Familles d'ici et d'ailleurs
Il
s'avère bien souvent difficile, dans les cas d'adoptions internationales,
d'identifier la mère biologique, encore moins le père biologique
et plus rare encore, les frères et les surs biologiques de
nos enfants. Dans ma petite famille, chacun de mes trois enfants originaires
de la République dominicaine sait qui est sa mère de naissance
et deux d'entre eux connaissent le nom de leur père de naissance.
Tous trois savent qui sont leurs frères et surs biologiques.
Mes aînés sont jumeau et jumelle, donc nécessairement
issus des mêmes parents et la benjamine, eh bien, elle n'a rien
à voir génétiquement avec eux, sauf qu'elle habitait
la même ville et le même quartier.
La parenté
Ce qui est un peu spécial, c'est que tous les trois ont de la
parenté biologique ici au pays en plus d'en avoir en République
dominicaine. Mes enfants se comptent chanceux car ils ont plusieurs photos
de leur mère, de leur père et de quelques-uns de leurs frères
et surs biologiques. Nous sommes à même de constater
que mon fils ressemble à sa mère et que sa sur jumelle
ressemble à son père. Quant à la plus jeune, elle
tire sa grandeur et son mince gabarit de son père. Mais parlons
de la parenté ici.
La parenté ici et ailleurs au Québec
Dans le cas des jumeaux Flavie et Christophe, la parenté habite,
il va sans dire, sous le même toit. Quant à la plus
jeune, Alizée, elle a un frère biologique, Joey, de sept
ans son aîné qui habite en Estrie.
Appels et lettres
Le premier contact épistolaire avec la famille de Joey a été
établi environ un mois après l'arrivée d'Alizée
et à la suite d'un recoupement d'actes de naissance dominicains.
À cet envoi était joint des photos d'Alizée, de Julia,
la mère biologique, et des photos de Joey remises par Julia et
qui lui avaient été données par sa famille en Estrie.
Donc pas de doute possible !
Je dois admettre que ma lettre avait longuement été mûrie
et était accompagnée de craintes diverses (après
tout cette famille ne savait même pas que leur fils avait une sur
biologique au Québec) : "Qui étais-je pour m'infiltrer
dans une famille qui m'était complètement étrangère
? Quelle réception ma lettre aurait-elle ? Ferait-elle l'effet
d'une bombe ? La famille serait-elle offusquée ? " Finalement,
après m'être longuement torturée, j'ai considéré
ma démarche strictement d'un point de vue médical. J'avais
enfin la conscience tranquille en postant la fameuse lettre. En deux temps,
trois mouvements, une réponse est arrivée. Deux familles
québécoises étaient désormais liées
et avaient hâte de se rencontrer. Ouf !
Alizée et Joey
À la suite de nombreux échanges de lettres et d'appels
téléphoniques, la rencontre avec Joey et sa famille a finalement
eu lieu au cours de l'été 1993, 4 mois après l'arrivée
d'Alizée, dans un camping des Laurentides, lors d'un rassemblement
de familles ayant adopté des enfants dominicains. Depuis lors une
grande amitié s'est tissée.
La parenté ailleurs dans le monde
La vie nous réserve plein de surprises. La preuve est que Rébecca,
également de l'association Familles au cur québécois
et originaire de la Colombie, a rencontré au cours de l'hiver 2000
sa surette biologique de trois ans, Julianna, qui vit aux Pays-Bas
dans sa famille adoptive !
Pour les parents de Rébecca, le contact initial s'est fait par
téléphone en décembre 1998 à la suite d'un
appel de l'organisme d'adoption avec lequel ils avaient traité
lors de l'adoption de leur fille et qui leur indiquait que la famille
néerlandaise qui avait adopté la sur biologique de
Rébecca désirait entrer en communication avec eux.
Échanges multiples et rencontre
Un va et vient de lettres, de dessins, de photos, de documents, de courriels
et d'appels téléphoniques a donné lieu à une
première rencontre à Cancún au Mexique. Rien de trop
beau pour la parenté !
Rébecca
et Julianna
La langue de communication entre les deux familles était l'anglais,
mais Rébecca et Julianna ont su se rejoindre par signes et en se
montrant soit le français pour l'une, soit le néerlandais
pour l'autre. La barrière linguistique n'existait pas pour ces
petites qui se sont promenées main dans la main tout au cours des
quinze jours qu'ont duré les vacances. Là encore deux familles,
qui étaient de pures étrangères l'une pour l'autre
il n'y a pas si longtemps, ont développé des liens de franche
amitié.
Que réserve l'avenir?
D'autres rencontres se dessinent à l'horizon. Un lien a été
créé et Joey et Julianna occupent une place spéciale
dans le cur d'Alizée et de Rébecca. Je suis prête
à parier que ces quatre enfants garderont toujours contact d'une
manière ou d'une autre.
Nycole Dumais
Paru dans «Fleurs du monde»,
journal de l'association de parents
Famille au coeur québécois
Automne 2000, p.4-5.
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