Établir une routine ou un rituel du coucher (prendre le bain,
brosser les dents, mettre le pyjama, raconter une histoire, chanter
une chanson, faire un câlin, etc.).
- Être constant dans la façon de faire. Il est préférable
de coucher l’enfant directement dans son lit, de lui souhaiter
bonne nuit et de se retirer de la chambre. L’enfant doit apprendre
à s’endormir seul. Il faut aussi éviter d’endormir
l’enfant dans nos bras.
- Si l’enfant ne s’est jamais endormi seul, il existe
deux méthodes pour l’aider. Il n’est pas recommandé
d’utiliser ces méthodes si vous sentez que la relation
d’attachement n’est pas encore bien installée (généralement
6 mois à un an à partir du moment de l’adoption).
La méthode directe qui consiste à laisser l’enfant
pleurer et à ne pas retourner dans la chambre.
Cette méthode est considérée comme la plus efficace,
cependant, elle est assez drastique et probablement moins appropriée
dans le cas d’une adoption. La méthode progressive par
contre est plus longue, mais probablement moins traumatisante pour
l’enfant et pour le parent. Elle consiste à coucher l’enfant
et se retirer de la chambre puis retourner pour rassurer l’enfant
en augmentant le délai de retour. Par exemple, le premier retour
à la chambre pour rassurer l’enfant peut se faire après
5 minutes, attendre ensuite 10 minutes, puis 15 minutes, 20 minutes,
et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’enfant s’endorme
de lui-même.
L’enfant peut pleurer longtemps avant de s’endormir. Il
faut s’armer de patience dans certains cas. Cela peut prendre
plusieurs nuits, voire même plusieurs semaines chez les enfants
plus tenaces. Comme parent, il vaut mieux être préparé
à affronter le pire et avoir du soutien de son conjoint ou
de sa conjointe, ou encore d’un membre de la famille. Cette
situation n’est pas unique à un enfant adopté
bien sûr, mais l’enfant adopté peut être
plus anxieux par rapport au coucher. Il faut donc être patient
tout en étant ferme.
Terreurs nocturnes
Si votre enfant laisse échapper un cri perçant durant
la nuit, qu’il s’assoit et hurle, qu’il a les yeux
ouverts et semble éveillé, il fait probablement une terreur
nocturne. Les terreurs nocturnes se passent durant le sommeil
lent profond, la plupart du temps durant les premières
heures après le coucher.
Les symptômes des terreurs nocturnes incluent la respiration
et les battements cardiaques rapides, la confusion, l’agitation
et l’impossibilité d’être consolé. Le
lendemain matin, l’enfant n’aura aucun souvenir de son épisode.
Les terreurs nocturnes sont semblables au somnambulisme. Elles sont
considérées comme des troubles de suractivation électrophysiologique
et sont associées à un cerveau immature. Elles sont plus
fréquentes lorsque l’enfant est privé de sommeil
ou que son horaire de sommeil est perturbé. Elles peuvent aussi
survenir lorsque l’enfant fait de la fièvre. L'épisode
est habituellement unique, dure 1 à 20 minutes et l'enfant se
rendort spontanément.
Ce trouble a une tendance héréditaire et disparaît
généralement à la puberté (Guilleminault,
Palombini, Pelayo, & Chervin, 2003). Les terreurs nocturnes
ne sont pas associées aux stress vécus par l’enfant
contrairement aux cauchemars qui peuvent l’être.
Quoi
faire si notre enfant a des terreurs nocturnes?
- Il ne faut pas réveiller l’enfant, car cela risque
d’aggraver la situation.
- Il faut s’assurer que l’enfant ne risque pas de se
blesser et lui prodiguer des paroles rassurantes.
- Il faut éviter toutes activités stressantes au moins
deux heures avant le coucher.
- Si les terreurs nocturnes sont accompagnées de somnambulisme,
il faut tout simplement ramener l’enfant vers son lit en le
dirigeant et en le rassurant.
- Pour prévenir les terreurs nocturnes, il faut :
- Un nombre d’heures de sommeil suffisant pour l’enfant.
- Le respect de la routine.
- Une période paisible et calme avant le coucher.
Si l’enfant vous répond de façon cohérente,
c’est qu’il est réveillé. Dans ce cas, il
est fort probable qu’il ait fait un cauchemar et non une terreur
nocturne.
Cauchemars
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| Il n'y a pas de différence fondamentale dans le sommeil
des enfants adoptés. Par exemple, les terreurs nocturnes
n'ont aucun lien avec l'adoption ou les traumatismes vécus.
La plupart des parents ont des problèmes avec l'endormissement
et les éveils nocturnes de leur enfant. C'est peut-être
plus fréquent pour un enfant adopté, mais ces données
ne sont pas disponibles. À l'arrivée, l'enfant adopté
a des habitudes qui influencent son sommeil. Dormir dans un dortoir
avec 10 autres enfants est différent de dormir seul dans
une chambre. Alors, une adaptation est nécessaire. Il n'y
a rien de sorcier, il faut être patient et y aller au rythme
de l'enfant.
