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La santé des enfants
venus du Vietnam
Au centre hospitalier
universitaire de l'hôpital Sainte-Justine de Montréal,
nous recevons chaque année environ 600 enfants adoptés
à l'étranger. Ils viennent de Chine en majorité,
mais aussi d'Haïti, du Mexique, de Roumanie, de Russie et de plus
en plus souvent de l'Asie du sud-est.
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Mise à jour
Janvier 1999
Dans les derniers 21 mois, 65 enfants venus du Vietnam
ont été pris en charge à la clinique
de pédiatrie de l'hôpital Ste-Justine.
Huit ( 8 ) d'entre eux était porteurs chroniques
d'hépatite B. Aucun d'entre eux ne présentaient
des signes d'hépatite aigue ou chronique active.
Cinq familles étaient au courant du diagnostic avant
de se rendre au Vietnam. Une famille a été
mise au courant de la positivité du test une fois
rendue au Vietnam. Deux enfants se sont finalement avérés
porteurs d'hépatite B, un premier test négatif
ayant été obtenu au Vietnam avant l'âge
de 2 mois.
Il est important de souligner qu'un dépistage systématique
de l'hépatite B dans une population comme celle du
Vietnam ne devrait être idéalement effectué
qu'après l'âge de 3 ou 4 mois. Avec le support
d'une équipe multidisciplinaire, tous les enfants
en question ont trouvé leur bonheur dans leur famille
adoptive.
Jean-François Chicoine,
Pédiatre à l'hôpital Ste-Justine
Université de Montréal |
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Au Québec, deux oeuvres s'occupent de l'adoption au Vietnam:
«Formons une famille» et «Terre des Hommes Canada».
Cette dernière s'est ainsi occupée de 200 dossiers d'enfants
du nord au sud ; d'Hanoi à Ho Chi Minh. Le travail profondément
humain de ces oeuvres a grandement facilité la tâche des
parents canadiens qui n'ont eu à rester sur place que dix à
quinze jours environ, et ma tâche en tant que médecin traitant,
ne serait-ce que pour m'avoir permis de recevoir en consultation des
pères et mères non préparés à cette
expérience de l'adoption.
Dans un pays comme le Vietnam où la moitié des enfants
souffre d'une sous-alimentation plus ou moins sévère (selon
les propres chiffres de l'Institute for Protection of Childrens Health,
la plus haute institution pédiatrique vietnamienne), les oeuvres
d'adoption ont fait un travail considérable auprès des
orphelinats, en fournissent lait, vitamines et soins nourriciers aux
enfants, afin d'améliorer leur santé, tant physique que
psychique. De ce fait, elles ont créé un contexte très
favorable à l'adoption au Vietnam pour les parents québécois.
Bien sûr, cela ne met pas leurs nourrissons à l'abri de
la gale, de l'impétigo, des autres dermatoses et des piqûres
d'insectes, et des parasitoses par ailleurs généralement
faciles à traiter. Bien sûr, cela n'empêche pas la
découverte plus ou moins fortuite, chez leur enfant de particularités
de l'hémoglobine comme la thalassémie ou la mise en évidence
d'une marque témoignant de l'origine biologique khmer du bébé
comme l'hémoglobine E, des traits de caractères hématologiques
le plus souvent sans conséquences cliniques significatives. Pas
plus que n'importe quel autre enfant, un nourrisson à adopter
n'a à porter un sceau, la marque ou la garantie d'une santé
à 100 %. Et c'est très bien comme cela: on ne devient
pas parent d'une grosse machine mais d'un petit enfant.
Seuls points noirs à l'horizon, dans le dossier santé
de l'adoption au Vietnam: le sida, pour lequel nous avons peu de chiffres
statistiques à offrir pour l'instant mais dont la place pourrait
bien prendre une ampleur déplorable dans les années futures
et surtout l'hépatite B, qui constitue actuellement pour les
autorités vietnamiennes un sérieux problème de
santé publique.
A l'instar de plusieurs peuples d'Asie ; certainement plus du trois-quarts
de la population du Vietnam a été en contact, un jour
ou l'autre, avec le virus de l'hépatite B. Ce trop fameux virus
ne laisse, la plupart du temps, et fort heureusement, que des traces
sans conséquences, plus précisément des anticorps
protecteurs faciles à détecter par une simple prise de
sang et qui sont le signe d'une maladie récente ou plus ancienne
acquise à la naissance ou à n'importe quel moment au cours
de la vie; une maladie que l'on peut alors considérer comme finie
à condition de ne pas être du nombre des porteurs chroniques,
ce qui n'est malheureusement pas rare chez les bébés.
