Les enfants victimes de violences
Le « complexe du survivant »
Notre fils est
arrivé du Rwanda à 13 ans. Orphelin, il a vécu
un an dans un orphelinat avec ses frères et surs dont
il a été séparé, sans que son avis soit
requis, quand ceux ci ont été confiés en adoption
à diverses familles. Il en a été très
blessé.
Par ailleurs, quelques mois après son arrivée dans
notre famille, a eu lieu le génocide qui a décimé
le Rwanda.
Notre fils, très perturbé par lévénement,
en souffrance notamment par rapport à un frère adulte
resté dans le pays (et dont nous sommes toujours sans nouvelles),
a développé alors ce que nous pourrions nommer "le
complexe du survivant ".
Oscillant entre le « si jétais resté
là bas, jaurais pu éviter ça »
et le « pourquoi ne suis-je pas mort avec les autres »,
il a développé une agressivité extrêmement
forte à notre encontre.
Avec le recul nous pouvons dire, une agressivité à
la hauteur de son attachement à la famille. En effet, nous
étions les responsables de « sa trahison »".
Ce fut deux années extrêmement difficiles pour tous,
deux années pendant lesquelles la cellule familiale fut sans
arrêt perturbée par des crises cycliques de notre fils,
dont nous comprenions la détresse mais que nous nous avérions
incapables daider, trop impliqués et affectés
par la situation. Nous pensions que chaque crise serait la dernière,
que tout allait saméliorer puisque nous nous aimions.
Quand lagressivité est devenue violence physique, nous
avons réalisé quil fallait une mise à distance
afin de préserver les liens affectifs. Cest ainsi que
notre fils a été, par décision de justice, accueilli
dans un foyer de lASE, pendant huit mois.
Huit mois, dans un lieu neutre, où il a pu faire (tout au
moins amorcer) le deuil, les deuils nécessaire à son
intégration dans la famille. Ce fut une période à
la fois très dure pour nous et à la fois pleine despoir.
Nos liens affectifs nont pas été rompus, ils se
sont même renforcés au travers des discussions franches
que nous avons pu avoir certaines en présence dun
tiers psy ou éducateur.
Nous avons eu la grande chance de croiser la route de travailleurs
sociaux très à lécoute, non culpabilisants
et bien au fait du problème. Notre entourage a généralement
bien réagi, la plupart des personnes comprenant la situation
sans chercher à stigmatiser lun ou lautre. Quelques
gens, sans doute bien intentionnés, nous ont suggéré :
« peut-être nétiez vous pas la bonne
famille », dautres encore nous ont gravement expliqué :
« ces enfants là - sans trop préciser ce
quils entendaient par là sont une source dennui ».
Nous avons laissé dire les uns et les autres sans trop y prêter
attention, riches que nous étions de lamitié de
nos proches et du respect des travailleurs sociaux.
Voilà deux ans que notre fils est revenu à la maison,
de son plein gré. La justice a entériné cet état
de fait. Les années de « galère »
restent un souvenir, mais un souvenir qui nous fait savourer encore
plus la sérénité retrouvée.
Sarah
Source: Ce texte a été publié dans le
journal de l'association française de parents adoptants « Enfance
et Famiille d'Adoption (EFA) », Revue Accueil, no 4, 1999.
© Copyright 2003 -
Chantal Putz - Gilles Breton Tous droits réservés.
Date de publication: Automne 1999
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/temoignages/violences2.html
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