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Retour aux sources
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| Note du webmestre: Les textes de la série «Retour aux sources» est reproduite avec permission de l'auteur, M. Mathieu turbide, journaliste. Elle a été publiée dans le journal de Montréal du 15 au 21 février 2003. |
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17 février 2003 - La rencontre de deux mères
Alexandrine veut revoir son pays natal avec des yeux d'adulte
| Un second retour aux sources... permanent? | ||
| «Quand j'ai visité ma famille d'origine pour la première fois, en 1992, j'ai réalisé que je ne connaissais pas ces gens-là. Aujourd'hui, j'y retourne pour apprendre à les connaître». Alexandrine Oviera-Joncas avait 14 ans lorsqu'elle effectué son premier voyage de retour aux sources avec ses grand-parents. Samedi dernier, à l'âge de 25 ans, elle a pris l'avion pour revoir sa République dominicaine natale, mais cette fois avec des yeux d'adulte. «Je pars pour six mois, mais je pourrais bien revenir dans deux mois. Je pourrais aussi décider de ne plus revenir», avoue-t-elle. |
«Je pars pour six mois, mais je pourrais bien revenir dans deux mois. Je pourrais aussi décider de ne plus revenir», avoue-t-elle. «J'avais plein de questionnements sur mon identité. Je vivais des problèmes de racisme, Je ne parvenais pas à m'identifier ni aux Blancs, ni aux Noirs. J'étais entre deux mondes, entre ma famille blanche et mes amis noirs. Là-bas, j'ai pu mettre une image sur l'histoire de ma vie. Ça m'a donné beaucoup d'estime de moi», raconte-t-elle. Ce voyage lui a aussi donné le goût de s'intéresser non seulement à son peuple, mais à toute l'histoire des Noirs en Amérique. Elle s'est ensuite lancé dans des études en éducation inter-culturelle, notamment. |
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Un second retour définitif ? |
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Bénévolat
«Cette fois, je vais en République dominicaine pour travailler avec les gens de mon village natal, à Hato Mayor. Je vais faire du bénévolat à plusieurs endroits dans le pays pour le secours aux lépreux. Je vais aussi donner des cours de français», explique la jeune Montréalaise.
Alexandrine conseille aux enfants adoptés d'attendre le bon moment avant de se lancer dans cette aventure de recherche d'identité. «Il faut que ça vienne d'eux, qu'ils se sentent prêt à vivre ça. C'est très personnel, tout ça. Pour moi, ç'a été une bonne chose. J'espère que ce deuxième séjour le sera tout autant.»
La rencontre bouleversante de deux mères
Nycole
Dumais, de Gatineau, ne savait pas à quoi s'attendre lorsqu'elle
a accompagné ses deux enfants aînés en République
dominicaine pour qu'ils rencontrent leur mère biologique.
Onze ans après avoir adopté ses deux jumeaux elle est retournée avec eux à Hato Mayor del Rey, terre d’origine et ville de naissance de ses enfants. «J’ai constaté que mes deux grands étaient comme des poissons dans l’eau, ils se sentaient chez eux, comme s’ils n’avaient jamais quittés cette île.»
Là-bas, ils ont retrouvé la mère biologique des jumeaux, Isabel, à qui la famille gatinoise avait envoyé des photos et des nouvelles régulièrement.
L'expérience, dit-elle, a été «positive, mais bouleversante». «Les enfants sont allés spontanément se serrer dans les bras d’Isabel. C’était de toute beauté, émouvant et touchant à voir. Moi, j’étais fière de leur réaction», dit-elle.
La souffrance d'une mère
Au contact d'Isabel, Mme Dumais a réalisé l'ampleur de la souffrance des ces femmes souvent obligées par la pauvreté de donner leurs enfants en adoption. «Jamais, je crois, je n’ai vu quelqu’un d’aussi rayonnant que cette femme à ce moment. C’était comme si pour Isabel, une réalité à laquelle elle s’était accrochée, celle de revoir ses enfants, était devenue une réalité bien réelle en chair et en os. Non, Isabel ne rêvait pas. Un miracle venait de se produire.»
