Mon voyage d’adoption internationale ou…
comment nous avons vécu la psychose du SRAS
Bonjour, je me nomme Donald Duchesne ! Comme vous, ma conjointe (Isabelle
Aubé) et moi sommes des parents adoptants. Comme plusieurs d’entre
vous nous avons fait un long voyage pour aller chercher notre fille. Je
ne vous raconterai pas mon voyage car il ressemble aux vôtres, mais
ce que je vais vous raconter, c’est plutôt l’expérience
pénible que nous avons vécu durant notre voyage d’adoption.
Nous ne nous aurions jamais douté que notre beau grand projet de
vie se ferait avec, en toile de fond, toute cette polémique autour
du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).
Voici notre histoire…
Le 25 février 2003, nous recevions enfin une proposition du centre
chinois d’adoption avec… la photo de l’enfant qui nous
était destiné. Dès lors, tout comme un accouchement,
rien au monde ne pouvait nous empêcher d’aller chercher notre
enfant.
Nous avons appris trois semaines plus tard que notre départ était
prévu pour le 4 avril 2003. Déjà, depuis plusieurs
semaines, la guerre en Irak faisait la manchette dans les médias.
En ce qui me concerne, une autre manchette attirait mon attention depuis
un certain temps déjà et vous aurez deviné qu’il
s’agissait du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère).
En effet, quotidiennement je suivais les nouvelles, les dernières
informations ainsi que les statistiques sur les sites crédibles
tels l’organisation mondiale de la santé (http://www.who.int),
le centre de contrôle et de prévention des maladies (http://www.cdc.gov)
et santé Canada (http://www.hc-sc.gc.ca)). Je dois avouer que les
nouvelles ne m’affolaient pas trop car selon les informations disponibles,
la région où nous allions chercher notre fille en chine
n’étaient pas «touché» par cette épidémie.
Il y a tout de même 1,2 milliard de chinois en République
populaire de chine.
À la rencontre de préparation au voyage (1 semaine avant
le départ), nous avions convenu avec notre groupe de prendre d’importantes
précautions avant le départ ainsi que nous adopterions un
même mot d’ordre à la prudence tout au long du voyage
en Chine. Chaque couple s’est donc procuré des masques protecteurs
ainsi que des contenants de «Stérigel» (Lotion à
base de 70% d’alcool qui aseptise la peau en détruisant les
germes). Ces mesures furent obligatoire car nous devions nous protéger
de notre environnement.
De
jour en jour nous sentions que les gens commençaient à s’affoler
autour de nous. Tant au Québec que partout dans le monde, les nouvelles
sur la guerre commençaient à laisser la place à celles
sur ce phénomène. À un point tel que, trois jours
avant notre départ, nous apprenions que notre agence d’adoption
nous recommandait vivement de ne pas faire le voyage vers la chine. Ce
mot d’ordre émanait de Santé Canada. Je peux vous
dire que nous n’avions vraiment pas besoin de cette nouvelle à
quelques jours de notre départ. Après avoir pris connaissance
de ces recommandations, nous avons tout de suite compris que notre agence
voulait se protéger et c’était tout à fait
normal dans les circonstances. Nous avons donc signé une «décharge»
de responsabilités auprès de notre agence d’adoption
et avons entrepris le voyage. Pour ma part j’avais pris soin, dans
les circonstances, de négocier une importante marge de crédit
avec ma banque au cas où nous serions retenus en quarantaine ailleurs
qu’au Canada. Nous avons appris plus tard sur le voyage que nos
amis adoptants avaient presque tous fait de même.
Nous sommes finalement parti de Montréal le 4 avril au matin
en direction de la chine. Le voyage s’est bien passé. Après
plusieurs heures de vol nous voilà rendu en sol chinois. Armé
de nos masques protecteurs, nous sommes débarqué de l’avion
avec beaucoup de méfiance.
Curieusement, à l’aéroport de Beijing (Pékin),
nous ne retrouvions aucune mesure de protection. Aucun contrôle
ou de truc du genre. Non seulement nous trouvions cela bizarre…
mais en plus nous étions les seuls à ressembler à
des extra-terrestres avec nos masques.
Le lendemain nous sommes enfin dans la ville de notre fille après
un autre vol de 3 heures. Le dimanche soir (au Québec c’était
le dimanche matin) nous avons enfin le bonheur de serrer dans nos bras
notre bébé tant attendue.