Le seul aspect qui est vraiment différent, ce sont les
cauchemars. L'enfant adopté, s'il a vécu des traumatismes
peut avoir des cauchemars. Ce ne sont pas seulement les enfants
adoptés qui peuvent avoir vécu des traumatismes,
mais peut-être qu'ils ont plus de chance d'en avoir eu.
Lorsqu'on soupçonne un syndrome post-traumatique, les parents
doivent consulter. |
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Les cauchemars sont de mauvais rêves qui réveillent l’enfant,
le laissent angoissé et apeuré. Les cauchemars comportent
des scènes dans lesquelles peuvent survenir des histoires farfelues,
des poursuites, des chutes ou autres. Comme nous l’avons dit précédemment,
les cauchemars surviennent durant la période de sommeil paradoxal
et se produisent principalement dans la deuxième partie de la
nuit. Un cauchemar amène généralement le réveil
de l’enfant qui retrouve rapidement une conscience normale et
peut raconter ce mauvais rêve. La présence de détresse
émotionnelle ou d’anxiété peut retarder le
retour au sommeil.
Les cauchemars sont favorisés par le stress ou par des facteurs
physiques (maladies infantiles, fièvre ou autre). Dans la plupart
des cas, les cauchemars accompagnent le développement psychologique
normal et les expériences de vie de l'enfant (angoisse de séparation,
rivalité fraternelle, pulsions, etc.). Cependant, dans environ
5 % de la population générale, les cauchemars surviennent
de façon récurrente. Plusieurs facteurs peuvent en être
à l’origine, mais l’anxiété excessive
et le stress en sont les principales sources. Les cauchemars fréquents
sont communs chez les personnes victimes d’événements
traumatiques – abus ou violence, désastre naturel, accident
grave, expérience de guerre, etc.(Morin, 1997).
Quoi
faire lorsque notre enfant fait un cauchemar?
- Il faut le rassurer, lui permettre d’exprimer
ses sentiments ou de raconter son cauchemar si son âge le permet
afin de lui permettre de retrouver le sommeil.
- Il faut lui expliquer que c’est un mauvais
rêve qu’il vient de faire. Il vaut mieux que l’enfant
affronte le cauchemar et qu’il se sente suffisamment armé
pour y faire face. Il aura besoin de se sentir en sécurité
pour se rendormir.
- Faire un cauchemar de temps en temps est tout à fait normal,
mais c’est la répétition des cauchemars qui peut
représenter un problème.
- Il faut éviter toutes activités stressantes au moins
deux heures avant le coucher.
- Il faut réduire le plus possible toutes les possibilités
d’événements stressants durant la journée
pour l’enfant.
- Certains cas particuliers, comme les cauchemars post-traumatiques
survenant chez des enfants victimes d'accident grave ou d'événement
violent, nécessitent un suivi psychologique spécifique
et parfois prolongé.
En résumé, les problèmes de sommeil sont fréquents
chez les jeunes enfants, mais il est plutôt rare que ceux-ci indiquent
une perturbation psychologique grave. L’enfant a besoin d’une
routine pour établir de bonnes habitudes de sommeil. Parmi les
bonnes habitudes à acquérir, l’enfant a besoin d’apprendre
à dormir et à se rendormir seul. Quant aux terreurs nocturnes,
elles sont fréquentes chez le jeune enfant et sont le signe d’un
cerveau encore immature. Les cauchemars peuvent être plus inquiétants
s’ils sont répétitifs puisqu’ils reflètent
les événements stressants que l’enfant vit ou a
vécus.
J’espère que ce court texte pourra vous aider à
mieux comprendre le sommeil de votre enfant et que les moyens concrets
suggérés dans le texte vous aideront à mieux dormir.
Heureusement, la plupart des problèmes de sommeil s’atténuent
lorsque l’enfant grandit.
Références
- Guilleminault, C., Palombini, L., Pelayo, R., & Chervin, R.
D. (2003). Sleepwalking and sleep terrors in prepubertal children:
what triggers them? Pediatrics, 111(1), e17-25.
- Morin, C. M. (1997). Vaincre les ennemis du sommeil.
Québec: Les Éditions de L'Homme.
- Rechtschaffen, A., Bergmann, B. M., Everson, C. A., Kushida, C.
A., & Gilliland, M. A. (2002). Sleep deprivation in the
rat: X. Integration and discussion of the findings. 1989.
Sleep, 25(1), 68-87.
Nicole Ouellet
Professeure en sciences infirmières
à l’UQAR, spécialiste sur le sommeil et mère
de trois jeunes enfants adoptés.
© Copyright 2006 -
Nicole Ouellet - Gilles Breton Tous droits réservés.
D ate de publication: 27 novembre 2006
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/sommeil2.html
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