Témoignage:
On parle beaucoup d'adoption «internationale»:
né au Québec adopté en France
On parle beaucoup d'adoption «internationale»... Je voudrais
ici, apporter mon humble témoignage. Un témoignage «en
effet miroir» de ce que les gens entendent généralement
par adoption internationale.
Je suis né à Montréal à l'hôpital de
la Miséricorde en 1966 et j'ai été adopté
par des parents français vivant en France en 1967; j'avais neuf
mois.
Les gens pourront penser que ce «voyage» m'a fait franchir
moins de distances culturelles que si j’étais né au
Cambodge en Haïti ou au Burkina Fasso...
Il n'en est rien.
Ma peau est blanche comme celle de mes parents adoptifs... mon lieu de
naissance est francophone comme ma «destination»... Je suis
parti d'un pays «occidental» vers un autre, après tout.
Mais cela est tout simplement inexact!
Depuis tout petit j'ai souhaité «retrouver mes origines»
(comme la plupart des enfants adoptés je pense); j'avais une conscience
aigue de mon «déracinement», du fait que cette culture
française que j'avais acquis n'était pas celle de «mes
origines»; que malgré sa richesse et sa beauté la
France ne devait pas me dire «vos ancêtres les gaulois»...
Il n'est pas nécessaire d'avoir la peau Noire ou «Asiatique»
pour se sentir «différent» des autres... étranger...
Il parait même que j'ai quelques ressemblances physiques avec mon
père... adoptif ... Comble du paradoxe et de «l'intégration»
réussie :)
Voilà...
Mon histoire personnelle me fait avoir une profonde circonspection envers
les adoptions «internationales»...
Car pour moi une question se pose:
Si j'ai été adopté par des parents français,
pourquoi ne l'ai-je pas été par des parents québécois
?
Cela semble plus «rationnel»!!!
Pourquoi faire traverser les mers a un bébé de neuf mois
alors que des enfants «adoptables» existent en France, et
que des parents en quête d'adoption existent aussi dans la belle
Province ?
Je précise que mon histoire personnelle est plutôt heureuse;
que mes parents adoptifs m'on aimés du mieux qu'ils ont pu et m'ont
apportés tout ce dont je pouvais avoir besoin (et au delà)...
Je ne nourris donc pas de rancoeur vis à vis d'eux. De plus j'ai
retrouvé «mes origines«... (merci au «Projet
Pilote» et aux services sociaux de la région de Mtl)... Je
n'ai donc aucune amertume de ce côté là non plus.
Pour lever tout doutes sur ma démarche, je dois dire que ma mère
(biologique) Diane voulait m'appeler François... ce qui veux dire
«français» ...en vieux français... J'était
donc «prédestiné» à venir ici en France.
Et je ne le regrette pas du tout.
Donc cette question que je me pose EST légitime.
Voici la (ou une des) leçon que je tire de mon histoire:
On peut être Blanc adopté dans un pays de Blancs; venir
de, et aller dans des cultures aux valeurs similaires, et malgré
tout se sentir «déraciné» de sa Terre d'origine.
Se sentir différent ce n'est pas avoir une peau de couleur différente.
Je ne prétends pas que mon histoire personnelle ait valeur d'exemple.
Elle existe; et je sais qu'elle n'est pas la seule.
Olivier Calvet,
né François Cloutier |