«Je pense qu’elle revivait le dur moment où elle avait pris la décision de confier les deux enfants très chétifs et au bord de l’agonie en adoption et que malgré la douleur et la peine que cela lui avait causées, elle s’en félicitait aujourd’hui. Isabel les revoyait pour la première fois, rayonnants et bien en santé.»
Onze ans plus tôt, Isabel avait paru froide et distante lorsqu'elle avait laissé ses deux enfants à ce couple de Québécois venu les adopter.
Isabel s'était alors éloignée lentement la tête haute jusqu’au coin de la rue menant au quartier où elle habitait alors avec ses autres enfants sans jamais s’être retournée. «Je garde encore cette image dans ma tête, jamais je n’ai pu m’en défaire. Elle fait partie de mon histoire, de celle de mes deux aînés.»
Revivre le deuil
Isabel a durement vécu de quitter une deuxième fois ses enfants, maintenant québécois. «Lorsqu'elle a réalisé que nous partions, elle s’est alors retirée dans son minuscule magasin. Là, je l’ai entendue qui sanglotait, puis qui pleurait à chaudes larmes. Cela lui faisait tellement mal et moi, cela me déchirait de l’entendre. Je suis allée la serrer très fort dans mes bras en pleurant avec elle. J’étais désemparée», raconte Mme Dumais.
«Puis je l’ai quittée. Cette fois, c’est elle qui nous a regardés s’éloigner. Elle vivait à nouveau un deuil et moi, je la quittais le cœur à l’envers, avec ce que nous partageons toutes les deux: deux grands trésors. Ce fut à mon tour de ne pas me retourner.»
18 février 2003 - Le périple de Kahlea
«Je voulais vraiment faire ce voyage»
Panajachel, GUATEMALA - Pour la première fois de sa vie, Kahleah Guibault a réussi à se fondre dans la foule, à passer inaperçue... ou presque.
Même qu'elle se trouve grande, ici, dans les rues encombrées de ce pays qui l'a vue naître. «Chez nous, au Québec, je suis habituée d'être différente des autres. Ici, je ressemble à beaucoup de gens dans la rue. Je me sens même grande, tellement les gens sont petits. C'est spécial», raconte cette jeune fille qui a «toujours été parmi les plus petites dans sa classe».
Dans quelques jours, cela fera 12 ans que Kahleah est née au Guatémala d'une mère Maya et d'un père mexicain. Adoptée à l'âge de cinq mois par un couple de Joliette, elle n'avait jamais remis les pieds dans son pays natal.
«J'ai toujours su»
«Mes parents ont toujours parlé ouvertement de mon adoption. J'ai toujours su qu'un jour je viendrais ici», dit-elle sans trop y penser. Comme si ça allait de soi.
Pourtant, quelques jours avant de prendre l'avion, la semaine dernière, Kahleah a hésité. «Je n'étais plus sûre de vouloir y aller. Je ne savais pas trop comment j'allais réagir. Puis, j'y ai repensé et j'ai réalisé que je voulais vraiment faire ce voyage», avoue-t-elle.
La jeune fille de sixième année a donc atterri au Guatémala, la semaine dernière, avec sa maman adoptive sans trop savoir ce qui l'attendait.
Au programme: visiter le pays et passer une semaine avec sa famille d'accueil où elle a vécu les cinq premiers mois de sa vie. «Depuis que je suis toute petite que je sais qu'ils se sont occupés de moi comme si j'étais leur fille. Nous avons toujours gardé contact. J'ai hâte de les voir», dit-elle.
Kahleah ne verra toutefois pas sa mère biologique. Après de brèves recherches pour la retrouver, elle a plutôt choisi de venir au Guatémala tout de suite. «Je chercherai ma mère biologique plus tard. Pour l'instant, je voulais voir le pays», explique-t-elle.
