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| « Nos enfants ont quasiment tous été, à un moment ou à un autre de leur existence, «institutionnalisés» et donc soumis au risque dune certaine maltraitance. » |
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Comment le quotidien est-il vécu par leur famille dadoption, faut-il leur proposer des familles spécifiques ? Et, dans ce cas, quels seraient les critères à retenir ?
Comment les parents sont-ils préparés à accompagner ces enfants ? Une préparation particulière serait-elle nécessaire ?
Quel est le devenir des enfants ? Serait-il ancré à leur vécu davant ladoption ? Comment ces enfants, qui cumulent des histoires difficiles, peuvent-ils reconstruire - ou tout simplement construire - des liens affectifs solides, acquérir une bonne estime deux-mêmes, gage de leur épanouissement ?
Nous souhaitons ouvrir une réflexion sur ce thème. Notre objectif est de mieux comprendre pour mieux accompagner les familles qui nous sollicitent. Il sagit de faire le point sur les connaissances actuelles concernant les séquelles de traumatismes et les possibilités pour un enfant de « rebondir », donc de dépasser ces difficultés, ce que les chercheurs nomment « la résilience ».
Bien sûr, chaque adoption est unique, chaque cas est particulier, les statistiques nont donc aucune valeur prédictive à léchelle de lindividu. Mais, si nous prenons en compte les réflexions engagées dans le monde de la santé, les événements actuels et le vécu des familles dadoption, nous ferons peut-être avancer la cause de ces enfants et aiderons les familles qui les ont adoptés ou qui envisagent de les accueillir.
Les violences subies
Lactualité est malheureusement très fournie en matière de violences. Journaux et télévision, reflets de notre société nous renvoient des images parfois insoutenables, dénonçant certaines formes de violences tout en contribuant à les banaliser. D'autres formes de violence apparaissent peu « à la une » peut-être parce qu'elles se prêtent moins à une mise en image, certaines, même, sont tout à fait occultées, peut-être nous renvoient-elles un écho que nous refusons d'entendre, peut-être sont-elles considérées comme « normales ».
Il est important de reposer les problèmes en dehors de cette médiatisation sélective, les violences identifiées pouvant être la conséquence de violences moins visibles.
Stanislas Tomkievicz, fut un précurseur dans la dénonciation des « violences quotidiennes, de la vie ordinaire » en institution, quil définit ainsi :
« Est violence institutionnelle, toute action commise dans ou par une institution, ou toute absence d'action, qui cause à l'usager une souffrance physique ou psychologique inutile et/ou qui entrave son évolution ultérieure. Est violence à lindividu tout ce qui donne une prééminence aux intérêts de linstitution avant les intérêts de lusager ».
Nos enfants ont quasiment tous été, à un moment ou à un autre de leur existence, «institutionnalisés» et donc soumis au risque dune certaine maltraitance.
Or, chercheurs et professionnels de santé sont unanimes, les violences subies hypothèquent le devenir de la victime.
Les conséquences des violences subies
Toutefois, lintensité des séquelles dépend de nombreux facteurs, on repère par exemple quun acte de violence qui nous paraît très grave, subi une fois par la victime peut laisser moins de traces quun acte de violence qui nous paraît bien moindre mais qui est répété dans le temps.
Les conséquences de violences subies sont également liées au contexte dans lequel est exercé cette violence. Un enfant victime dinceste peut-être beaucoup plus traumatisé quun enfant victime dun viol perpétré par une personne extérieure à son entourage.
Certains auteurs évoquent une «transmission transgénérationnelle», cest à dire que limpact de traumatismes extrêmes atteint les enfants des victimes, puis les enfants de leurs enfants. Les nombreuses études conduites, par exemple, auprès de descendants de victimes de la Shoah 1 ont montré que, si la santé psychique des descendants nétait pas altérée, la transmission influençait leur caractère, ils ressentaient entre autre un fort sentiment dinsécurité.
La violence subie a des conséquences sur l'individu et, par là même, sur la société. Lionel Bailly, dans louvrage cité ci-dessus, évoque une étude réalisée au Kurdistan Irakien. Parmi les Kurdes, victimes de violences, 77% se trouvaient « plus souvent de mauvaise humeur ». L auteur sinterroge « Comment l'agressivité et ses difficultés de gestion, en devenant une constante sociale, vont influencer les réactions des enfants et leur manière de concevoir la violence? »
La résilience
Actuellement, plusieurs auteurs évoquent la capacité de l'individu à résister aux agressions de l'environnement. Une capacité différente selon chaque individu. Cette capacité, dont d'aucuns s'interrogent sur la possibilité de la développer, a été nommée «la résilience».
Ce terme est un terme de physique, qui décrit la résistance de certains métaux aux chocs. Par extension il désigne la « capacité de résister, de rebondir en face de situations adverses » .
De nombreuses observations denfants ayant vécu des situations extrêmement difficiles (notamment dans les états de guerre), ont catalysé la réflexion dans ce domaine.
Co-créateur de ce concept de résilience, Michael Rutter, professeur de psychiatrie de lenfant à Londres, le présente ainsi
« on sest rendu compte que certains enfants arrivaient à bien fonctionner même dans les situations les plus affreuses. On a réalisé que les réponses des enfants à ces situations sont extrêmement différentes : certains enfants seffondrent et vont très mal ; dautres réussissent à survivre ; et dautres semblent aller bien et deviennent peut-être même plus forts après avoir traversé de telles expériences».
Sa conclusion, dans le même article, nous interpelle particulièrement « des expériences positives dans la vie du jeune adulte peuvent créer des changements importants pour ceux qui ont vécu des enfances affreuses. ( ) Oui, cela se déroule sur toute une vie Jusquà quatre vingt dix ans ! Il nest jamais trop tard. »
La question se pose : Comment développer la résilience ? Quels facteurs peuvent la favoriser ? Plusieurs études sont en cours à ce propos.
Mais serait-il éthique de développer la résilience du seul individu sans agir prioritairement pour prévenir les formes de violence qui peuvent s'exercer sur lui ?
Les quelques articles et témoignages de ce numéro de la revue Accueil se veulent une introduction à une réflexion plus poussée et la parution dun numéro à venir exclusivement consacré à ladoption denfants victimes de violences. Nous serions très heureux de compter sur votre aide en nous adressant vos témoignages et vos réflexions.
Chantal Bernard-Putz
Témoignages:
Source:
Ce texte a été publié dans le journal de l'association française de parents adoptants « Enfance et Famiille d'Adoption (EFA) », Revue Accueil, no 4, 1999. Les personnes le souhaitant peuvent s'abonner à la revue «Accueil» (4 numéros par an) pour le prix de 250 F français pour les québécois (port compris), ce qui doit faire à peu près 60 $Can. Il suffit d'envoyer le règlement avec ses coordonnées à «Enfance et Familles d'Adoption», 3 Rue Gérando, 75009 PARIS.
Note:
La Shoah est un mot hébreu signifiant «anéantissement». Il désigne couramment le génocide juif perpétré par les nazis pendant la seconde guerre mondiale. Ce que les nazis appelaient «la solution finale» c'est-à-dire l'extermination systématique et techniquement organisée de 6 millions de juifs, hommes, femmes et enfants, déportés et assassinés simplement parce que juifs, parce que nés.
© Copyright 1999 -
Chantal Putz - Gilles Breton Tous droits réservés.
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/violences.html