Voilà d'ailleurs toute la question: selon une évaluation
épidémiologique des organismes internationaux et selon
les propres chiffres statistiques des spécialistes vietnamiens
en infectiologie de l'Institut Pasteur-Yersin d'Hanoi, au moins 15 à
20 % des citoyens vietnamiens, grands ou petits, resteraient porteurs
chroniques du virus de l'hépatite B.
Médicalement parlant, cela veut dire non seulement une transmission
incessante de génération en génération mais
aussi, à plus court terme, cela signifie que le quart des porteurs,
soit près de 4 millions d'hommes, de femmes et d'adolescents
vont irrémédiablement développer une cirrhose ou
un cancer hépatique directement attribuables aux effets néfastes
du virus sur le bon fonctionnement du foie.
Heureusement, les Vietnamiens n'en sont pas à affronter leurs
premières invasions. Déjà un vaccin contre l'hépatite
B de fabrication nationale leur aurait permis de protéger 300
000 personnes; dans l'année ils se promettent maintenant d'en
vacciner quelques 600 000 autres. C'est bien peu, sur près de
75 millions de personnes. Mais c'est déjà cela.
Un tel constat pose avec acuité la question du dépistage,
particulièrement au regard d'une démarche d'adoption.
Car il y a la réalité des familles découvrant que
leur enfant est porteur chronique du virus de l'hépatite B; familles
surprises au détour, attristées ou divisées devant
un diagnostic pas nécessairement grave mais totalement imprévisible:
une chance sur quatre de développer une maladie difficile à
soigner et qui n'arrive pas qu'aux autres. D'où l'importance
d'un dépistage à réaliser avant l'adoption, dans
la mesure où les démarches d'adoption dans le pays d'origine
le permettent.
Ce dépistage ne peut qu'éclairer l'éventuel parent
adoptant qui, au-delà de son désir d'enfant, ne se sentirait
pas prêt à assumer le profil quotidien d'une maladie chronique
anticipée.
Devoir professionnel pour le médecin, sens éthique pour
le citoyen ou le responsable d'une oeuvre d'adoption; documenter, surveiller
ou au besoin circonscrire l'hépatite B n'est ni un luxe ni une
préciosité. C'est une nécessité, non seulement
pour protéger la santé publique des pays du Nord et les
coûts des systèmes de santé, mais égaiement
pour nous assurer de la réussite du projet de vie de l'adoptant
comme de l'adopté, en toute connaissance de cause.
Selon les données de notre clinique on dénombrait au
printemps 95, en l'absence de dépistage systématique,
10 % de porteurs chroniques d'hépatite B parmi les enfants adoptés.
Aujourd'hui, grâce au travail entrepris, nous sommes tombés
à 0 % de porteurs chroniques parmi nos petits patients.
Bien sûr, une oeuvre d'adoption ne peut garantir une pleine certitude,
mais je suis bien placé pour vous assurer que dans les conditions
imposées par le travail sur le terrain, le Québec n'a
pas pu offrir sur ce plan une meilleure garantie aux futurs parents
adoptants; d'autant plus qu'une possibilité d'adoption ne devrait
dorénavant être offerte à ces derniers qu'après
l'obtention des résultats de l'hépatite B et aussi du
VIH dont l'importance n'est pas moins grande.
Quant à l'avenir des enfants testés positifs pour l'hépatite
B par des oeuvres québécoises, ils ne seront pas plus
rejetés que d'autres, d'abord parce qu'il est de la responsabilité
morale des oeuvres en charge de l'adoption de faire quelque chose pour
eux.
Par exemple, on a pu les proposer à l'adoption vietnamienne,
chez eux, et en accord avec la Convention de la Haye. On a pu également
soumettre leur dossier aux responsables de l'immigration canadienne,
afin d'avertir les autorités civiles tout en leur choisissant
des parents au Québec. On en a même proposé aux
Etats-Unis, en fait à des parents partout à travers le
monde pour qui, au-delà du désir d'enfant, un projet d'adoption
prenait une richesse aux dimensions bien particulières. Mais
des parents, avant toute chose, éclairés devant leur projet
de vie, de toute une vie.
Pas plus qu'il n'existe deux enfants ou deux parents pareils, il n'existe
de modèle type, dans l'adoption internationale, capable de garantir
le bonheur et les droits des uns et des autres.
Jean-François Chicoine,
pédiatre à l'hôpital
Sainte-Justine
Université de Montréal
SOURCE:
- Première parution: Chicoine, J.F. ( 1997). La santé
des enfants venus du Vietnam. Accueil, Revue trimestrielle Enfance
et Famille d'adoption, no 1-2, France. Repris dans «Échos
adoption», journal de l'association des parents en adoption internationale
du Saguenay-lac St-Jean, août 1998.
© Copyright 1997-
Gilles Breton Tous droits réservés.
Date de publication: 2 octobre 1998
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/sante/santeviet.html
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