«Où est sa maman?»
Dans le village touristique de Panajachel, peuplé surtout de Mayas habillés de costumes traditionnels, Kahleah pourrait facilement passer pour une petite du coin, si elle ne portait pas jeans, t-shirt et lunettes à la mode.
Les jeunes garçons qui l'abordent pour lui vendre un collier ou un stylo constatent rapidement qu'elle ne comprend pas l'espagnol. «Mais ils la trouvent de leur goût», lance sa mère en riant.
| Pourquoi eux et pas moi? | |||
| Panajachel, GUATEMALA - Le pays d'où vient Kahleah est bien différent de Joliette. | |||
Les rues des villes sont bordées de déchets. Les chiens errants squelettiques se comptent par centaines. Les bidonvilles s'accumulent le long des grandes routes. Mais le pire, ce sont ces enfants d'à peine cinq ou six ans qui traînent dans les rues du matin au soir pour vendre des babioles ou cirer des chaussures. «Les gens sont très pauvres ici. Des fois, je les regarde et je me dis que si je n'avais pas été adoptée, je serais parmi eux», souligne Kahleah. |
Ce voyage-là, dit-elle, «ça va changer ma vision des choses». «Ça va être bizarre de retourner chez nous après avoir vu ça», admet-elle. Pourquoi eux et pas moi? C'est un peu ce que se dit Kahleah. Sans le savoir, elle ressent le même sentiment de culpabilité que beaucoup d'autres enfants adoptés qui retournent dans leur pays natal. C'est une réaction courante, estime la travailleuse sociale Johanne Lemieux, co-auteure d'un livre sur l'adoption internationale, lancé il y a quelques semaines et intitulé «L'enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi». |
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Les femmes guatémaltèques, particulièrement les Mayas, sont intriguées à la vue de cette jeune fille aux traits visiblement guatémaltèques, accompagnée de cette grande femme «américaine» aux cheveux bouclés.
- «La fille est du Guatémala, Alors, où est sa maman?» demande une femme à un kiosque
de rue où Kahleah se fait faire des tresses.
- «Ici, répond Mme Chisholm-Guibault. C'est moi sa maman.»
- «Non, répond la femme, obstinée. Vous n'êtes pas sa maman. Sa maman est guatémaltèque.»
Ici, la discussion ne sert à rien. L'adoption internationale est une réalité qui échappe à la majorité. «Moi, j'ai plusieurs mamans, finalement, analyse Kahleah. J'ai ma mère, celle qui m'a élevée, ma mère biologique, ma mère d'accueil, mes grand-mères. Je suis chanceuse.»
Des sacs de hockey pleins de cadeaux
Pour remédier à cela, Kahleah et sa mère, Leceta, ont pensé à faire leur petite part pour aider les enfants d'ici. Kahleah a convaincu les amis de sa classe, à l'école Joliette's Elementary, de contribuer en donnant argent et médicaments. Résultat: Kahleah et sa mère sont débarqués à l'aéroport de Guatémala avec deux gros sacs remplis de jouets et de médicaments de toute sortes.
«Nous avons remis la majorité des dons à une clinique médicale qui s'appelle Hands of Hope. Nous avons vu là-bas des enfants si pauvres et si malades que ça nous arrachait le coeur», raconte Mme Chisholm-Guibault.
«J'ai trouvé ça dur quand on a vu les enfants à la clinique, ajoute Kahleah. Ils avaient des maladies graves et ils ne pouvaient pas savoir ce que c'était. Nous, on arrive avec des Tylenols et des vitamines. Ça aide pas vraiment pour les cas graves. Mais on se dit que c'est mieux que rien. Tout peut les aider, je pense.»
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Mathieu Turbide, journaliste au Journal de Montréal
© Copyright 2003 -
Mathieu Turbide - Gilles Breton Tous droits réservés.
Date de publication: 3 mars 2003
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/temoignages/retourauxsources2.html