Nous n’entendions pas parler du SRAS dans la ville de Marie-Kim.
Les gens de l’endroit qui nous rencontraient et qui étaient
quelque peu informé de l’existence de la maladie nous disaient
d’enlever nos masques car il n’y avait plus de problème…«que
la maladie était maîtrisé en chine», «qu’ils
(le gouvernement chinois) avait trouvé un médicament et
que le tout était réglé» (croyez-moi c’est
ce que nous disait nos guides qui traduisaient ce que les gens nous racontaient).
Nous comprenions que le gouvernement chinois ne leur disait pas la vérité
car dans notre hôtel il y avait internet… et devinez ce que
nous faisions quand les bébés dormaient. ?
Je
crois que nous sommes arrivée en Chine dans la semaine où
le peuple chinois commençaient à être de plus en plus
conscient de la situation. Les médias parlaient de plus en plus
du SRAS car la guerre prenait fin en IRAK et que la nouvelle prenait de
plus en plus toute la place.
La semaine passée dans la ville de notre fille, nous voilà
prêt pour le retour vers Pékin. Nous appréhendions
ce voyage car à la différence de l’allée…
nous avions nos bébés avec nous et nous ne voulions pas
prendre aucun risque. Nous avons convenu d’administrer du «gravol»
pédiatrique à nos bébés un peu avant l’arrivée
à l’aéroport. Nous voulions qu’elles s’assoupissent
afin de pouvoir leur mettre un masque protecteur au visage. Croyez-moi
ce ne fut pas facile, mais nous avons réussi. Tout le groupe
faisait de même.
Le voyage vers Pékin s’est bien déroulé.
Un autre signe que le SRAS commençait à nuire à l’économie
chinoise, l’avion était à moitié plein…
et l’autre moitié c’était nous !! (je
ne pouvais m’empêcher de la dire celle-là).
Ce qui fut remarquable à l’arrivée à l’aéroport
de Pékin c’est que là aussi c’était le
désert.
La deuxième semaine est plus relaxante car il y avait moins d’obligation
«administrative». Comme nous ne voulions prendre aucun risque,
nous demeurions à l’hôtel. À l’exception
de la grande muraille car l’activité est en plein air, nous
n’avons pas fait les visites que font les parents adoptants en situation
normale.
La panique s’est emparé de nous lors de l’examen
médical de notre fille. Nous y avions réellement compris
que le gouvernement chinois ne disait vraiment pas tout à propos
de la maladie. En effet, une femme médecin d’origine canadienne
qui travaille à la clinique internationale de Pékin (SOS
Clinic), nous a alors fortement recommandé d’être très
prudent, de se tenir loin des hôpitaux et de nous éloigner
le plus que possible des pékinnois. Elle nous a informé
que les chiffres fournis à l’OMS ne sont pas les bons et
que deux hôpitaux étaient bondés à Pékin.
Souvenez-vous,
les deux hôpitaux qui furent mis en quarantaine à la fin
avril 2003… et le maire de Beijing qui fut limogé pour son
manque de transparence...
Le jour du départ est enfin arrivé. Je peux vous dire
que nous étions nerveux. Le vol vers le Japon fut sans encombre
et l’avion également vide. Après une nuit en sol japonais
nous voilà arrivée à Vancouver… et autre fait
remarquable : personne pour nous «arrêter», pour
nous questionner, prendre notre température ou quelque chose du
genre… Nous nous attendions à tous sauf à ça
je vous avouerai!
À Montréal ce fut une arrivée ponctuée par
la présence des médias. Notre enfant a même fait la
première page du journal de Québec et de Montréal.
En terminant, Marie-Kim (notre bébé) est pétante
de santé. Nous avons fait une quarantaine volontaire une fois arrivée
à Chicoutimi. Ce fut un mal pour un bien car nous avons pris ces
deux semaines pour se reposer avec notre enfant. Elle est un petit rayon
de soleil dans notre vie. … et nous y retournerions dix fois en
chine pour allez la chercher… croyez-moi !
Donald Duchesne, Isabelle et notre fille
Marie-Kim
Journal de l'association des Parents
en adoption internationale du Saguenay-lac st-Jean
(Cette association n'existe plus), sept 2004
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